Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

lundi 28 mars 2011

28 mars 2011 : Qui a dit : étranger ?


Allez voir le docteur demain !
C'est pas un mal qu'il trouverait. C'est en dedans. Dans l'âme. Ils ont pas d'outils pour entrer jusque-là.


(Félix Leclerc, La trace, in Adagio)


Au moment où dans certaines régions de France (comme par hasard celles où il y a le plus de retraités, quand je dis qu'on devrait retirer le droit de vote à partir d'un certain âge, je persiste et signe), le Front national (ces gens-là ont un mal en dedans, la haine de l'étranger, ou du jeune, ou du différent, un mal dans l'âme, comme écrit Félix Leclerc, et hélas, les docteurs politiques ne peuvent soigner ces maux-là) fait des scores qui me tarabustent, il est bon de se pencher un peu sur les écrits de ceux qui, étrangers, ont choisi la langue française. J'ai déjà longuement parlé de mon ami Panaït Istrati (un peu dans le Journal d'un lecteur, un chapitre entier dans D'un auteur l'autre, et bien qu'il soit mort depuis longtemps, c'est bien un ami très cher que je consulte souvent dès que j'ai un peu de vague-à-l'âme).
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Je viens de lire Une langue venue d'ailleurs, d'Akira Mizubayashi, paru dans la collection L'un et l'autre, chez Gallimard. Akira Mizubayashi a choisi notre langue au sortir du lycée et n'en est plus sorti. Il est venu en France poursuivre ses études supérieures, a épousé une Française, est devenu professeur de littérature française au Japon, spécialiste de Rousseau en particulier. Il raconte dans cette belle autobiographie intellectuelle, écrite directement en français (et dans une langue très belle) son itinéraire. Je le cite : "Je suis étranger ici et là et je le demeure. Dans la conjoncture actuelle ou être étranger et le mot étranger même deviennent suspects ou, pour tout dire, politiquement incorrects (qu'est-ce que c'est que ce piètre concert universel des identités ?), je revendique sans honte ni tristesse mon étrangéité ; ce double statut d'étranger que je porte en moi qui me permet sans cesse de tendre vers une perspective sur le réel qui est celle de l'Autre, et donc de conserver le désir brûlant de sortir de moi..." Par double statut, il veut dire qu'il ne se sent plus japonais (il est donc étranger dans son pays), mais qu'il ne se sent et ne se sait pas davantage français. Paragraphe qui m'a beaucoup touché.


Vous savez, vous qui lisez mon blog à quel point j'ai cette sensation d'être depuis fort longtemps (l'enfance ?) un homme de trop. Ce n'est que depuis quelque temps qu'elle a ressurgi avec force, cette sensation, sur laquelle je n'avais pas mis de mot (seulement l'expression homme de trop), et qui ressemble fort à l'étrangéité de Mizubayashi. Certes, je n'ai pas eu, comme lui, à me colleter avec une langue étrangère. Mais le fameux ascenseur social que j'ai pris, et qui m'a conduit à fréquenter des milieux intellectuels (et sociaux) fort éloignés de mon milieu d'origine, a créé ce sentiment. Longtemps je suis resté silencieux, comme le signale Mizubayashi : "Si je laissais ma pudeur l'emporter, ne serais-je pas obligé de m'enfermer dans le silence, un silence bruissant de mots et d'émotions certes mais un silence tout de même ? Parler, c'est quelque part résister à la pudeur". Je ne savais que dire dans diverses situations auxquelles j'étais (je suis encore ?) confronté, y compris des situations professionnelles ou sentimentales. Oui, on peut parler de pudeur. Le langage n'était pas le même dans le milieu populaire où je suis né, et que j'ai continué à fréquenter, mais où finalement je me suis aussi senti mal à l'aise. Je ressentais comme notre Japonais cette "petite douleur liée au sentiment d'une perte irrémédiable et une grande honte généralisatrice d'une haine de soi", dont j'ai mis beaucoup de temps à me défaire.


Et cependant, j'étais, comme l'auteur, "un jeune homme animé par une soif de connaissances, un frémissant désir d'apprendre, une folle envie d'accéder au royaume du savoir". Mais ce royaume n'est pas celui de la vie en société, celui des conventions sociales, et la lutte des classes (un gros mot aujourd'hui, mais qui me semble garder toutes ses significations) était toujours, certes discrète et comme en filigrane derrière chacune de mes conquêtes intellectuelles, mais grosse comme une montagne dans la plupart des situations sociales où j'étais embarqué. Et, avant tout, je restais séparé par les gouffres de différences venues de mon passé d'enfant. Oh ! je n'en ai pas pas été particulièrement malheureux, j'ai appris à faire avec, à composer, et à constater que mon étrangéité me poursuivait tout de même, voire s'était accentuée, puisque étranger aux milieux nouveaux que je fréquentais, je devenais peu à peu étranger à mon ancien milieu, avec la haine de soi qui naît de la honte et de la perte des repères.


