Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 31 mai 2007

30 mai 2007 : L'Eternel est mon berger

Je ne sais pas si je crois en Dieu... Je ne le savais pas non plus quand j'étais adolescent, et j'ai reculé autant que faire se pouvait le temps de ma confirmation au Temple. De guerre lasse, j'ai fini par dire oui au pasteur (tout en pensant aux paroles de Brassens "Faites semblant de croire et bientôt vous croirez"), et j'ai suivi à Pâques 1964 - j'avais donc déjà dix-huit ans - une retraite de trois jours à Salies de Béarn, pour me préparer à cette étape importante. Voici que maintenant je reviens pour des lectures dans cette même petite localité qui affiche sur une pancarte à l'entrée : CULTE PROTESTANT DIMANCHE 10 h, alors même que rien n'indique le culte catholique. C'est suffisamment rare en France pour qu'on le remarque.
J'avais choisi comme texte de confirmation à proclamer devant toute l'Assemblée le début du psaume 23 : L'Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien. Bien m'en a pris, car il faut croire qu'un berger me protège effectivement. En toute logique, sans les secours de la médecine moderne, j'aurais déjà dû mourir deux fois, en 1968 et en 1996. Si j'étais né en Afrique ou en Amérique latine, probablement je n'aurais pas survécu. Il y a du miracle là-dessous ou bien un Dieu inconnu, un berger...
Et ce berger éternel, sans cesse renouvelé, je l'ai rencontré à plusieurs reprises dans ma vie, sous la forme d'une grand-mère aimante et chaleureuse, d'une mère effacée mais attentive, d'un père craint et parfois détesté, mais en fin de compte juste, d'un grand frère protecteur, de mes autres frères et soeurs, tant aimés que j'ai attendu que les dernières soient majeures pour fonder ma propre famille, de l'instituteur qui a su découvrir mon intérêt pour l'histoire et la géographie, de mes nombreux oncles et tantes qui m'ont enseigné le sens de la tribu, de mon copain de lycée, véritable alter ego, qui m'a plongé dans l'imaginaire et la rêverie, m'a insufflé le goût de lire et de pratiquer l'amitié, de mon professeur de français en seconde qui m'a fait comprendre les beautés de la littérature, de cet autre professeur d'histoire-géographie, créateur du ciné-club du lycée, et qui nous a appris l'histoire du cinéma en visionnant des chefs-d'oeuvre, de mes camarades d'université qui m'ont donné l'envie du partage du savoir, de John et de Jacques, avec qui j'ai appris la soldarité active en autogérant une auberge de jeunesse "libre" de mai à septembre 1973 , de Piotr, puis de Marcin, de Peter et de Pat, qui m'ont ouvert à l'étranger, et pour Peter, initié à l'opéra, de Patrice, qui m'a guidé dans le monde de la science-fiction, des quelques ami(e)s qui ont su me faire sortir de moi pour me faire découvrir et pratiquer la course à pied, la marche en montagne, le chant choral, le théâtre, le qi gong, les voyages, des collègues qui ont su devenir des ami(e)s, de mes nombreux élèves-bibliothécaires qui m'ont forcé à être pédagogue (je pourrais dire pédagoguenard) sans devenir pédant, des écrivains et poètes avec qui j'ai passé des heures délicieuses et qui m'ont entraîné sur les voies les plus diverses, des chanteurs qui nous conduisent "à travers ciel au père éternel" par leurs mélodies et la fraîcheur de leurs paroles, et des trois personnes qui ont rempli la deuxième moitié de ma vie, Claire qui m'a guidé sur le sentier de l'amour et de la construction d'une vie altruiste, Mathieu et Lucile enfin qui m'enseignent que la vie n'est pas une fin... Sans compter les deux bergers réels avec qui je me suis lié d'amitié, Gilles et Robert, de tempéraments très différents, mais chacun artiste à sa manière.
Quant à ceux qui m'ont humilié, violenté, trahi, il faut croire qu'ils ont été eux aussi les émissaires de ce Dieu inconnu qui veille sur moi, car ils m'ont obligé à rebondir, à ressusciter, à faire front, à être toujours du côté des idiots, des humiliés et des offensés, pour reprendre les termes de Dostoïevski. Je pourrais dire aussi avec Frantz Fanon du côté des damnés de la terre. Et à faire, en dépit de tout, confiance en la vie, plus forte que la violence, que la déchéance, que la misère, que la méchanceté, que la souffrance... Et pour cela, à ignorer la haine qui pourrit la vie !
L'éternel est mon berger, je ne manquerai de rien. Et il faut croire que je n'ai manqué de rien, et encore aujourd'hui du beau temps qui continue à me sourire dans ma randonnée de cyclo-lecteur, à travers ces verts pâturages du Béarn.
Si Dieu existe, il est dans toutes les personnes que l'on rencontre, car chacune nous apporte ce petit plus qui fait que l'on ne manque de rien et que l'on ressuscite à chaque instant, grâce à ce nouvel apport : c'est peut-être cela, la foi en l'éternité...

mercredi 30 mai 2007

29 mai 2007 : la voie ferrée a disparu !

Retour à Mont de Marsan par la voie classique : le train. Comme il est déjà 14 h 15 quand j'arrive chez Maman pour récupérer mon vélo, pas question de m'attarder, il y a 80 km jusqu'à Leren, où mon cousin et sa femme m'attendent dans la soirée. De plus, le temps est menaçant. En tout cas, couvert, de temps en temps quelques gouttes... Ma visite est donc courte, juste le temps de déposer mes cadeaux (d'anniversaire pour l'une de mes soeurs jumelles, Flore, et deux pots de confiture "maison" à Maman), de lui pré-ouvrir des bouteilles d'eau de source (elle n'y arrive plus), de prendre des nouvelles et de boire un café, de reprendre mes sacs et de charger Rossinante, et déjà je m'élance sur les routes.
Passage au Leuy, où je vois le panneau : CAUNA 6 km, c'est le village de mon enfance. Plus loin, Souprosse, où vivaient dans une ferme une grand'tante et son fils. Je traverse l'Adour aux flots tumultueux, un vrai fleuve jaune... Enfin la Chalosse, où curieusement je n'ai jamais fait de vélo, restant toujours au nord de l'Adour dans ma jeunesse. Mugron, Montfort en Chalosse, Habas... Le paysage est plus mouvementé, un peu plus habité que la Haute Lande, quelques boqueteaux de pins ou de chênes, des vallons de prairies ou de céréales, des plantations de kiwis... Temps toujours gris, une goutte de temps en temps, c'est finalement très agréable, pas de suée en perspective.
Et quelques côtes, heureusement longues et à faible pourcentage. Plus plongée vers la vallée des deux gaves, d'abord le Gave de Pau, puis le Gave d'Oloron. A Labatut, je traverse la voie ferrée de Bayonne à Pau. Et soudain, bon sang, mais c'est bien sûr ! Où est passée la voie ferrée de Mont de Marsan à Dax ? J'aurais dû la traverser sur un pont ou un passage à niveau. Elle a tout bonnement disparu. Même pas transformée en piste cyclable, car ainsi je l'aurais vue... Non, plus rien. Tout un pan de mon enfance encore qui s'évapore : adieu à la fameuse pauline - c'est ainsi qu'on appelait la micheline - dont on entendait le klaxon aux passages à niveau depuis chez nous, malgré la distance : la voie ferrée passait de l'autre côté de l'Adour, à 4 km à vol d'oiseau de la maison !
Et puis voici que le géographe est pris en défaut : à Leren, je tournicote un bon quart d'heure en essayant toutes les routes à droite, je ne reconnais rien... Je finis par décrocher mon téléphone portable, accablé, pour me faire indiquer la route à prendre, il fallait tourner à gauche. J'étais pourtant sûr... La vieillesse, pour sûr... Que j'aimerais avoir trente ans de moins !
Mais l'accueil des cousins est chaleureux, et le chien Nektos m'a à la bonne, il m'a reconnu, je me sens comme Ulysse de retour à Ithaque...

