Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

vendredi 29 mars 2013

29 mars 2013 : économie parallèle


C'était un gros homme, de figure régulière et bête, bien campé, un exemplaire doré sur tranches du grade de colonel.

(Louise Michel, La Commune, histoire et souvenirs)



Un scandale de plus ! À la gare de Bordeaux, on ne trouve plus une seule cabine téléphonique. Bravo la Poste ou France Telecom, je ne sais pas qui est responsable de cet enlèvement vergogneux, il y en avait encore il y a six mois. Ne venons donc pas nous plaindre de la pauvreté croissante des gens, alors qu'on leur impose de s'abonner à la téléphonie portable ! C'est ce que j'appelle une contrainte – et sévèrement financière, de même que d'imposer le permis de conduire dans un CV à des jeunes qui, n'ayant encore jamais travaillé, sont censés ne pas avoir de voiture, à moins de l'avoir volée – et après, on s'étonne de la délinquance !

Sait-on ce que coûtent aujourd'hui dans un budget de débutant tous ces abonnements absurdes, internet, téléphonie fixe et mobile, qui d'ailleurs entraînent à d'autres dépenses, vu la publicité encombrante de ces média, et les changements incessants de la technologie qui fait qu'on est toujours en retard d'un train (dans mon cas de plusieurs, puisque je n'ai encore qu'un téléphone mobile basique datant d'il y a dix ans, mais qui marche toujours, et reste largement suffisant pour les besoins que j'en ai !). Et il faut par ailleurs que ces jeunes se logent, impossible de trouver du travail, dans 80 % des cas, près de chez les parents, qu'ils s'habillent et mangent. Le Front de gauche n'a pas tort de fixer le smic minimal pour survivre dans cette jungle à 1500 € nets par mois. Il y a assez de revenus patronaux scandaleux (certains patrons perçoivent, chaque  mois, l'équivalent de l'accumulation des salaires d'une vie entière d'employé de leur boîte) pour permettre ça !

On croule sous des besoins créés artificiellement. On va me dire aussi que lire des livres, c'est un besoin artificiel. Certes, aux temps archaïques, on se contentait d'écouter les conteurs, les aèdes, les bardes, les griots, en plein air ou à la veillée, qui assuraient par leurs histoires et légendes la cohésion du groupe social. Mais on a inventé l'écriture, puis l'imprimerie, et nécessairement, on a fini par communiquer aussi par ce biais-là. Et d'une certaine façon, la littérature aussi a joué un rôle dans l'appartenance au groupe : nos anciens, enfants de la 3ème république, connaissaient tous des textes de Victor Hugo et des fables de La Fontaine. Où est-elle aujourd'hui, cette cohésion ? Même le langage n'est plus commun. La tchatche des ados de banlieue n'a qu'une ressemblance lointaine avec le français, et on s'étonne des difficultés scolaires, et du conflit des générations.

Nourrie à la télévision (de moins en moins), aux jeux vidéo, au MP3 et à la téléphonie mobile, la nouvelle génération ne nous ressemblera guère ; son goût de l'immédiateté et de l'instantanéité lui rendra la vie difficile, nourrie d'impatience, d'incapacité de méditer ou d'apprécier le silence et la lenteur, pourtant nécessaires à exercer la pensée. Certains, heureusement, découvriront, comme Daniel Herrero, qu'il est "possible d'acheter un livre par plaisir, sur un sujet qui n'était pas au programme" (Partir : éloge de la bougeotte). 

 

Mais combien, effrayés par les programmes scolaires qui leur paraissent abscons, mal secondés par des professeurs et des parents complètement dépassés, seront seulement attirés par la spirale du fric-roi, idole de notre société. De grands personnages (ministres, acteurs, présidents), d'ailleurs, leur montrent un exemple déplorable. Où trouveront-ils d'autres modèles ? "Si vous voyiez cette vie affairée, matérielle, avide d'argent ou de grossiers plaisirs, vous en seriez consterné", écrivait déjà George Sand à Charles Poncy, le 26 février 1843, et elle fustigeait la bourgeoisie "sans grandeur, sans entrailles, sans poésie ; elle n'a que de l'esprit, du savoir et de l'habileté, et tout cela lui sert à accomplir le mal". C'est loin de s'être amélioré depuis. Le règne du bourgeois "sournois, rusé et insensible" n'est pas près de finir, puisque le rêve de chacun (ou du moins de beaucoup) est de devenir bourgeois !

Où sont-ils, "les cœurs généreux [qui] voudraient, non s'abaisser pour se niveler, mais élever à eux, en un clin d’œil, tout ce qui est au-dessous d'eux, afin de vivre de la vraie vie de sympathie, d'échange, d’égalité et de communauté, qui est l'idéal religieux de la conscience humaine", que réclamait George Sand dans Un hiver à Majorque ? Dans Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras dressait un réquisitoire implacable contre la colonisation et décrivait ainsi le quartier français de Saïgon : "La luisance des autos, des vitrines, du macadam arrosé, l'éclatante blancheur des costumes, la fraîcheur ruisselante des parterres de fleurs faisaient du haut quartier un bordel magique où la race blanche pouvait se donner, dans une paix sans mélange, le spectacle sacré de sa propre présence". Remplaçons « race blanche » par bourgeoisie, et on trouvera une description assez juste de nos beaux quartiers.