Et puis j'ai fini par, quand même, grâce à la pratique de l'amitié, à la simplicité, à l'humilité, à l'empathie, aux activités associatives, aux voyages, aux accueillants pour tout dire, par retrouver "ce sentiment enfin de se trouver à côté de ceux qui vous accueillent et non pas en face d'eux séparé par un abîme de différences". Et par me sentir très bien avec des étrangers venus d'autres pays (avec qui je me lie facilement) ou avec des hommes et des femmes bien plus jeunes ou bien plus vieux que moi, donc étrangers à ma génération : à bien des égards, nos étrangéités se rejoignent dans une sorte de communauté, où l'on découvre le "sentiment de n'être l'objet ni d'une indifférence totale ni d'une attention excessive" que signale Mizubayashi.


Je reviens à notre auteur. Car il a découvert la langue française par le biais de la musique et, curieusement, de l'opéra : Les noces de Figaro, de Mozart (bientôt projeté sur grand écran au cinéma à Poitiers), l'ont porté vers le XVIIIème siècle et la découverte de Rousseau. Et il a vécu la langue française comme une musique, l'apprenant d'abord oralement, par ses sonorités, grâce aux émissions radio. Il chante en quelque sorte notre langue, et ça se sent dans son écriture, fluide, modulée. Son livre est aussi un magnifique hommage au père, qui l'a fortement encouragé, poussé à partir en France, et qui lui "disait : – Aucune marchandise n'est meilleur marché qu'un livre, à condition qu'on le lise. Tu achèteras autant de livres que tu voudras si tu en as besoin et si tu les lis. Rien de plus cher, par contre, qu'un livre, si on ne le lit pas puisqu'on ne peut pas s'en servir même comme papier hygiénique".


Un très beau livre qui nous fait vivre, le temps de la lecture, "un instant sans durée, un jour peut-être hors des jours, une seule nuit plus aimable que l'aube", que rapporte Philippe Jaccottet dans Ce peu de bruits.

Adagio par Leclerc
Et, puisque j'ai commencé avec Félix Leclerc, et pour en finir avec le Front national, je conclurai avec son voleur de bois qui proclame : "On sait quoi faire. Ça dépend rien que de nous autres. Il y a l'Amour. Il y a la haine. J'avais choisi la haine, il y a une vingtaine d'années. J'ai changé cette semaine : j'essaie l'Amour. Je pense pas de le regretter. Ça coûte pas plus cher, ça m'a l'air meilleur, plus durable".


À bon entendeur, salut.

dimanche 20 mars 2011

20 mars 2011 : la tribu des accueillants


C’est un brave homme, ce qui est plus rare qu’un homme de génie.
(Mihail Sebastian, Journal, 1935-1944)