lundi 28 mai 2007

28 mai 2007 : du glanage et du sens

C'est le temps des cerises, et voici que je découvre que, dans le parc tout près de chez nous, des cerisiers sauvages sont couverts de fruits, petits certes, mais délicieux. Le bonheur de glaner... Encore un petit bonheur, cher à Félix Leclerc, et qu'il convient de ne pas laisser perdre. Avec Jardinature, notre jardin collectif, j'ai fait connaissance d'une nouvelle plante sauvage, l'arroche rouge, aux feuilles triangulaires larges et brun rouge. Une sorte d'épinard, en fait, l'arroche peut se manger crue avec une salade ou des tomates (jeunes feuilles) ou cuite (en soupe, c'est ce qu'on a fait, délicieux). Dans notre propre jardin les fraises des bois, qui sont venues on ne sait d'où (on ne les a pas plantées), se sont multipliées, et rougissent agréablement en ce moment, aimantées par le soleil et la pluie.
En ce lundi de Pentecôte, je ne comprends pas. Les gens ont l'occasion de ne pas travailler (les administrations et pas mal de commerces sont fermés) ; voilà-t-y pas que sur la rocade, d'où je revenais sur mon vélo de ma séance de mise en forme (échauffement physique et massage), luttant contre le vent, les voitures étaient plus nombreuses qu'un lundi normal à la même heure ! Le parking de l'hypermarché était bondé...
N'a-t-on pas mieux à faire un jour de non-travail ? Est-ce nécessaire de prendre encore et toujours sa voiture ? Consommer est-il le seul signe de notre existence ? Alors qu'on dispose d'un peu de temps supplémentaire pour s’occuper des enfants, faire du jardinage ou du bricolage ou du sport, aider les vieux du voisinage ou des handicapés (si, si, ça existe) ou aux devoirs scolaires dans une association, trouver du temps pour aimer (le monde occidental souffre du manque d’amour, malgré les apparences de la sexualité soi-disant libérée et débordante, qui n’a que peu à voir avec l’amour), lire ou écrire (pourquoi pas ?), militer, pêcher à la ligne ou s’adonner à un art (dessin, musique, écriture, conversation…), bref, du temps pour essayer de donner du sens à la vie, ne peut-on pas trouver autre chose à faire un tel jour ?
On peut et on doit construire sa propre vie. Bien sûr, on bénéficie d'aides nombreuses pour cela : l'éducation d'abord, le savoir intellectuel ou technique, la philosophie, les religions, les arts et la littérature, les jeux et les sports, etc. Il y a une infinie richesse à cueillir, et qui, souvent, coûte peu : aimer, lire, partager, par exemple, ne coûtent rien. Par contre, il y faut une motivation toujours, un désir souvent, un effort en général (maîtriser une technique, aller vers les autres ou vers une oeuvre d'art, aimer vraiment, réclament les trois), et du temps. Or, que fait-on de ce temps ?
Les congés payés autrefois, les 35 h aujourd'hui, ont libéré du temps. Si c'est pour courir les hypermarchés, polluer et réchauffer la planète en augmentant sa ration kilométrique par des déplacements insensés, s'affaler devant la télé-publicité ou consommer davantage de bière, de whisky, de cannabis ou de tabac, en rêvant de toujours plus d'argent, et en oubliant de révéler le sens de notre vie, c'est bien triste.
Pour énormément de gens, le travail est alimentaire. Les périodes de non-travail (repos, congés, retraite) peuvent et doivent être enrichissantes, puisqu'on peut enfin se livrer à ce qu'on est capable de faire avec plaisir. Mais ça suppose une foi dans la vie qui manque cruellement dans notre monde occidental. Quand je vois des malades, des handicapés, qui déplacent des montagnes, parce qu'ils l'ont, cette foi, chevillée au corps et au mental, je comprends que l'excès de sécurité du monde moderne ne prédispose pas à la joie simple, aux petits bonheurs...
Et je reviens au glanage : voilà qui ne coûte rien !

dimanche 27 mai 2007

27 mai 2007 : comme le temps passe

Hier au soir, retrouvailles avec Pierre-Jean Riamond, mon ex-jeune collègue conservateur, aujourd'hui à la BNF, au département des manuscrits, et toujours en quête - au bout de deux ans - d'un logement décent et abordable à Paris. C'est tout simple, il n'y en a pas !
Pauvre France : si un conservateur de bibliothèque (dont le salaire, sans être astronomique, est quand même nettement au-dessus du SMIC) n'arrive pas à se loger, c'est que Paris, et la France entière, sont sous la coupe d'une mafia (je ne vois pas d'autres mots) de propriétaires, que nos banquiers appellent des investisseurs, et qui en fait ne sont que des suceurs de sang et de vie : à la limite à quoi bon augmenter les salaires, si c'est pour que ça retombe dans l'escarcelle de ces exploiteurs, de ces vampires !
Tant pis si je me fais encore taxer d'ultra-gauchisme, mais quand je vois que la mise en place de l'allocation-logement a entraîné une hausse des loyers scandaleuse, qui fait que cette allocation ne bénéficie pas aux locataires, mais engraisse encore plus les propriétaires, j'approuve totalement les mesures de la Commune de Paris en 1871 qui avait en particulier, par décret du 29 mars (donc une des toutes premières mesures) remis les loyers non payés d'octobre 1870 à avril 1871... On comprend mieux pourquoi la bourgeoisie a éliminé la Commune avec une rare violence, et a détesté, et déteste encore les Communards : pensez donc, des gens qui touchaient au sacro-saint droit de propriété !...
Comme quoi les bonnes intentions, qui sont parfois de gauche, mais peuvent aussi être de droite (l'allocation-logement semble avoir été créée en 1948, au moment de la libération des loyers), ont des effets secondaires qui profitent toujours aux mêmes ! A défaut d'un blocage des loyers, je suis partisan d'une sévère taxe sur leurs montants, à partir d'un seuil à définir, qui pourrait être l'équivalent du loyer des HLM, ce qui encouragerait peut-être certains propriétaires à réviser à la baisse... Mais ça ne semble pas être dans l'air du temps. Non, on préfère laisser les gens à la rue... Et rendre ainsi la rue dangereuse ou désagréable...
Avec Pierre-Jean, je suis allé voir mon ex-compagnie de théâtre jouer une pièce anonyme du XVIème, La vénitienne. Huit ans déjà - comme le temps passe - qu'ils font du théâtre sous la houlette d'Hervé Guérande-Imbert, formidable comédien et pédagogue, à qui je dois beaucoup pour la réussite de mes cyclo-lectures, tant pour la position de la voix que pour la gestuelle ou les silences, ou simplement pour me sentir à l'aise dans mon corps et dans mes déplacements, pour ne plus avoir peur de toucher l'autre ou d'être touché... Embrassades avec les comédiens : "Tu nous manques beaucoup !" C'est réciproque. Une belle soirée. En seconde partie, la troupe de Montamisé, avec qui j'ai joué Feydeau il y a deux ans, a donné des sketches de Karl Valentin et de Roland Dubillard. Epoustouflant de brio dans l'absurde... Peut-être des textes à dire en solo à la prison ou au cours de mes cyclo-lectures... Utile donc, en plus d'être agréable, d'aller écouter et voir les autres !!!
Affiche de la pièce donnée au Théâtre du Rond-^point, à Paris, en 2000
Après le temps comme durée, voyons le temps comme climat : j'ai eu une chance inouïe depuis mon départ, pas une goutte de pluie, du soleil souvent - et j'aime cette douce chaleur sur mon dos et mes jambes - mais, depuis deux jours, un vent violent, de la pluie... Je m'inquiète un peu pour ma semaine prochaine qui sera à la fois montueuse - je traverserai la Chalosse et le Béarn - et peut-être sous le signe du mauvais temps... Ce dernier n'est pas comme le temps passé, qui selon Brassens, est toujours joli !