Ce qui m'étonne le plus, c'est qu'il n'y ait pas plus souvent de descente des misérables par là ! Il est vrai que d'une part, les jeunes des banlieues restent dans leur milieu clos et confiné et que d'autre part, on leur laisse le soin d'organiser une économie parallèle qui leur permet d'y faire circuler un minimum d'argent. Comment, sinon, auraient-ils des téléphones portables, par exemple ? Puisque c'est soi-disant indispensable ! Cette économie qu'on tente de combattre (faut bien faire semblant), mais qui est, plus encore que l'illettrisme, le vrai rempart contre la révolution et l'assaut des hordes barbares contre nos quartiers policés... 
 

jeudi 28 mars 2013

28 mars 2013 : mariages !



L'amour est un imprévu. On appelle cela un hasard ; et il n'y a pas de hasard. C'est un rayon qui vient du ciel et qui ne nous embrase que quand le moment est venu pour nous. C'est une espèce de miracle qui subjugue les plus récalcitrants, mais il faut attendre qu'il se fasse, car le mariage sans amour, c'est les galères à perpétuité.

(George Sand, Lettre à Maurice Dudevant-Sand, 17 décembre 1850)



Ah ! le mariage, on n'en a jamais autant parlé que ces derniers temps, avec cette histoire du mariage pour tous. J'ai déjà dit que, après tout – et même si je trouve étrange, à une époque où à peine un mariage sur deux tient le coup – ce droit élargi ne peut faire de mal à personne, à la condition expresse que ce ne soit pas des « galères à perpétuité », comme le dit si bien George Sand.


Moi-même, je me suis marié sur le tard, après quelques expériences amoureuses désastreuses (ou du moins qui auraient été désastreuses si je les avais poursuivies par le mariage, me condamnant aux galères, mais il faut croire que j'étais d'une lucidité rare, et les arrêtant à temps, je n'en fus quitte que pour un risque évité !) et je ne suis pas le seul ; ainsi, Virginia Stephen avait trente ans quand elle rencontra Leonard Woolf. Elle hésita longuement avant de s'engager, comme le montre cet extrait d'une lettre à Molly Mac Carthy de mars 1912 : "Loin de moi l'idée de te faire croire que je suis contre le mariage. Ce n'est pas le cas, même si le sentiment d'extrême sécurité et de sérieux des jeunes couples m'épouvante quelque peu ; d'un autre côté, la mélancolie excentrique des vieilles filles a sur moi le même effet. Je suis partie dans la vie avec un idéal du mariage démentielle et absurde, et puis ce que j'ai pu voir de beaucoup de couples autour de moi m'a dégoûtée, et j'ai pensé que je demandais sans doute l'impossible." À son futur mari, elle écrit le 1er mai 1912 : "Nous souhaitons l'un comme l'autre un mariage qui soit formidablement vivant, toujours vivant, toujours brillant, qui ne soit pas quelque chose d'éteint, ni de facile comme le sont certains mariages. Nous attendons beaucoup de la vie, tu ne crois pas ? Peut-être l'obtiendrons-nous, mais alors, quelle victoire ! "

Louise Michel, elle, ne s'est jamais mariée. On ne lui connaît même qu'un amour fou, ardent, pour Théophile Ferré, un de ses compagnons de la Commune, de seize ans son cadet, fusillé en 1871 à vingt-cinq ans, et qu'elle n'oublia jamais. Mais le refus du mariage, chez elle, outre qu'elle était née bâtarde, hors mariage, s'ancrait dans une perspective plus vaste. "Pourquoi je n'ai pas voulu me marier ? […] 1° C'est que la femme qui se marie sans amour se vend, et que toute prostitution m'a toujours fait horreur. 2° C'est que je n'ai jamais accepté l'inégalité entre l'homme et la femme, je ne pouvais donc accepter le rôle d'esclave. 3° Je ne voulais pas non plus donner d'esclaves [en faisant des enfants] à l'Empire [celui de Napoléon III]" (Lettre à M. Fayet, publiée dans La révolution sociale, 16 janvier 1881).

Oui, quelle victoire qu'un mariage toujours vivant, toujours brillant, qui ne soit ni éteint ni facile... Alors, pourquoi vouloir refuser de le tenter à des personnes qui s'aiment, fussent-elles de même sexe ? Au moins, dans ces cas-là, pour reprendre le point n° 2 de Louise Michel, il n'y a pas d'inégalité. Enfin, aujourd'hui, on peut toujours garder l'espoir que faire des enfants (ou les élever, dans le cas de ces mariages particuliers), sera peut-être ne pas donner des esclaves et des exploités à la société future, puisqu'ils auront été choisis librement, et élevés dans la liberté.