On se plaint, et ça m'arrive aussi, de ce sentiment de solitude né du monde moderne, ou qui a peut-être toujours existé. Mais à l'inverse, il y a ce peuple étrange de ceux que j'appelle les accueillants qui, même si on ne les connaît pas, sont capables de transcender les barrières, d'abattre les cloisons, de détruire les murs. De faire des choses gratuitement, par humanité pure. De donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif, de visiter des prisonniers, de vêtir ceux qui sont nus, de voir des malades, d'accueillir les étrangers (cf Évangile de Matthieu, 25,35-45). Ceux qui font qu'on peut encore avoir confiance dans l'être humain. Ceux qui sont des gens bien.
Prenez C. par exemple. Je le connais depuis trois ou quatre ans, et il était resté pour moi une simple connaissance, que je voyais à l'occasion, quand je passais à la bibliothèque. Et puis, il découvre que je me suis inscrit, sur les conseils de ma fille, sur le site de couch surfing. Oh ! C'est tout récent, et je n'en avais pas encore fait grand usage. Il a réussi à me joindre par internet, et m'a invité à dîner la semaine dernière. Il y avait aussi là six étudiants, de six nationalités différentes, un peu pour me montrer à quoi ressemble un couch surfer : c'est quelqu'un qui n'hésite pas à proposer le gîte et même le couvert à des inconnus venus de loin. Un accueillant. Un type bien. J'avoue qu'il m'a épaté, j'ai passé une très bonne soirée. Les étudiants, tous Erasmus, étaient ravis, et chacun participait, qui à la cuisine (excellente tortilla de l'Espagnole, par exemple), qui à mettre le couvert, qui à débarrasser et à laver ou essuyer la vaisselle. Je leur ai lu mes deux chansons incluses dans mon recueil de poèmes, il fallait bien que je remercie tout ce beau monde !
Prenez G. Lui, c'est un ami, un collègue, mais tellement plus jeune que moi qu'il aurait pu ne pas tomber en amitié. On s'est connus au moment même où la maladie de Claire se déclarait. Je travaillais encore. Il m'a été d'un grand secours. J'avais quelqu'un auprès de qui m'épancher, avec qui faire un tour à vélo le samedi matin ou aller me délasser au cinéma. Et, après le décès de Claire, voyant que je souffrais moralement, il m'a invité, à passer quelques jours chez ses parents au bord de la mer. J'ai donc fait la connaissance de Y. et M. À peine plus âgés que moi, ils m'ont reçu comme un fils surnuméraire. Et j'ai passé chez eux des jours merveilleux. Depuis, je les revois souvent. Ce sont, comme leur fils, des accueillants. Des gens bien, qui m'épatent à chaque rencontre, et me font penser à ce mot de Cocteau : "Notre engagement est chose de l’âme. Il consiste à ne pas s’y réserver un pouce de confort" (La difficulté d’être).
Prenez Ch. Elle aussi, c'est une amie, une ancienne collègue, qui fut sous mes ordres. Difficile, j'en sais quelque chose, de se lier d'amitié avec son supérieur. Il y a là une barrière qu'il faut franchir. Qu'il faut même abattre. Il faut se transcender. Sans doute au départ, pensant qu'elle serait par trop esseulée dans cette île lointaine, est-ce nous qui l'avons d'abord accueillie, en l'invitant chez nous presque tous les week-ends : Claire était une formidable accueillante. Mais elle nous l'a rendu au centuple. Elle nous a prêté son appartement pour visiter la Bretagne quand elle n'y était pas ; nous y sommes allés quand elle y était aussi. Elle a toujours été dans le don, dans l'empathie, quand Claire a été malade. On savait qu'on pouvait compter sur elle, sur ses cartes empreintes de bienveillance, où elle glissait quelques citations de poètes ou d'écrivains qui nous tenaient chaud au cœur. Une accueillante. Une fille bien.
Prenez F. et C., un couple qui s'est installé pas loin de chez nous au plus fort de la maladie de Claire. Quand je les vois, je pense aux Béatitudes : "Heureux les doux, car ils hériteront la terre". Jamais vu de personnes aussi douces. Lors de la maladie de Claire, je savais que je pouvais compter sur C. pour lui tenir compagnie, tandis que j'allais faire ma matinée de service au jardin associatif. Ou simplement pour me dépanner, me permettre de sortir et de souffler. Après sa mort, combien de fois suis-je allé chez eux m'inviter à dîner pour fuir les murs nus de la maison déserte et pour parler d'elle ? C. m'a même prêté un roman maritime que j'ai emporté et lu sur le cargo. Des accueillants, des gens bien. Qui pestent comme moi contre les loyers trop élevés, contre cette manie de mettre des barrières partout dans les quartiers résidentiels.
Prenez A. Quand Claire a été au plus mal, pendant les neuf mois de l'accouchement difficile de son agonie, tous les mois, elle est venue passer trois ou quatre jours à la maison, laissant mari et enfants (petits pourtant) se dépatouiller tout seuls, pour me seconder, pour accompagner Claire, pour partager des morceaux de sa vie difficile. Ce n'est pas rien : c'est dur, le regard d'un malade et délicat d'ajuster le sien au niveau adéquat. Je suis admiratif devant ce dévouement, cette générosité, cette constance dans la tendresse, dans l'amour. Je ne suis pas sûr que beaucoup en soient capables. C'est une accueillante, une fille bien.
J'arrête là l'énumération, car des accueillants, j'en connais évidemment bien d'autres. Toutefois, ils ne sont pas si nombreux que ça. Le monde s'est hérissé de portes blindées, de portails électriques, de murs, de remparts (voyez ceux entre Israël et la Palestine, entre les USA et le Mexique, entre l'Inde et le Bangladesh, et il y en a sans doute bien d'autres que j'ignore ; comment veut-on que les simples particuliers n'érigent pas de murailles quand les états donnent un si mauvais exemple ? On peut toujours se gargariser d'avoir abattu le mur de Berlin !), de barbelés, de frontières, de check-points. Jusqu'aux clubs de vacances qui sont entourés de murs, sans doute pour ne pas effrayer le monde des pauvres alentour. La planète devient peu à peu un immense camp de concentration, où chacun va être emprisonné, parfois dans un cocon doré, souvent dans des lieux sordides.
J'ai lu chez Jorge Semprun (Le grand voyage) : "Dans les camps, l'homme devient cet animal capable de voler le pain d'un camarade, de le pousser vers la mort. Mais dans les camps l'homme devient aussi cet être invincible capable de partager jusqu'au dernier mégot, jusqu'à son dernier morceau de pain, jusqu'à son dernier souffle, pour soutenir les camarades". Le camp dont il parle était Buchenwald, et il généralise. Mais j'en conclus que certains hommes, même placés sous le règne de la plus noire des barbaries, pouvaient rester des accueillants.
Et ce que j'espère, c'est pouvoir intégrer ce groupe, cette tribu : accueillant, un des plus beaux mots de la langue française.