samedi 26 mai 2007

26 mai 2007 : 28 ans déjà, c'est beau la vie

Retour à Poitiers dans des trains presque pleins. Bizarre : s'agit-il du long week end de Pentecôte (mais le lundi n'est plus férié), ou bien de l'effet des 35 heures qui libère le vendredi après-midi pour nombre de gens ? Et pas mal de vélos dans le TER de Mont de Marsan à Bordeaux... Prévoir donc d'arriver vingt bonnes minutes à l'avance lors du grand retour : 2 juin prochain.
Vendredi soir, au Festival de Vivonne, nous assistons au concert de Gillie McPherson, la chanteuse irlandaise. Nous sommes fidèles à ce Festival, et l'an passé, avions redécouvert Nadau (qui s'appelait autrefois Los de Nadau), un groupe béarnais qui chantait en occitan des chansons souvent humoristiques avec un entrain formidable. Mais là, nous sommes un peu déçus : la voix doit être belle et veloutée, mais en chantant, elle s'égare dans la raucité un peu trop souvent, et les arrangements sont un peu trop électriques pour mon goût. Dommage, certaines chansons étaient très belles...
penga.jpg (6626 octets)
Et aujourd'hui, nous fêtons nos vingt-huit ans de mariage, noces de nickel, paraît-il. Vingt-huit, beau nombre. Contre vents et marées, nous avons surnagé dans les méandres de la conjugalité, devenue difficile en ce début de XXIème siècle, si j'en juge par ce que je vois autour de moi. Mais j'ai toujours fait ma devise de la chanson de Jean Ferrat, C'est beau la vie, que chantait aussi Isabelle Aubret, et en particulier de cette strophe :

Tout ce que j'ai failli perdre
Tout ce qui m'est redonné
Aujourd'hui me monte aux lèvres
En cette fin de journée


Repas au restaurant chinois, où un vieux monsieur à la table voisine nous dit avoir découvert la cuisine asiatique lors de la guerre d'Indochine, en 1949. Depuis, il y est resté fidèle. Me reviennent alors en mémoire les années 52 à 54, où, sachant lire, je découvrais à la fois l'histoire en train de se faire et la géographie au travers de cette guerre justement, dans le quotidien Sud-Ouest, qui titrait souvent sur l'Indochine et publiait des cartes du théâtre des opérations. Mon goût pour les cartes géographiques, ma passion de l'histoire sont-ils nés là ?
Après tout, c'est bien dans ce journal-là aussi que j'ai pris goût au cyclisme en vibrant aux exploits de Fausto Coppi, puis à partir de l'année suivante, de Louison Bobet. Bien que très jeunes, mon frère aîné Michel et moi, nous lisions tous les articles consacrés au Tour de France, et, pour vérifier les résultats et les classements, nous avons appris en un rien de temps les tables de multiplication, à additionner, soustraire, multiplier et diviser, et, dès l'âge de sept ou huit ans, savions calculer les moyennes horaires, additionner des heures, des minutes et des secondes, et suivre sur la carte de France les déplacements des coureurs.
Envoyé en vacances chez mon cousin de Gouze, dans les Basses-Pyrénées, où ma tante était chargée de me remplumer, je continuais à vivre aux accents du Tour. Admirables oncle Alfred et tante Marie qui, à défaut de me "remplumer", ont réussi à me faire aimer passer à table, ce qui n'est déjà pas si mal, car c'était loin d'être gagné, mon aversion pour le beurre et les produits laitiers me faisant redouter tout ce qui était contenu dans une assiette ! Et aussi à m'apprendre à faire du vélo, au prix d'une de mes dernières dents de lait qui s'est cassée lors d'une chute mémorable...
Et c'est à eux que je dédierai en pensée mes dernières lectures la semaine prochaine, puisque je serai hébergé chez mon cousin, retrouvé l'an passé, après de longues années de séparation : comme quoi la retraite a du bon...
Et puisque ce journal est un reflet du passé dans le présent, signalons que j'ai reçu récemment un courrier électronique de Michel Baglin, connu alors que j'étais en poste à Auch dans les années 70, où il était journaliste pour la Dépêche du Midi. Michel Baglin était poète, il a continué à écrire, et je recommande en particulier Entre les lignes, un recueil de nouvelles, et La lettre de Canfranc, magnifique évocation nostalgique de la ligne ferroviaire du Somport. Il est prêt à m'accueillir l'an prochain dans la région toulousaine lors de mon prochain cycle de cyclo-lectures... Vivent les retrouvailles !

vendredi 25 mai 2007

24 mai 2007 : retrouvailles

Journée sans histoires, après le petit succès d'hier à Bélis, où le public était restreint mais ravi...
Petite balade à vélo dans l'après-midi pour entretenir la machine humaine, reprendre de l'énergie, et empêcher Rossinante de rouiller.
Les petites routes dans la haute lande sont extraordinairement calmes : pas une voiture ! La forêt n'est jamais la même, ici, une haute futaie sombre, car les troncs droits et serrés, à l'écorce du gris au brun foncé, sont couronnés d'un chapeau végétal d'aiguilles vert profond, là, une friche de fougères et d'ajoncs, et entre deux, toutes les étapes intermédiaires, puisqu'on fait des coupes, on laisse reposer un peu, puis on replante.
Je me souviens du temps où je partais sur mon vélo et m'arrêtais dans un endroit propice pour me faire un lit de fougères et bouquiner, à l'abri du bruit de la maisonnée, un peu égoïstement...
De temps en temps, un immense champ de maïs. Quelques fermes au fond d'un airial, certaines délabrées, d'autres bien restaurées. Un petit arrêt au cimetière de Cère pour quelques instants de recueillement sur les tombes de ma grand-mère et de mon père.
Je rentre avant un gros orage qui occasionne des dégâts chez ma soeur et m'empêche de rallier le lieu de lecture à vélo : chemin inondé et boueux !
En arrivant au restaurant (car ce soir, la séance de lecture est à 21 h), retrouvailles surprise : mon vieux camarade de la classe de philo, Bernard Graciannette, pas vu depuis une dizaine d'années, alors même que, à chaque fois que je vais à Mont de Marsan, je me dis qu'il faut que j'aille lui rendre visite ! La honte ! C'est une surprise qu'ont concoctée les organisateurs, en complicité avec ma soeur qui a gardé le secret. Il est toujours assez handicapé (depuis un accident de naissance, et il avait passé le baccalauréat et sa licence de philosophie en tapant sur une machine à écrire), marche avec difficulté, ayant subi récemment plusieurs opérations de la hanche, mais son intellect est toujours vif, et il est ravi de me revoir, et réciproquement. A table, nous discutons, et j'apprends qu'il est responsable de la section locale de la Ligue des Droits de l'homme.
Le Cercle des travailleurs est une association ancienne, qui remonte au XIXème siècle, et qui a été ranimée récemment par M. Duhurt, avec l'aide du parc naturel des Landes de Gascogne. Au bout du compte, dix-huit personnes assistent à la lecture sur le thème de la "nourriture". J'essaie de me surpasser, car maman est là aussi, et à quatre-vingt sept ans, c'est la première fois qu'elle assiste à une de mes animations. Je ne sais pas si j'ai réussi, en tout cas, on rit beaucoup, le texte de Georges Flipo, Ne pas chipoter, que je lis pour la première fois, passe bien, ainsi que l'extrait, plus réflexif que narratif, du Désert des déserts de Wilfred Thesiger. Et ma jeune nièce de quatorze ans, également présente, ouvrait de grands yeux : j'espère qu'elle a aussi ouvert tout grand ses oreilles. Et mon Livre d'or, que je laisse à la disposition des auditeurs, se remplit copieusement ! Deux regrets : mon filleul et blogueur préféré était absent. Et, bien sûr, l'absence de Claire, restée à Poitiers.
LE DÉSERT DES DÉSERTS - Wilfred THESIGER
Adichats, les Landes...

mercredi 23 mai 2007

23 mai 2007 : la vie et rien d'autre

Ce matin, nouveau réveil en fanfare : 4 h 40. Rien à dire, ça fait déjà 7 h 20 que je dors d'affilée ; pas mal. Je descends au salon, ouvre la télé et tombe sur une émission littéraire sur la 2 ! Une reprise, mais l'original doit passer vers minuit ordinairement, heure où normalement je dors. Et je suis séduit par la personnalité d'un des auteurs présents, Marc Dugain, ancien entrepreneur ou dirigeant d'entreprise qui en a eu marre un beau jour de n'avoir pas d'autre moteur que l'argent... Inutile de dire que ça me plaît beaucoup. J'avais vu et aimé le film tiré de La chambre des officiers, sur les gueules cassées de la guerre de 14. Il a écrit deux autres romans, l'un sur les Etats-unis de Kennedy, l'autre sur la Russie de Poutine (et de Staline, en filigrane), tout ça m'a l'air bougrement intéressant.

