Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

dimanche 15 juin 2008

15 juin 2008 : un rêve de nature


Loin des cauchemars récents (j'ai rêvé que j'annonçais, en pleine réunion associative, que j'allais mettre fin à mes jours !), je suis plutôt en train de rêver de nature, de pleine nature.
Dix jours passés à Noirmoutier y sont sans doute pour quelque chose. Nous avions l'île presque pour nous seuls ; Claude et Virginie nous y ont rejoints pour le premier week-end, puis Catherine ensuite. Donc nous n'étions pas absolument seuls, et ce fut aussi un partage : la plage, le vent, le soleil et même la pluie (une demi-journée seulement), les champs de pommes de terre, le marché, la baignade, les oiseaux marins, bref, tout était en place pour un temps autre, vacant. Loin du trop plein auquel je me complais et qui m'épuise.
Et hier au soir, c'était la fête du sentier à Queaux. Animé par l'association Chemins buissonniers, ce sentier de nature, dit sentier des Sous-Roches, a été aménagé depuis quelques années, en sentier botanique (identification des plantes et arbres) et artistique : les roches, les arbres ont été redisposés pour accueillir des sculptures en plein air ou des "installations", comme on dit aujourd'hui. Des artistes participent à cette évolution du site. Vraiment, ça vaut le déplacement.
Pour la fête, étaient invités des sculpteurs, une tisserande, une conteuse, des bateleurs et jongleurs, des musiciens, et un lecteur. Ne manquait à l'appel que le raton-laveur, mais il devait bien être dissimulé quelque part. Arrivés vers 18 h, nous avons exploré le sentier à la recherche d'un lieu adéquat pour ma lecture : nous avons trouvé un coin en pente légère, tapissé de plantes, entouré de quelques arbres, et où une installation de pierres superposées formait un triangle avec deux troncs d'arbres sur lesquels le public pouvait s'asseoir.
C'est donc là que je me suis installé, attendant d'éventuels auditeurs. Les gens ont commencé à déambuler vers 20 h, à qui j'annonçais que je pouvais leur faire une lecture. Certains passaient outre, d'autres s'arrêtaient. J'ai eu jusqu'à 22 h environ six petits groupes à qui j'ai pu faire des lectures : textes de Christian Bobin, Paul Auster, Georges Bonnet, La Fontaine, Neruda, Teilhard de Chardin, Georges Navel, Gaston Puel... Même un Espagnol de passage, Pablo, qui n'entend pas le français, m'a dit (en anglais, car je n'entends pas l'espagnol) avoir été séduit tout de même par ma manière de lire.
Le texte de Teilhard de Chardin, que je lisais pour la première fois, qui parle des trois catégories d'hommes, les fatigués, les bons vivants, les ardents, m'a ébloui, et a, je crois, beaucoup plu. Je me range, bien entendu, dans la catégorie des ardents, même s'il m'arrive parfois d'être dans l'une ou l'autre des deux autres. Ces ardents qui vont de l'avant pour atteindre les sommets, et pour "tenter, sans force et sans armure, d'atteindre l'inaccessible étoile", que chantait Brel ! Ce sont peut-être aussi les innocents dont j'ai précédemment parlé. Je pense que j'y arriverai un jour, au sommet...