vendredi 18 mars 2011

18 mars 2011 : solitude : le grand retour

Il m‘a paru que nous étions seules au monde. Nous l‘étions bel et bien, elle arrivée de ses cinquante ans de solitude, et moi de mes dix-huit ans d‘orphelinat à domicile.
(Anne-Marie Garat, Les mal famées)

André Gide notait dans son Journal, le 8 août 1905 : "quelques plongeons dans la solitude me sont aussi indispensables, chaque jour, que le sommeil des nuits. Je m'y défripe". On sent quand même là le littérateur, même si je peux prendre en compte l'idée de se défriper. Moi qui ne me contente plus maintenant de quelques plongeons, mais d'un grand bain dans lequel je patauge...
Je côtoie depuis deux ans divers types de solitude : la mienne d'abord, qui ne ressemble guère à celle que j'appréciais tant quand j'eus quitté la maison et le lycée et ai eu – enfin – une chambre à moi (petit salut à Virginia Woolf ici), et où je pouvais m'écrier, comme le héros de Sandor Márai, dans L'étrangère : "« Enfin seul », pensa-t-il. Une impression de sécurité qu'il n'avait encore jamais éprouvée succéda à son étonnement devant la solitude". Une solitude de jeune homme, si différente de ma solitude d'enfant plongé dans une famille nombreuse, car, comme l'ont indiqué bien des commentateurs, on peut se sentir absolument, incongrument seul dans un groupe, fût-il aimant. Comme le personnage de Mathieu Galey, dans une nouvelle incluse dans son recueil Les vitamines du vinaigre, dont il est dit "de plus, il était encore un peu jeune, bien qu'il fût d'une précocité certaine, pour savoir qu'il était seul, et l'on ne souffre pas d'être seul tant qu'on ignore que d'autres le sont moins que soi". Hé oui, tant qu'on ignore... Je ne suis pas sûr que je l'ignorais, et mes problèmes d'estomac, qui ont commencé vers neuf-dix ans, ne sont pas tout à fait tombés du ciel. C'est toujours dur de se sentir différent. J'étais un peu comme le héros d' Alain Claude Sulzer, Un garçon parfait : "il ressentait à peine sa solitude, il avait toujours été seul".
Mais enfin, maintenant, c'est la solitude de la retraite, de l'âge, du veuvage. Et ça n'a plus rien à voir. À vingt-cinq ans, on peut être seul, on peut en souffrir, mais il y a de l'espoir, on sait qu'on a de l'avenir. À soixante-cinq ans, si je ne quitte pas l'appartement, si je ne vais pas vers les autres, je découvre avec effarement "la sensation étrange de ne jamais entendre le son de ma propre voix" qu'a relevée Charles Dickens dans David Copperfield. Aussi, si on me reproche quelque peu mon nomadisme effréné, il faut le comprendre : quoi qu'on dise, l'homme n'est pas fait pour vivre dans l'isolement, surtout après avoir connu des années de vie communautaire en famille et en couple. Sans doute il y a une solitude du bonheur ; j'ai lu chez Mathieu Galey : "Le bonheur conduit à la solitude ; il vous porte à de telles hauteurs – certains parlent de septième ciel ! - qu'il vous éloigne pour un temps du monde et de la raison communs".
Peut-être me sentais-je dès l'enfance un peu différent des autres, un peu artiste à ma façon – j'ai commencé à écrire des poèmes vers mes douze ans, et je n'ai jamais vraiment cessé d'en écrire. Chacun sait que le "créateur n'a pas d'intimes, c'est par essence un être isolé, un être dont on ne peut être proche", comme le rappelle Gilles Sebhan, dans Domodossola : le suicide de Jean Genet. Et qui peut-être même a besoin, plus que d'autres, de la solitude. Mais enfin, la création se nourrit aussi, et sans doute surtout, de la rencontre des autres, et dans le cas de la poésie et de l'écriture, du langage. On a pourtant remarqué que "le langage bien sûr fonde le grand bavardage entre nous, c'est son indéniable utilité, un son tissé entre des corps, un certain élan jeté vers nous, une marche qui est notre pain quotidien, mais pourtant nous restons d'un côté et de l'autre de sa sorte particulière de clôture, chacun seul dans le parc de son propre lexique" (Stéphane Bouquet, Un peuple).
 