A 6 h, je me rendors ; à 8 h, je suis de nouveau sur mon vélo, prêt à affronter la redoutable ligne droite longue de 10 ou 11 km entre Luxey et Labrit. Un lièvre traverse à 20 mètres devant moi, toutes oreilles dressées et disparaît dans les fougères. En voilà un qui a la chance de passer devant un cycliste et d'échapper à l'hécatombe. Que de cadavres de hérissons, de petits rongeurs, de crapauds, et d'oiseaux de toutes sortes, jusqu'à des grands rapaces, j'ai croisés ces temps-ci ! Et cet après-midi, alors que j'allais reconnaître mon parcours pour ce soir (8 km de la maison de ma soeur à la mairie de Bélis, où l'on m'attend), sur une petite route où il ne doit pas passer plus de trente voitures par jour (en 3/4 h, je n'en ai croisé que deux), un écureuil. Non écrasé, il avait simplement été heurté, et sa face avait pris le choc, une de ses canines était sortie de la mâchoire et débordait monstrueusement sur le côté de sa face. Son poil roux était tout doux, je l'ai ramassé et mis délicatement dans le fossé, ne voulant pas qu'il soit écrabouillé par une prochaine voiture.
Et voilà. Moi qui m'efforce d'apporter un peu de vie autour de moi - et mes cyclo-lectures ne sont rien d'autre qu'un partage de vie, d'un surcroît de vie qu'apporte la littérature - je suis sans cesse confronté à la violence et à la mort.
Sans faire d'angélisme, j'en arrive parfois à préférer les animaux aux humains. Ils ne tuent que pour vivre ; nous, nous tuons sans discernement et sans nécessité. Un écureuil, si innocent et si beau...
Le soir même, en retournant à Bélis, un autre, bien vivant cette fois, traverse à dix mètres devant moi !
Encore un petit public, mais captivé. Parmi eux, un couple de cyclotouristes, le maire d'une commune voisine et une vieille dame venue de Savoie pour épauler sa fille nantie de quatre enfants et abandonnée par son mari ; drôle d'époque... Elle mange avec nous au restaurant. Et nous signale qu'elle vient tous les jours y boire un café, car il faut faire vivre le commerce local, en l'occurrence unique commerce de ce tout petit village de 120 habitants. La patronne travaille seule, elle aussi abandonnée par son mari !
J'ai inauguré depuis Sore l'usage du bâton de pluie pour séparer les différents textes. Ce qui laisse un peu de repos... Et je lis de plus en plus lentement, enfin, pas trop, mais en acceptant le silence. Plus peur du vide, en quelque sorte. Ou confiance en la vie, tout simplement ?

22 mai 2007 : "vous n'êtes pas pressé, vous êtes à vélo !"

Réveil en fanfare à 4 h. C'est que le train pour Bordeaux, le seul à admettre les vélos (et encore de quoi me plaindrais-je, pour le retour, on ne peut faire que Bordeaux-Angoulême ou Angoulême-Poitiers, et avec cinq heures d'arrêt à Angoulême, mais pas le parcours complet en une seule fois !), part à 6 h 24.
Aussi, pas question de traînasser. D'abord, désactiver les deux téléphones portables qui devaient sonner à 5 h. Puis descendre déjeuner, remonter prendre une douche, vérifier encore une fois que les sacs sont fin prêts, ficelés, prendre le pique-nique (je me suis fait cuire des crêpes hier soir), laisser un dernier message papier. 5 h 45, un jour gris et bleu très clair m'attend : je sors, mais au bout de la rue, devant le centre commercial, je suis saisi par la fraîcheur. Pardi, j'ai oublié le foulard indispensable pour protéger ma gorge des intempéries : c'est mon instrument de travail, je dois le ménager, comme les divas. Retour à la maison.
Récupération du dit foulard qui encercle aussitôt mon cou. Par la même occasion, je prends conscience également que j'avais oublié ma ceinture. Qui a dit que j'étais étourdi ? Voilà que j'allais partir sans papiers, et par les temps qui courent...
5 h 52, nouveau départ. Diable, c'est que la gare est à un peu plus de 6 km, et qu'avec les feux rouges et les encombrements de circulation, je mets d'habitude 25 mn, ce qui me laisse une faible marge. Je n'aime pas ça. Je préfère avoir du temps devant moi. Eh bien, chance inouïe, pratiquement aucune voiture, tous les feux verts d'affilée, en 18 mn, je suis arrivé. Compostage du billet, descente des escaliers (pas évident avec le vélo, mais je commence à avoir l'habitude), jusqu'au quai n° 6.
Encore une vieille bécane pour aller à Bordeaux ; nos régions n'ont pas encore renouvelé tout leur parc ferroviaire, économies obligent. Mais finalement, c'est aussi bien, car le contrôleur m'indique la soute à vélos : ici, pas besoin de soulever le vélo pour un accrochage hasardeux en hauteur et risqué pour mes lombes, une simple fixation à des rampes de métal avec un tendeur et l'antivol, Rossinante ne bouge plus, l'écurie est impeccable !
Le TER est presque omnibus ; je somnole, je bouquine (un recueil de nouvelles policières de Francisco Gonzales Ledesma, Mendez, dont le héros est un vieux policier humain, si, si, ça existe ! et c'est un régal). Mais quand je veux aller aux toilettes, vers Coutras, pas moyen, les deux portes des W.-C des deuxièmes classes et celle de ceux des premières classes sont bloquées. Un passager de style SDF me dit que c'est comme ça depuis Poitiers (j'ai remarqué, soit dit en passant, que des gens fument dans les toilettes, ça y sent parfois le tabac, est-ce pour cela qu'on les condamne ?). Oui, mais le trajet dure quand même deux heures et demi depuis Poitiers, et le besoin devient urgent. Je reviens à ma place, aperçois le contrôleur, lui signale la chose, il me dit : "non, non, c'est ouvert, vous n'avez qu'à tirer, c'est un peu dur !" Je sais bien que mes biscottaux sont pas terribles, mais quand même... Je refais le trajet, j'essaie de nouveau, cette fois je tombe sur deux passagères qui font le même constat que moi. Bientôt une quatrième se joint à nous. Nous repartons en corps constitué trouver le contrôleur occupé à sa tâche ordinaire, car on vient de s'arrêter à Libourne et de nombreux passagers sont montés. Je laisse le soin à une des passagères, habituées au commandement de demander d'une voix ferme et un peu ironique : " ce serait pas une nouvelle loi Sarkozy, par hasard, qui nous interdirait d'aller aux toilettes dans le train ?" Le contrôleur, cerné par notre quatuor, laisse en paix les autres passagers et nous suit. Effectivement, il doit utiliser une clé carrée pour débloquer, non sans peine, ça semble manquer d'huile, les ouvertures des toilettes. Ce qu'il fait. Galamment, je laisse passer ces dames en premier, et on se garde bien, d'un commun accord, de fermer à clé de peur de rester bloqué à l'intérieur...
Bordeaux. Sous la grisaille. Des travaux partout, je sors de l'autre côté de la gare, pensant être plus près des boulevards. Une nouvelle ligne de tramway est en construction. J'atteins les boulevards et traverse, en me disant que par Bègles, je couperai vers Villenave d'Ornon, plutôt que de rester sur le boulevard. Eh bien, non, là aussi des travaux, des rues barrées, et en fin de compte, je réintègre le boulevard, un quart d'heure de perdu...
Après, c'est tout simple : le Pont de la Maye, Villenave d'Ornon (travaux et déviation là aussi, vivement la campagne !), petit coup de chapeau au croisement de la rue où habitaient alors mon oncle Pierrot, ma cousine Liliane et son mari Norbert, chez qui j'allais, à vélo, passer des week-ends quand j'étais étudiant, et où un jeune voisin venait nous rejoindre pour d'interminables parties de belote le samedi soir. Le soleil pointe son nez.
Puis Léognan, encore un coup de nostalgie, c'est là que nous allions en 1966 et 1967, fin mai début juin, faire nos révisions de licence de géographie, avec mon pote Henri, chez Alice Villaneau, qui occupait une délicieuse chaumière campagnarde et qui nous réveillait le matin au son du concerto pour violon de Beethoven, joué par Arthur Grumiaux... Henri, pour qui je prenais les cours en double à la fac (il n'y avait pas de photocopieurs à l'époque, et je faisais avec du papier carbone, mes cours étaient impeccables, il ne pouvait venir que le mercredi, étant maître-auxiliaire à Biarritz), et qui, quand nous eûmes la licence, m'invita, pour me remercier, une semaine en juillet dans sa maison de Biarritz, où je fis connaissance de sa jeune femme et de leurs deux beaux enfants. Il voulut m'offrir un disque en cadeau et je choisis justement ce concerto de Beethoven. J'étais allé aussi à Biarritz à vélo, déjà...
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Puis c'est la forêt, Saucats, Villagrains, Hostens. Là, je découvre qu'une voie verte a été ouverte qui va de Mios (sur le bassin d'Arcachon) à Bazas, sur une ancienne voie ferrée. Pourquoi ne pas l'emprunter sur quinze km, jusqu'à saint-Symphorien, ça ne me fera que 3 ou 4 km de plus que par la route plus directe vers Sore ? La voie est superbe, bordée de fossés remplis d'eau ferrugineuse, où l'on doit probablement apercevoir des tritons en cette saison... De temps en temps, une petite maison, qui devait être une ancienne halte.
A Saint-Symphorien, j'ai envie d'une boisson chaude. Eh bien, incroyable, je vois un premier café (ou ex-café), fermé, et visiblement abandonné. Un deuxième, idem. Obligé de revenir dans le centre ; là, le Bar-Brasserie du Commerce me tend les bras. Plusieurs tables en terrasse sont occupées, et ça a l'air bien plein dedans. Je m'installe au soleil, commande une assiette de charcuterie et un café. Un couple arrive, le garçon, un petit rougeaud, la quarantaine grassouillette, le verbe haut en couleurs, les accueille et les installe à l'ombre, prend leur commande. Un quart d'heure se passe. Les assiettes virevoltent d'une table à l'autre. "Je m'occupe de vous, vous n'êtes pas pressé, vous êtes à vélo !" Le couple est déjà servi et entame le plat de résistance. Tout le monde a l'air de bien se régaler, tandis que j'étudie la carte IGN pour me donner une contenance. Une demi-heure : toujours rien. Il ne me reste plus que 14 km jusqu'à Sore, mais je n'aime pas arriver en retard. Le garçon continue à aller d'une table à l'autre, à desservir ici, à servir là... Hilare, il me lance : " ça vient dans trois minutes !" Je regarde ma montre, je calcule que j'aurais eu le temps de prendre un repas complet, depuis que je poireaute ici ! Je compte mentalement jusqu'à 3 pour lui donner une dernière chance. Toujours pas pour moi ! Je lève le camp. Enfin, ça m'aura toujours fait quarante-cinq minutes de repos pour mes jambes, les épaules bien au chaud, mais de boisson chaude, bernique !
La forêt est magique tout de même, ce silence impressionnant, troublé quand même par des camions en plus grand nombre que je ne le supposais. Et ces lignes droites, le calvaire du cycliste. Les jeunes fougères se marient bien aux nombreuses marguerites, sur les bords des fossés, et le soleil est là, et une bonne chaleur sur mes muscles raidis...
Sore : la bibliothécaire, en poste depuis un an (elle vient de Seine-Saint-Denis, et n'est pas mécontente de se trouver en milieu rural, où elle anime la bibliothèque inter-communale du canton), m'accueille, m'amène au Cercle de la paix, où je dois manger ce soir et dormir en chambre d'hôtes. Il s'agit d'un luxueux duplex. J'ai beaucoup sué, et je me douche, avant de préparer les textes que je vais lire ; le thème "enfances".
Rejoints par ma sœur Anne-Marie et mon beau-frère Josué, nous allons à la salle communale au premier étage de la mairie. On n'attend pas grand-monde, et en fin de compte, il y aura sept à huit personnes. Des personnes âgées pour la plupart. Dont une bibliothécaire bénévole à Sore depuis 1946 : 61 ans de bénévolat, qui dit mieux ? Je me sens obligé de me surpasser pour cette délicieuse vieille dame, qui m'a montré son appareil auditif, et que j'ai fait installer au tout premier rang. De dire le plus distinctement possible, de la regarder souvent. Je crois que j'ai réussi : en fin de séance, elle est ravie et me remercie...
Le soir, à 21 h 20, je sombre dans le sommeil !

