Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 29 novembre 2007

29 novembre 2007 : Et qui est mon prochain ?



Photo Bernard Liégeois

Voilà, c'est fait. Je pensais bien un jour proposer des lectures dans une enceinte religieuse.
Le temple de l'église réformée de Poitiers a bien voulu m'accueillir le vendredi 23 novembre dernier !
Je me suis demandé un peu quelles lectures y faire. Je me suis souvenu de ce petit album que j'avais eu, enfant, et qui donnait l'intégralité de la parabole du bon Samaritain :


Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : "Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour." 
Enfant, c'est un texte qui m'a énormément marqué, au point que des années après, je le connais toujours pratiquement par cœur. J'ai pu constater que c'est loin d'être le cas, voire même qu'on ne comprend pas le sens de cette parabole, ce qui en dit long sur l'état de déchristianisation de notre société actuelle. Pourtant, ce ne sont pas les prochains potentiels qui manquent aujourd'hui : les étrangers, les sdf, les malades, les prisonniers, les vieux, les esseulés ou même les enfants livrés à eux-mêmes... Pour reprendre les termes de Dostoïevski, tous les humiliés et les offensés...
Le tout était de trouver des textes littéraires se rapportant à ce thème. Or, je venais de découvrir une des rares nouvelles optimistes de Maupassant, Le papa de Simon (in La maison Tellier), et j'avais en mains deux nouvelles inédites, de Georges Bonnet, Je n'aurais pas aimé qu'il dise merci, et de Michel Baglin, Noël au bout du quai, qui, toutes trois, rapportent une action comparable à celle du bon Samaritain !
Michel Baglin, je le connais depuis Auch, donc dans les années 70. C'était alors un jeune poète, qui débutait à La Dépêche du midi, où il exerce toujours, tout en publiant régulièrement poèmes et nouvelles. Son dernier texte, Les pas contés, carnets de Cerdagne, vient de paraître aux éditions Rhubarbe, dans la collection Chemins d'écriture. C'est un écrivain discret et fin.
Georges Bonnet, 88 ans, lui, est poitevin. Après une longue carrière de professeur d'éducation physique, ce grand lecteur s'est mis à écrire des poèmes, puis des proses. Ses deux derniers livres parus, le roman Les yeux des chiens ont toujours soif (Ed. le Temps qu'il fait), et les poèmes Un ciel à hauteur d'homme (Ed. L'escampette), sont exceptionnels de simplicité et d'humanité. C'est devenu un ami à qui je rends régulièrement visite, et qui m'a confié ses derniers manuscrits. Il m'a fait l'honneur de venir assister à la lecture.
Ces deux écrivains vivants étaient là en bonne compagnie, puisque, outre Maupassant, j'avais sélectionné des poèmes de Victor Hugo, Après la bataille et Les pauvres gens (dont je n'ai lu que la partie finale), qui nous montrent aussi des gestes de bons samaritains, accomplis par le général Hugo et par un couple de pêcheurs.
Une trentaine de personnes ont assisté à la lecture, quelques amis et connaissances, quelques protestants, et des inconnus, peut-être attirés par l'article que j'avais fait paraître dans le journal.
Nous avons terminé sur une chanson de Rezvani, Je ne suis fils de personne, tout à fait appropriée au thème - car qui est notre prochain, sinon le fils de personne ? - que Claire a chantée, et que j'ai accompagnée au refrain.

Je ne suis fils de personne,
Je ne suis d’aucun pays,
Je me réclame des hommes
Qui aiment la terre comme un fruit...

Rezvani


Photo Bernard Liégeois

Et j'achèverai par cette citation d'un des textes que je lis dans mon programme "voyage" :
Se dire à soi-même : "il fait beau dans mon coeur chaque jour de ma vie." Le dire aux autres. Et vogue la vie.

(Abdourahman A. Waberi Rift, routes, rails, Gallimard, 2000)