Dans ce même livre, l'auteur nous dit aussi que le poésie se nourrit de la "promenade : toujours solitaire. On y marche à la rencontre de soi, ou de la pensée, de la nature, parfois de Dieu, des dieux, parfois de leur absence, du deuil d'eux, de la continuité sans borne du silence […] On s'extrait des autres hommes pour vivre l'expérience d'une rencontre, d'une contemplation, d'une extase, d'une perte qui est absolument singulière, et d'une certaine façon, qualifie le poète, le désigne comme homme d'exception. On se métamorphose presque en une chose de la nature : le nuage par exemple, la feuille chassée par le vent, l'oiseau, le haricot qui pousse – quelque chose qui porte et devient le mouvement pur, le souffle de l'esprit, l'errance vers sans doute un ancien savoir".
Sans doute n'ai-je pas à me plaindre ; le poète néerlandais Menno Wigman, que j'ai rencontré cet été a écrit dans un de ses poèmes : "Qu'est-ce que je savais des trappes de la nuit, / lorsqu'on se retrouve sans argent ou amis ? " Car, au contraire de bien des personnes que je rencontre ou même que je fréquente, je ne suis pas sans argent ni amis. Et même quand mes ami(e)s me semblent lointains ou indifférents, je ne suis pas loin de penser comme Hervé Guibert dans son Journal : "Je peux me dire que T. m'est l'être « le plus cher au monde » : il n'est pas là, et pourtant je continue à vivre, son absence n'est pas insupportable, il pourrait ne pas exister, je serais toujours vivant". D'une certaine façon, c'est bien aussi ce qui m'arrive avec l'absence de Claire, je suis toujours vivant. Je réalise alors comme l'a rapporté Colette que "l'isolement, oui. Je m'en effrayai, comme d'un remède qui peut tuer. Et puis je découvris que... je ne faisais que continuer à vivre seule" (La vagabonde).
J'ai la chance d'aimer lire, d'aimer la littérature, et je dirais même toutes sortes de littératures ; je peux proclamer comme Mathieu Lindon : "Pour mon bonheur et mon malheur, j'adore lire, la solitude m'est une amie qui me délivre de la peine d'en chercher d'autres" (Ce qu'aimer veut dire). Et, comme on le voit, de noter pendant que je lis, et de truffer mes propres textes de ce que je découvre chez les autres. Car j'aime écrire aussi, ce qui est pour moi une nécessité de ma vie intérieure : "Il est vrai aussi qu‘une aventure intérieure authentique ne peut se vivre que dans la retraite, la solitude", a noté Charles Juliet, dans Cézanne un grand vivant.
J'ai la chance aussi d'aimer aussi des activités solitaires, comme le vélo (qui peut toutefois se pratiquer à deux, voire en groupe) ou la course à pied. Je peux faire miennes les réflexions de Haruki Murakami, dans son bel Autoportrait de l’auteur en coureur de fond : "C‘est pourquoi je dois sans cesse maintenir mon corps en mouvement et quelquefois le pousser jusqu‘à ses limites, afin de guérir la solitude que je ressens au fond de moi, ou au moins de la relativiser. […] Je suis le genre d’homme qui aime faire les choses – quoi que ce soit – tout seul. Et pour être encore plus direct, je dirai que je suis le genre d’homme qui ne trouve pas pénible d’être seul". En tout cas, je les faisais miennes, ces réflexions, quand j'avais la trentaine et courais des marathons, et en particulier, j'aime ce mot de relativiser. Sauf qu'aujourd'hui, j'ai davantage de mal à relativiser. Quand je rentre chez moi, après une visite, une sortie, un petit ou grand voyage, je suis comme le héros de Robert McLiam Wilson, La douleur de Manfred : "Mais il appréhendait la solitude de son appartement – inutile de presser le pas pour retrouver ce lieu désert. Il n‘y avait personne pour remplir les endroits vides de son logement". Ou au retour de « vacances » (drôle de mot pour moi, elles sont devenues perpétuelles), je suis comme les héroïnes d' Alain Claude Sulzer : "car ce qui succédait à ces vacances était bien pire que la solitude. Car là où elles retournaient, personne ne les attendait..."
Bien sûr, on peut aussi être seul à deux, voire à plusieurs, et je ne l'ignore pas plus qu'Alejandra Pizarnik, qui notait dans son journal le 15 octobre 1962 : "Béquilles que t'offre l'amour, qui te permet de te redresser, te fait marcher – quoique péniblement – pour ne pas basculer dans la folie ou le suicide. Plus encore, il te donne la matière du chant, la matière des pleurs. En somme, il te donne l'illusion de faire partie du monde, toi qui es exclue depuis que tu te connais". Oserais-je dire que je n'ai plus réellement de béquilles (l'amour de mes enfants, de quelques membres de ma famille, de quelques ami(e)s ?), que je n'ai plus d'illusions non plus ? C'est peut-être le commencement de la sagesse ?