lundi 21 mai 2007

21 mai 2007 : des origines ?

Veille de départ : branle-bas de combat. Vérification du sac - ne pas oublier les cartes IGN, comme l'autre fois, par exemple, ni, comme aujourd'hui, en allant à Gizay (entraînement) le chocolat dans la sacoche. La fringale est si vite arrivée !
Demain les Landes.
J'y ai la plupart de mes souvenirs d'enfance, bien que j'en ai de plus anciens, rares, et plutôt opaques, de Marseille (1949), Tunisie (1949-1950), Bordeaux (1950-1951)...
Les Landes, c'est d'abord cette maison louée très bon marché, mais si peu confortable (sans eau, ni chauffage central), où nous avons vécu jusqu'en 1962, avec la cour où nous jouions, et les cabinets au fond de la cour, le poulailler. C'est ce petit village, avec sa rue de l'église, où se trouvait la maison. C'est l'école, toute proche. Notre jardin, de l'autre côté de la route nationale. La place des arènes, où se déroulait la fête locale, dite de la Saint Barthélémy, jour si célèbre chez nous autres, parpaillots. Le château de la baronne. Les deux épiceries, dont l'une ferma vers 1957. La route nationale, où nous prenions le car pour aller au marché de Saint-Sever et voir nos grands-parents paternels ou l'oncle cordonnier. Les petites routes, simplement empierrées, par lesquelles nous allions à pied le jeudi ou le dimanche chez les oncles et tantes paysans, ou sur les bords de l'Adour, à la belle saison, à la pêche à la ligne ou cueillir les mûres. Aller chercher le lait à la ferme, distante d'environ un km. Aller chercher l'eau à la pompe communale, corvée terrible, inimaginable aujourd'hui. Les vendanges, la récolte des pommes de terre, la tuerie du cochon, les noëls, les jeux de société (l'oie, dominos, loto, petits chevaux, etc.) et jeux d'intérieur en hiver, les jeux de la belle saison (courses de capsules, football dans le jardin du curé, reconnaissance des marques de voitures à leur bruit...), une grand-mère fabuleuse, les crêpes, la confection des confitures, la lecture de la Bible, des contes, du dictionnaire, de l'atlas, de l'unique Tintin que nous possédions (Les cigares du pharaon)... Plus tard, l'internat (dur, j'avais à peine dix ans) et le lycée, la découverte de l'amitié et de la lecture (merci, Alain P., grand lecteur et ami incomparable, ce fut pour moi une révélation et une nouvelle naissance) et les rêveries interminables de l'adolescence...
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Si ma vie est ailleurs - et je me sens citoyen du monde plus que jamais, et pas du tout un imbécile heureux qui est né quelque part, comme chantait Brassens - tout de même cette enfance, somme toute heureuse, s'est déroulée là, et une part de moi y est toujours, enclose dans le souvenir, avec mes chers disparus...

dimanche 20 mai 2007

20 mai 2007 : essai concluant

Après deux jours sans téléphone, et un jour de plus sans internet, voici que tout semble remarcher. Comme quoi la patience est une vertu majeure. Et ne pas se presser surtout... Je sais, ce n'est pas à la mode, mais la lenteur est pour moi une envie qui remonte à loin, à mes ancêtres cultivateurs probablement (arrière-grands parents), et puis j'ai envie de garder mon jus, ce qui n'est pas le cas quand on est pressé : ah ! la polysémie !
Grand jour : j'inaugure le caddy accroché derrière le vélo pour aller faire le marché. Eh bien, c'est fort agréable, et on peut sans aucun problème se déplacer avec un caddy pour des voyages au long cours. Cet été peut-être...
Hier, à Bonneuil-Matours, pendant que Claire participait à la réunion des amateurs de bonsaïs, j'ai fait une boucle à vélo et pu constater que le Conseil général a fait apposer des panneaux "La Vienne à vélo", du plus bel effet, qui permettent, quand on les suit, de quitter les routes importantes pour emprunter des itinéraires plus bucoliques. A défaut de vraies pistes cyclables, c'est mieux que rien. Je suis ainsi allé jusqu'à Cenon-sur-Vienne, par des petites routes bordées de cerisiers...
Toujours le bonheur du cycliste. Le vélo ne trompe pas : on sait tout de suite si la santé est bonne ou pas. Et une certaine gaieté aussi, à fendre l'air comme un insecte lent, à peine bruissant. Les idées d'écriture surgissent, reste à les mettre en œuvre...

vendredi 18 mai 2007

18 mai 2007 : télécoms en perdition

Que c'était simple, autrefois, au temps des lettres papier ! Des rencontres prévues longtemps à l'avance...
Aujourd'hui, dès qu'un grain de sable se met dans l'engrenage des télécommunications, rien ne va plus.
Ainsi, nous n'avons plus ni téléphone fixe, ni donc internet depuis hier, et je dois aller en un lieu public, où heureusement ça marche encore (à la BU pour tout dire ; nous avons pu constater avant-hier à la Bibliothèque municipale des Trois cités qu'ils étaient bien embêtés par une panne informatique, et obligés de noter à la main les retours et sorties, y a pas que chez nous qu'il y a des pannes), pour mettre à jour mon blog, rédiger quelques messages, faire une commande de livres : honte sur moi, qui ne le fais pas en librairie à Poitiers ! Mais ce sont des livres spéciaux, qui nécessiteraient de toute façon une commande, car pas en magasins.
Le départ vers les Landes se prépare.
Pour se mettre en condition, rien de tel que le jardinage : nous avons adhéré à Jardinature, un jardin potager associatif collectif immense (70 adhérents), qui a recruté en CDI une jardinière pour les gros travaux (donc on fait une bonne action en créant un emploi), et où on participe aux plantations et aux récoltes dans la convivialité. Le tout bio naturellement...Nous avons renoncé à réserver un jardin individuel. C'est tellement plus agréable de travailler en groupe. On se croirait sur une rizière chinoise !
Une dame est venue samedi dernier parler des plantes sauvages : on a bien envie d'y goûter ; déjà on mange des champignons, des mûres, des orties et des chénopodes... Mais il y en a plein d'autres. Et, comme le cyclo-lecteur est aussi un cueilleur et glaneur - un être préhistorique, quoi - on va s'y mettre plus sérieusement... Si une plante et une recette nous plaisent, je vous en ferai part. Après tout, j'ai bien proposé un thème de lectures sur les nourritures !

mercredi 16 mai 2007

14 mai 2007 : retour aux sources


Ce lundi donc, le cyclo-lecteur est revenu hanter les lieux de ses crimes : la bibliothèque universitaire de Poitiers, où il acheva sa carrière professionnelle.
Et où lui vint l'idée de son projet, un jour, en méditant dans les magasins de la bibliothèque, devant la profusion de recueils de nouvelles ou de poèmes. Une profusion qui pourrait en effrayer plus d'un, car comment se retrouver là-dedans ? Il y a tant de livres, classés seulement par numéros d'entrée, parfois par collections : un chat (il en circule un de temps à autre, celui de la concierge) y reconnaîtrait difficilement ses petits.
Et pourtant, quand on aime les livres, le plaisir de farfouiller, et de se glisser comme un chat entre les rayonnages, est tel que le cyclo-lecteur ne résistait pas, dès qu'il estimait sa tâche accomplie, à descendre dans ces bas-fonds et à s'immerger pour des minutes hors du temps, sans dire où il allait, le criminel. Il est probable que de temps en temps, on devait le chercher, pour un coup de téléphone ou autre, on le croyait aux toilettes ou à la pause-café, ou dans un autre bureau, ou dans une des salles de lecture... Et que de découvertes faites, souvent dans la poussière, des livres inconnus, des auteurs ignorés, des éditions dissimulées, dans ces lieux qui ressemblent à un tombeau : on se sent comme un égyptologue qui détecte une fragment de papyrus couvert de hiéroglyphes, on se prend pour Tintin dans Les cigares du pharaon...
La joie toute pure, loin des bruits du monde, de faire revivre tous ces vieux livres, simplement en les ouvrant, en les humant...
Ce temps est loin : la honte est que, comme il pleut, et alors qu'il n'ya qu'un km et demi à faire, c'est en voiture que je débarque à la BU, me transformant en auto-lecteur. La honte, vous dis-je !
Quant à savoir si ce fut réussi, c'est aux auditeurs de le dire ! Quelques ami(e) étaient venus, d'anciens collègues aussi. Un petit pot d'amitié monté par l'ami Gilles coiffait l'affaire.
Et la vie continue.

dimanche 13 mai 2007

12 mai 2007 : adieux à la Dordogne

Me voici de nouveau sur le retour. Je dois remercier avant tout mon frère qui a formidablement organisé mon séjour et la séance de Nailhac, et fait découvrir ce petit coin de Dordogne, le Périgord vert, le pays d'Ans.
C'est vrai que c'est très vert, et il donne une impression de calme et d'aisance (il paraît que la noix est d'un bon rapport, mais il y a aussi la truffe, le foie gras...) qui tranche avec le Limousin voisin, dont la traversée, avec le train du retour, laisse voir une sécheresse, une pauvreté, une terre à moutons, quoi...
Pas étonnant que les Anglais s'installent en nombre dans la région. J'ai été frappé par la multitude des petites routes qui traversent bois et champs, et par l'habitat dispersé : nombreuses fermes isolées, souvent énormes, nombreux hameaux. On trouve encore des maisons abandonnées et à vendre : avis aux amateurs de solitude.
A propos de solitude, le vélo est sûrement (peut-être avec le bateau à rames ou à voiles) le moyen de locomotion qui devrait attirer tous ceux qui fuient la foule. Personne ne peut pédaler à votre place. Vous avez l'impression d'être roi de l'univers, en fendant l'air lentement, tous sens à l'affût : les parfums, les couleurs et les sons se répondent ; là, c'est l'odeur entêtante des fleurs de robinier (acacia), ailleurs, l'alignement blanc, jaune et rouge d'une haie de rosiers, ici, le chant des grillons qui signale la belle saison. L'eau même que l'on boit à la gourde prend une saveur inédite, sans doute parce que la soif -enfin - est réelle : le corps réclame ! La respiration accentuée nous exalte, et nous voici évaporé, comme le dit si joliment Christian Congiu dans la nouvelle que j'ai lue à Coursac et Nailhac.
Et c'est à Thiviers que je reprends le train, sans incident cette fois, la correspondance de Limoges est assurée : j'y lis La Chaîne d'or, le beau livre de Joseph Kjellgren, écrivain prolétarien suédois. Moi qui m'endors souvent dans le train, là, je suis subjugué par la puissance qui émane de ce texte qui fait suite au non moins remarquable Les hommes de l'Emeraude, et il n'est pas question de dormir. Je prépare un petit essai sur cet écrivain : je ne sais si j'arriverai à faire sentir la beauté de ces textes, magnifiquement traduits par Philippe Bouquet. Mais j'essaierai au moins de donner envie de les lire. Et qui sait, d'en sélectionner un extrait pour mes futures cyclo-lectures !
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Kjellgren faisait partie de ces auteurs, achetés il y a longtemps, que je gardais pour ma retraite. Bon sang, me suis-je dit, j'ai bien fait d'attendre. Et, comme je sais qu'il me reste encore un tas d'autres découvertes à faire dans ma bibliothèque personnelle, sans parler des bibliothèques publiques ou universitaires auxquelles j'ai accès, des ami(e)s qui me signalent des livres, et des nouveautés en librairie, je me sens heureux, mille sabords ! J'ai encore des mines à explorer, des digues à faire céder, des pépites à trouver, du bonheur à déguster et peut-être à partager !
Car il n'y a rien de plus triste que de garder pour soi ce qu'on a découvert...
A bientôt dans les Landes de Gascogne.