Pour échapper au carcan de la solitude, je me remplis d'obligations : visites à l'un, à l'autre, sorties associatives, accueil chez moi d'étrangers, nombreux déplacements, vacances et voyages surprenants (je suis de plus en plus tenté par le tour du monde en cargo), mais je tombe alors dans "ce semblant d'abondance qu'un agenda rempli donne à une vie" (Christiane Veschambre, Les mots pauvres), et qui n'a jamais empêché personne de se sentir souvent comme Imre Kertesz, "totalement étranger dans mon pays, étranger parmi les hommes, étranger au monde" (Journal de galère). Mais l'oisiveté n'est pas mon fort. J'ai beau lire Montaigne, ça m'aide, bien sûr, mais ce n'est pas d'un grand secours, lui qui a pourtant écrit : "Nous avons une âme capable de se replier sur elle-même ; elle peut se tenir compagnie, elle a de quoi attaquer et de quoi se défendre, de quoi recevoir et de quoi donner. Ne craignons donc pas, dans cette solitude, de croupir dans une oisiveté ennuyeuse" (Les Essais, I, 38.16). Et il y a les jours vides. "Je hais les dimanches", chantait Juliette Gréco. Et Rosa Luxemburg renchérissait, dans une lettre adressée de sa prison à son amie Sonia Liebknecht, le 18 février 1917 : "N'oublions pas que pour moi, c'est tous les jours dimanche. C’est aujourd’hui dimanche, encore dimanche, le jour le plus mortel pour les prisonniers et les solitaires". Que dire des dimanches quotidiens, sept jours sur sept, des retraités ?
Il est vrai que d'un jour à l'autre, la solitude n'a pas la même tonalité, comme l'avait remarqué Colette : "il y a des jours où la solitude, pour un être de mon âge, est un vin grisant qui vous saoule de liberté, et d‘autres jours où c‘est un tonique amer, et d‘autres jours où c‘est un poison qui vous jette la tête aux murs". Entre les jours où on apprécie (« Enfin seul ! ») et ceux où on se dit, comme Alejandra Pizarnik : "Même si on n'est pas amoureux, parfois, au beau milieu de la solitude, ou d'un abandon lugubre, surgissent des désirs que les autres ont aussi : une main sur l'épaule, des paroles affectueuses...Tu ne fais de mal à personne avec ces désirs. En fait, ils ne demandent aucun réel effort à la personne qui pourrait (et devrait) les exaucer". Eh bien, il faut croire que ça demande un sacré effort, car ces désirs sont rarement réalisés, et parfois, j'ai envie de crier comme le Goetz de Jean-Paul Sartre, dans Le diable et le bon Dieu : "Dieu, c’est la solitude des hommes". Et qui va briser les barreaux dont parle Eddy Harris dans Harlem : "C'est l'isolement qui crée la prison, bien sûr, et comme pour n'importe quelle prison, il y a réclusion de part et d'autre des barreaux" ? Cet isolement qui me paraît quand même propre au monde moderne avec ses murs, ses portes blindées (ma résidence est un véritable bunker), ce qui est déjà beaucoup, mais aussi ses âmes renfrognées et ses cœurs fermés, ce qui est plus grave ; Allan Bloom, le philosophe américain de L’amour et l’amitié, l'avait bien relevé : "L’isolement, le sentiment de ne pouvoir établir un contact en profondeur avec d’autres êtres humains, telle est, semble-t-il, la maladie de notre temps".
Et puis, il y a quand même la mort à laquelle je pense maintenant très souvent, moi qui comme Brassens, commence à être "cerné de près par les enterrements". Même entouré, on meurt seul : "En tant que mort j'en serais un parmi bien d'autres ; en tant que je meurs je suis seul" (Fritz Zorn, Mars). Et voilà, la boucle est bouclée, on tombe dans l'isolement absolu. L'affrontement avec le néant, ou avec Dieu. Mais est-il nécessaire que le néant commence avant, qu'on en connaisse un avant-goût à un âge avancé sans doute, mais pas si élevé que ça ? Comment se fait-il que les liens inter-générationnels soient si distendus, au point qu'on cache nos vieux dans des mouroirs qui n'osent pas dire leur nom ? Qu'on laisse des gens dans la rue, dans le froid (ou la chaleur) et dans une solitude absolue ? C'est immonde...