samedi 12 mai 2007

11 mai 2007 : une auberge en Dordogne

Nailhac, charmant petit village bien restauré. Mais qui, malheureusement, n'a plus d'école. La moyenne d'âge est très élevée : on a voté beaucoup, plus de 91 %.
Matin : promenade autour de l'étang de Born, où Michel va pêcher de temps en temps, des perches notamment. Mais il y a aussi des carpes, des tanches. Discussion avec les pêcheurs : ça ne mord pas. L'eau, il est vrai, est trouble. Mais la faute incomberait aux cormorans qui se sont installés récemment là : la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) veille jalousement sur eux : va-t-il donc falloir instituer une Ligue de Protection des Pêcheurs (LPP, c'est vrai que beaucoup de ces pêcheurs ont l'âge des pépés) ? On a aperçu un héron cendré, des canards de toutes sortes.
Après-midi : petite balade à vélo qui me mène à Badefols d'Ans, au sommet d'une butte, avec une très belle église et un superbe château de la fin du Moyen âge, bien conservé et, semble-t-il, habité. Je suis frappé dans ce pays par la pente des toits des maisons, signe d'hivers rigoureux et neigeux... Retour par Hautefort, le route serpente et dévoile des aperçus plongeants sur les vallées et collines. Beaucoup de plantations de noyers, de prairies avec bovins, de champs d'orge et de labours attendant le maïs.
Hautefort : le château 

Enfin, l'heure de la lecture arrive. J'arrange un peu la salle annexe de l'auberge, pour que le public me voit. J'ai sélectionné un petit mélange de textes, principalement centrés sur le thème "nourritures", auxquels j'ai joint "Un petit vélo dans la tête", qui me semble convenir au public présent. Les gens ont l'air attentif et content. Après une brève discussion, on passe à table.
Le mobilier est très beau, l'aubergiste, ancien brocanteur, ayant utilisé une partie de ses trésors pour meubler les deux salles. Repas très agréable concocté par la patronne. On a l'air de bien manger en Dordogne, et on me regarde avec commisération : faudrait qu'il se remplume, ce petit !

vendredi 11 mai 2007

10 mai 2007 : le beau pays

C'est entendu, la France est un très beau pays.
J'en ai encore la confirmation en traversant ce département de la Dordogne. Je ne peux malheureusement pas éviter de passer à Périgueux, et par des routes et rues passablement encombrées de voitures et camions.
L'enfer, c'est un monde plein de voitures et de camions... Les camions, je ne dis pas, ils circulent - du moins, je l'imagine - par nécessité ; mais les voitures, ne peut-on pas les utiliser un peu moins ? Ne pas les sortir pour un oui pour un non ? Et ne pas rendre les traversées de villes invivables ? Sans parler de celles qui sont mal réglées et qui vous envoient un nuage de gaz noirs asphyxiants !
Par contre, je rencontre aussi le paradis : les petites routes tranquilles, où sur des km je ne croise aucune voiture, parfois un tracteur. Bien sûr, elles ne sont pas aussi lisses que les grandes routes, elles sont même souvent tape-cul, mais quel charme de sinuer le long des rivières, de grimper les collines, de respirer l'odeur des fenaisons, de découvrir ici un bois de chênes, là un vieux presbytère adossé à une bâtisse médiévale superbement conservée (Le Change), ailleurs un château en ruine couvert de végétations (Saint Pantaly d'Ans), ou les plantations de noyers : dit-on une noyeraie ? Dommage qu'il y soit écrit (mais une fois seulement) : "Défense de ramasser les noix" ! En quoi le glanage gêne-t-il les producteurs de noix ? De toute façon, j'imagine qu'ils ne vendent pas les noix tombées à terre ! Eh bien, si, il paraît que les noix sont cueillies au sol par des sortes d'aspirateurs...
L'après-midi, visite du chateau de Hautefort, sous la houlette de mon frère Michel, guide merveilleux et connaisseur. Plus idéaliste que lui, tu meurs !
Et découverte de l'auberge de Nailhac où se fera la lecture du 11 mai à 18 h 30, avant un repas convivial... Voilà qui va me changer des bibliothèques et de leur public tout trouvé. Mais pourquoi pas : mon rêve est qu'il y ait des lecteurs publics, comme il y a des écrivains publics ! Et qui se déplacent de ville en ville ou de village en village, comme les ménestrels autrefois. Pour redonner du sens à la vie, de la vie à la littérature, et sortir du sacro-saint poste de télévision...
Car l'enfer, ça peut être aussi la télé allumée pendant le repas... Ne jetons pas quand même l'anathème sur ce moyen de communication. Il y a des émissions intéressantes, des feuilletons palpitants (Plus belle la vie, par exemple) et des téléfilms qui prennent à bras le corps des thèmes que le cinéma français n'a quasiment jamais abordés : ainsi l'esclavage, dans le téléfilm à épisodes commencé hier au soir, Tropiques amers, et pas si mal que ça !

jeudi 10 mai 2007

9 mai 2007 : du train et des heures

Grosse frayeur ce mercredi 9 mai : j'ai pourtant bien calculé mon déplacement pour rejoindre la Dordogne. Je prends le train avec le vélo à Mignaloux à 12 h 47, je change à Limoges, où j'ai quinze minutes de battement, le temps de trouver le bon quai, quoi, et je dois arriver à Périgueux à 15 h 59, ce qui me laisse largement d'arriver le temps d'arriver à Coursac, distant de 13 km, où mon intervention est prévue à 18 h 30 !
Sauf que... Déjà, à Mignaloux, la micheline, brinquebalante - une vieille bécane, me confirme le contrôleur - a déjà cinq minutes de retard : "on a dû attendre le TGV de Paris !" La soute à vélo, également salle du contrôleur, oblige à accrocher le vélo au plafond, puis à l'accrocher avec un tendeur à un crochet latéral pour éviter à Rossinante dé bouger dans tous les sens suspendue en l'air comme une vulgaire carcasse de bétail !
Peu après Lussac, arrêt soudain... Diable, on ne repart que dix minutes après, ça y est, mes quinze minutes sont déjà bouffées ! Je regarde le paysage et, peu après, aperçois deux biches dans un champ. Et voilà qu'à Montmorillon, la micheline est bloquée un quart d'heure, et même un peu plus. Nous voici avec trente-cinq minutes de retard !
Vais-je manquer la correspondance ? Le nouveau contrôleur, monté à Bellac, me confirme que oui. J'apprends que j'ai un autre train à 17 h 05 qui m'amène à Périgueux à 18 h 15... Juste à temps pour prendre une voiture - taxi, ou lecteur de Coursac ? - et arriver presque à l'heure dans ma tenue de cycliste (survêtement), je n'aurai pas le temps de me changer.
A la gare de Limoges, dont j'admire une fois de plus l'architecture, j'ai deux heures à tuer. Je sors un peu pour faire quand même du vélo... Puis je passe un coup de fil à la Bibliothèque de Coursac pour expliquer la chose... Anne Delaunay, la jeune bibliothécaire me dit : " On vient vous chercher en voiture, on mettra le vélo dedans ! Et on sera à l'heure périgourdine, avec donc le quart d'heure de retard habituel !"
Ouf ! Et merci à la charmante lectrice, nantie d'une grosse voiture, où le vélo peut loger, et qui accompagne Anne venue me chercher...
L'animation se déroule bien, même si les deux premiers textes - le poème de Marcel Thiry et le texte d'Abdourrahman A. Waberi - passent mal. Il y a toujours de la distance entre un texte que l’on apprécie visuellement et le même que l’on entend. Par ailleurs, je n'ai pas eu le temps de me concentrer avant l'animation... Pot très agréable après. Très jolie bibliothèque dans un bâtiment ancien restauré...
Puis logement et repas dans la chambre d'hôtes de Mme Marty, où séjourne aussi un jeune bûcheron-élagueur, qui y est pensionnaire depuis deux ans. Il a vingt-deux ans, et me semble énorme ; en fait, il est très costaud, et il faut l'être dans ce métier ! M. Marty me rappelle Papa et Pépé : il fait chabrot après la soupe...

lundi 7 mai 2007

7 mai 2007 : déprimé

Eh oui, chers lectrices, chers lecteurs, le cyclo-lecteur est déprimé.
Pour une fois qu'on avait en France une chance historique qui, à mon avis, ne se reproduira pas de sitôt (vu le machisme ambiant, surtout dans le monde politique), d'élire une présidente, ça ne s'est pas produit...
J'en ai presque envie de renoncer à mes cyclo-lectures ! Surtout quand j'apprends par la presse que les plus de 65 ans ont voté à plus de 75 % pour Sarkozy, qui est donc l'élu principalement des vieux et du milieu rural. Je comprends mieux maintenant pourquoi il ne me tarde pas de dépasser 65 ans ! En tout cas, pour paraphraser Paul Nizan, je ne laisserais dire à personne que c'est le plus bel âge de la vie !!!
Mais soyons optimiste, la vie continue, il y a longtemps que je n'attends rien du vote, à partir du moment où on délègue un tant soit peu son pouvoir, on abandonne tout, et tant pis pour nous : c'est la loi de la démocratie représentative, sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. Si participer, c'est voter une fois de temps à autre, et si ça doit s'arrêter là, on ne risque pas d'aller bien loin ! Heureusement qu'il y a le tissu associatif, où il y a une participation autrement réelle, et où, si on n'est pas contents, on peut toujours aller voir ailleurs et participer à une autre association. Tandis que là, une fois qu'on a les élus qu'on n'a pas choisis, que peut-on faire ? Rien. Et je comprends donc les arrivistes qui tournent casaque et se mettent dans le camp du vainqueur pour avoir au moins quelques miettes (ainsi la plupart des députés UDF qui abandonnent lâchement Bayrou, et sans doute y aura-t-il quelques socialistes ou apparentés qui voudront une part du gâteau, car rester sans cesse dans l'opposition, c'est usant)...

Et là-bas, la Dordogne m'attend, avec ses collines et ses montées, et des endroits inconnus de moi. Car jusqu'à présent, j'ai été reçu par des bibliothécaires que je connaissais : je leur dis un grand merci, ainsi qu'à leurs collègues, qui ont courageusement (surtout à Royan !) assisté à mes lectures.
Désormais, je pars vers l'inconnu...

samedi 5 mai 2007

5 mai 2007 : du vent !

Le temps est bien gris en ce samedi. Je quitte Royan vers 9 h, m'arrête près de l'abbaye de Sablonceaux, qui reçoit des retraitants, puis jette un oeil sur le portail de l'église de Pont l'Abbé. Ici, un jardin de fraises est protégé (?) par deux épouvantails qui auraient pu figurer dans Le magicien d'Oz (tiens, ça me rappelle que c'est un livre que j'ai lu à haute voix à Lucile il y a une douzaine d'années).

Là, je me balade le long de champs entièrement bleus (de la chicorée ? il semble que ce soit plutôt du lin). J'aperçois des buses, j"entends le coucou. Près de la route, les myosotis voisinent avec des marguerites, des coquelicots et des boutons d'or : une symphonie de couleurs. Les champs de colza semblent destinés à la production de bio-carburants (il vaudrait mieux dire agro-carburants, dont on n'est pas sûr qu'ils soient moins polluants que les carburants fossiles). A l'ouest de Saint Crépin, les pales de six éoliennes tournent majestueusement : franchement, c'est plus beau que les poteaux des lignes à haute tension.
Ce qui me défrise le plus, depuis que je circule - mais ça ne date pas d'aujourd'hui - c'est tous ces murs et murets qui entourent les maisons, et surtout tous ces panneaux Attention au chien (après tout, pourquoi pas, il vaut mieux être prévenu), Chien méchant, Je monte la garde, Chien méchant et perspicace, Je montre les crocs, etc... Pauvres chiens ! Décidément, je préfère les loups !
Et quel vent ! Je n'en finis pas de ramer contre, en me dirigeant vers Surgères, où j'ai prévu de reprendre le train. Dans cette même ville, petit arrêt à la Bibliothèque municipale, où l'on peut consulter ses courriels et internet gratuitement (bravo !).
A la gare de Surgères, deux jeunes Roumains attendent le train pour Paris. Il n'y a pas qu'en prison que les employés sont peu aimables.
Dans le train, un Anglais style SDF, sauf qu'il ne boit pas des canettes et ne fume pas (au contraire du Français qui monte à Niort, accompagné aussi d'un chien), avec ses trois chiens et de nombreux bagages (énorme sac à dos et sorte de chariot contenant des sacs variés) m'aide à accrocher le vélo : c'est un balèze !

4 mai 2007 : en route pour Royan

Très beau temps pour sortir de Melle. Par des routes parallèles, et presque sans voitures, ça roule bien. Jolis petits villages. Arrêt repas à Dompierre-sur-Boutonne, à côté du magnifique château Renaissance. La boutique, épicerie-point poste, est tenue par une Anglaise. A Saint-Jean d'Angély, je prends le train pour Royan, j'y somnole presque tout le temps.
Je mets un certain temps à trouver l'hôtel Beau Rivage, puis à repérer la Bibliothèque municipale, tout près de la fameuse église en béton, construite après la guerre. A 18 h, fin prêt, je suis devant un public attentif, parmi lequel l'auteur de Ma bicyclette verte, Michel Lamy, un habitué des publications "écolos", me montre son livre nouvellement paru aux éditions du Sang de la terre.

Je vais lire pendant 1 h 45, mélangeant dans mon dossier les textes du thème "Enfances" avec le pot-pourri lu la veille, sans me rendre compte que j'ai débordé du cadre imparti... Personne ne s'en est plaint. Tout le monde semble ravi.
Mais je finis vidé.

vendredi 4 mai 2007

3 mai 2007 (suite) : A Melle, on lit un méli-mélo !













Le programme (pot-pourri ou méli-mélo) donné à la Bibliothèque municipale de Melle, où une vingtaine de personnes étaient venues à la "rencontre avec le cyclo-lecteur", comme il était affiché sur la porte, semble avoir bien plu.
En tout cas, le cyclo-lecteur s'est donné à fond et a dépensé une énergie folle ; il en était tout tremblant dans les dernières lectures. Parmi le public, une petite fille a tenu le coup courageusement, il est vrai que plusieurs textes (Monsieur Lin, Premier amour, Sugar baby love) étaient des histoires d'enfant auxquelles elle a pu s'intéresser.
Bon dialogue après l'animation, avec quelques personnes, essentiellement des femmes, et excellente soirée dans la famille Auger, où les deux jumeaux, Christopher et Steven, ont égayé le repas de leurs questions.

jeudi 3 mai 2007

3 mai 2007 : des perdrix sur la route

Beau temps finalement en ce jeudi 3 mai. 
Ségolène doit y être pour quelque chose puisque j'allais à Melle ! Observé sur la route à plusieurs reprises des perdrix (ou perdreaux, à vérifier sur un guide d'oiseaux)... Croisé quelques cyclistes qui m'ont bien sûr dépassé, tout en me demandant ce que je faisais... Quand ils ont su que j'achèverai dans les Pyrénées, ils m'ont demandé si ce serait au sommet du Tourmalet !!! Ils étaient un peu ébahis, de même que la serveuse du café de Rom, où je me suis arrêté.
Suis reçu par Françoise Auger, conseillère municipale, ex-documentaliste, dont les derniers enfants sont deux garçons jumeaux de 14 ans.

mercredi 2 mai 2007

2 mai 2007 : pluie ou soleil ?

Mercredi 2 mai : depuis trois ou quatre jours, la pluie est au rendez-vous quotidien, après un mois d'avril exceptionnel de beau temps, même chaud pour la saison.
Il faudra donc que je fasse avec. Me couvrir un peu plus, car, sauf quand le soleil paraît, il fait plus frais. Et trouver l'énergie nécessaire pour me battre contre le vent et les mouillures désagréables ; mais qui a dit que la vie était un lit de roses ? Et n'ai-je point avec moi ma Rossinante ? Il ne me manque que Sancho Pança...