jeudi 17 mars 2011

17 mars 2011 : la ligne droite

Devant la grâce, la nature s‘incline. La vie ouvre grand ses portes.
(Yasmine Char, La main de Dieu)

Aucun doute là-dessus, l'homme est fait pour marcher, pour sauter, pour courir, et ce lui fut longtemps indispensable pour échapper aux prédateurs : il m'en a coûté de l'oublier une fois dans ma vie, et peut-être à d'autres aussi ! Je crois n'avoir pas encore signalé dans mon blog que depuis quelque temps, j'ai repris le footing, qui s'ajoute au vélo pour le plein air, à la gymnastique et aux exercices de musculation en salle. Oui, on a trop tendance à oublier que nous avons un corps, nous qui sommes, depuis l'invention de l'automobile, devenus les assis que stigmatisait Rimbaud, qui font tresse avec leurs sièges. Et il ajoute :
Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour, […]
- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
Soulignons que dans ce poème, Rimbaud se moquait des bibliothécaires de Charleville, mais presque tout ce qu'il a écrit dans Les assis pourrait s'appliquer au monde contemporain.
En tout cas, d'avoir renoué avec la course, fût-ce au petit trot, car je ne prétends plus galoper, m'a donné des ailes, et des envies furieuses de lire des livres ou de voir des films qui célèbrent le sport, et même d'aller en juin à Saint-Pétersbourg pour assister au marathon, ce qui va me rajeunir un peu.
J'ai ainsi lu le beau recueil de nouvelles de Jean-Noël Blanc, Le nez à la fenêtre, où j'ai relevé la phrase suivante : "On cherche des mecs dans ton genre, des gars qui ont faim, parce que moi, tu sais, les gars qui ont la classe naturelle mais qui n’ont pas faim, ça m’intéresse pas". Oui, c'est peut-être parce que j'avais faim que je m'étais mis à la course de longue distance. Je rappelle d'ailleurs à ce propos que l'homme n'a pas seulement faim de pain... J'ai apprécié récemment Le fils à Jo, sur le rugby, et dans le cadre du Festival Filmer le travail : Le petit boxeur, un téléfilm des années 70. Le film allemand Le braqueur, vu aussi il y a peu, traitait de la course à pied, avec un braqueur de banque qui faisait tout à pied, y compris fuir !
Mais La ligne droite que je viens de voir et que je vous conseille vivement, car ça fait des années-lumières que je n'ai pas vu un film français aussi bien éclairé, lumineux, m'a encore plus emballé. C'est vrai, on dirait que désormais les cinéastes se passent de projecteurs, sous prétexte (imbécile) de réalisme, car dans la vie on ne voit pas si bien : mais on n'est pas dans la vie, on est au cinéma. Et ici, on y est à plein. Dans ce mélo somptueux, digne de Douglas Sirk, Régis Wargnier trouve moyen de nous parler de la prison et du difficile retour à la vie réelle (l'héroïne, Leïla, en sort), du handicap (le héros, Yannick, victime d'un grave accident, a perdu la vue) et de la réinsertion dans la vie grâce au sport. Ici, la course à pied, magnifiquement filmée, aérienne, coulée, fluide, au ralenti même... Leïla qui fut avant sa détention, une sportive de haut niveau, va servir de lièvre à Yannick pour les courses handisport d'aveugles. C'est très beau, c'est émouvant, touchant, humain, aucun personnage n'est vu avec mépris, tous évoluent. Chacun des deux héros veut sortir de sa prison : celle que la société a imposé à Leïla (en lui enlevant son enfant), celle dont l'accident taxe Yannick : ils veulent tous deux vivre comme tout le monde et, en fin de compte, s'aimer peut-être... On l'a compris, il m'est arrivé d'enlever mes lunettes et d'essuyer mes yeux. Mais ça m'a fait du bien !!! Du reste, j'ai parfaitement compris l'ensemble des dialogues. Là aussi, sous prétexte (imbécile, je persiste et signe) de réalisme, les cinéastes font bouffer la moitié des paroles aux acteurs : il paraît que dans la vie on n'entend pas toujours tout : mais on n'est pas dans la vie, diantre, on est au cinéma. Un quadruple plaisir donc : une belle histoire, des belles images, un beau son, des acteurs magnifiés par tous ces éléments...
Courez-y vite avant que La ligne droite ne quitte l'affiche : à peine 70000 entrées en première semaine, alors que des conneries dépassent le million ! Mais je vous connais, vous courez plus vite que moi, et vous l'avez déjà vu !

mercredi 16 mars 2011

16 mars 2011 : refaire sa vie

tout ce que j'ai essayé de faire dans la vie, j'ai essayé de tout mon cœur de le faire bien ; à toutes les entreprises auxquelles je me suis consacré, je me suis consacré complètement ; pour les grands objectifs et pour les petits, j'ai toujours été d'une ardeur absolue. Je n'ai jamais cru qu'il fût possible à une quelconque aptitude naturelle ou acquise d'espérer atteindre son but si elle prétendait se dispenser de la compagnie des qualités simples, solides et laborieuses; […] rien ne peut remplacer une ardeur sincère, fervente et prête à tout.
(Charles Dickens, David Copperfield)

Au moment où le monde subit des grandes catastrophes qui ne sont pas si naturelles que ça, car si sans doute un tremblement de terre et un raz-de-marée le sont, la décision de construire une centrale nucléaire en bord de mer dans une zone sismique ne l'était pas, et si la révolte en Lybie est naturelle – un peuple oppressé finit toujours par se révolter –, la répression qui est en train de se passer ne l'est pas, elle fonctionne sur le matériel technologique et meurtrier fourni par l'Occident ("l'ordre brutal et factice qu'impose, sur un champ de ruines, la raison d'Occident et sa foi ou ses fois – toutes aussi tyranniques et se niant mutuellement. Ce n'est rien de régner sur un monde, qu'on a, pour les trois quarts, asservi, avili, ou détruit", écrivait Romain Rolland dans La vie de Ramakrishna), à ce moment donc, il peut paraître dérisoire d'écrire ne serait-ce que quelques lignes, ou de s'adonner à la poésie...
On me posait hier à brûle-pourpoint la question suivante : « Vas-tu refaire ta vie ? » J'avoue ne pas comprendre très bien le sens d'une telle question. Mais comme je sais que le sens qu'on lui donne généralement est celui du remariage ou d'un nouveau compagnonnage, j'ai répondu fermement, trois fois de suite, en regardant mes interlocuteurs dans les yeux : « Non ! » Et je ne souhaite pas qu'on me repose la question !
Je vais déménager, je ferai sans doute des choses diverses, je partagerai autant que je peux et distribuerai mon amour autour de moi sans lésiner. Je ne resterai pas inactif, peut-être (mais pas sûr) écrirai-je d'autres livres, qui seront avant tout des livres de partage. Mais refaire sa vie me paraît ne vouloir rien dire : puis-je revenir en arrière ? Ce que sous-entend le re de refaire ? Je vais essayer de faire que le restant de ma vie – et je rappelle que je suis dans la salle d'attente, même si je peux occuper cette dernière pendant un temps assez prolongé, vu que "c'est la production d'une survie modulable et virtuellement infinie qui constitue la prestation décisive du bio-pouvoir de notre temps" (Giorgio Agamben, Ce qui reste d'Auschwitz) – le reste de ma vie donc, soit aussi beau que l'a été ce qui a précédé, dans la mesure toutefois où je peux traiter de beau ma vie. Mais j'ai eu de la chance (ou je l'ai forcée), et oui, ma vie a été une belle vie...

Mais quand je vois tous ces malheurs, non seulement dans le monde entier, mais tout près de moi, quand je vois les ravages du vieillissement avec par exemple la maladie d'Alzheimer ("déconnexion de l'organique et de l'animal, [...] cauchemar d'une vie végétative survivant indéfiniment à la vie de relation, d'un non-homme infiniment séparable de l'homme", toujours Giorgio Agamben), je vois assez précisément comment faire dans ce qui va advenir de ma vie. Un des personnages du David Copperfield de Charles Dickens dit : "de la façon dont je vois les choses, monsieur, nous nous rapprochons tous du bas de la pente, quel que soit notre âge, du fait que le temps ne s'arrête jamais un seul instant. Alors, faisons toujours des gentillesses, et soyons-en plus que réjouis".
Je n'oublie pas non plus qu'en vieillissant, "plus personne ne vous contemple, plus personne ne vous considère comme une étoile au ciel, vous n'êtes plus qu'un boulet qui traîne la patte, […] une traînée sans traîne, une mariée noire, une ombre" (Gilles Sebhan, Domodossola : le suicide de Jean Genet). Sans être aussi pessimiste que cette phrase que j'ai relevée dans une de mes dernières lectures, il faut en tenir compte. À mon âge, le couple n'a plus de sens, de mon point de vue, et chacun est libre, je n'empêche personne de se remarier !
Mais peut-être finirai-je par reconstituer une petite communauté de vie, un phalanstère où chacun apporterait son savoir-faire, son savoir-être, son aide, son amour aux autres. C'est vrai qu'on crève de solitude dans nos sociétés, chacun dans son petit logement, et que ça peut devenir terrible quand le grand âge survient. L'idéal serait une communauté inter-générationnelle – les maisons de retraite, de quelque façon qu'on les regarde, sont une horreur absolue, des « camps de la mort » (tant pis si je choque par cette comparaison), sans la violence des S.S. sans doute, et encore, parfois je ne suis pas certain qu'il n'y ait pas des violences morales autant que physiques, avec en particulier le prolongement inacceptable d'une vie sans sens, et la mort qui nous est volée.
Comme l'a noté Jorge Semprun dans Le grand voyage, une de mes dernières lectures (et un livre exceptionnel) : "de toute façon, l'heure de mourir est toujours inhabituelle". Je vous laisse méditer là-dessus.