Le problème reste, derrière tout ça, celui du pouvoir. Louise Michel, toujours optimiste, écrit dans La Commune, histoire et souvenirs : "Nous ne valons pas mieux que les hommes, mais le pouvoir ne nous a pas encore corrompues." C'est aussi pourquoi elle est devenue anarchiste, car elle sait que le pouvoir corrompt, car "la force soutiendra le privilège" constamment (preuve qu'elle était aussi réaliste), et que, ce qu'il faudrait, selon elle, c'est abolir le pouvoir, tout pouvoir. Or, dans le mariage, et je suis assez d'accord avec elle, il y a très souvent une inégalité flagrante, dès le départ : deux individus n'ont pas forcément la même idée derrière la tête, quand ils se mettent ensemble. La nécessité de réfléchir est donc là aussi encore plus importante qu'ailleurs.

J'ai été frappé, en lisant sur le cargo plusieurs romans de George Sand, qu'elle a longuement exploré ces thèmes de l'amour impossible, à cause des inégalités dues aux différences de situation sociale. Dans Le Compagnon du tour de France, le héros, Pierre Huguenin, ouvrier compagnon, tombe amoureux de la châtelaine dont il retape la chapelle, mais il "aimait trop pour désirer. Yseult lui apparaissait comme un être céleste qu'il aurait craint de profaner en effleurant seulement les plis de sa robe." Dans Simon, le héros, fils d'une humble paysanne, a pu faire des études, mais n'a pas de situation. Il tombe amoureux de la fille du comte de Fougères, Fiamma. Mais difficile de combattre les préjugés de l'époque.

Eh bien aujourd'hui, il y a une autre sorte de préjugé, c'est celui contre les amours entre personnes de même sexe. Y a-t-il plus de légèreté, plus de personnes volages chez les homosexuel(le)s que chez les soi-disant « normaux » ? J'ai soixante-sept ans, j'ai connu des tas de gens, la plupart hétérosexuel(le)s, certain(e)s m'ont raconté leur vie, se vantaient-ils (elles), je n'en sais rien, mais que de volages là-dedans. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a des gens fidèles (je pense que ce sont les plus rares) et d'autres qui ne le sont pas, et que ça ne dépend absolument pas de leur orientation sexuelle. Et, aujourd'hui, avec la liberté de mœurs actuelle, je crois que tout ça est très partagé : voir des films récents comme Les coquillettes (des jeunes femmes font les festivals de cinéma, pas tellement pour voir des films, mais pour se dégotter un mec) ou 20 ans d'écart (là aussi, un autre préjugé, celui de la différence d'âge). Le monde manque surtout d'amour, et de la conscience de l'amour. Sans ça, on ne protesterait pas contre le mariage pour tous !

mardi 26 mars 2013

26 mars 2013 : cargo 11 : le canal de Panama



Le vide et l'immobile me glacent d'effroi ; la symétrie et l'ordre rigoureux me navrent de tristesse ; et si mon imagination pouvait se représenter la damnation éternelle, mon enfer serait certainement de vivre à jamais dans certaines maisons de province où règne l'ordre le plus parfait, où rien ne change jamais de place, où l'on ne voit rien traîner, où rien ne s'use ni ne se brise, et où pas un animal ne pénètre, sous prétexte que les choses animées gâtent les choses inanimées.

(George Sand, Un hiver à Majorque)



J'ai donc traversé le canal de Panama deux fois, à l'aller et au retour. À l'aller, entièrement de jour, au retour, nous l'avons entamé dans la nuit.

7 février (aller) : je suis donc sous la douche, quand le téléphone a sonné. Impossible de sortir et de dégueulasser la cabine, surtout que j'avais les cheveux pleins de savon. Sans doute Jean ou Janet qui m'appelaient pour me dire qu'on bougeait ! Je ne me trompais donc pas sur les bruits du moteur que j'avais entendu. À nous le canal ! Eh oui, à 6 h 45, le navire s'était ébranlé, et vers 8 h, nous approchons de l'entrée du canal. Un personnel assez nombreux du Panama monte à bord (pilote, mais aussi hommes de pont pour aider aux manœuvres). 

vus du master bridge (où nous stationnions), les Panaméens au travail 
(en orange, un des matelots philippins)
 
Première série d'écluses, les écluses Gatún (trois biefs successifs) franchie de 9 h à 10 h 15. Nombreuses photos. 

le pont tournant qui permet aux véhicules d'aller d'un côté à l'autre du canal 
(entrée côté Mer des Caraïbes)

 Aperçu de nombreuses frégates ainsi que des pélicans qui leur disputent les poissons pêchés. Le cargo est tracté dans les écluses, dont il touche presque les bords, par des locomotrices, les "mulas",

les locomotives électriques (mules)
et poussé (en entrant) ou tiré (à la sortie) par un remorqueur. Il s'immobilise, et tandis que l'écluse se remplit d'eau (un quart d'heure environ), on attend. Les écluses sont doublées, et sur l'écluse parallèle, d'autres cargos passent, dans le même sens. 

la double écluse parallèle de Gatun
 
Nous étions le dernier dans ce sens-là. Et, à peine sorti, un autre cargo venant du lac central nous a remplacé dans l'autre sens pour gagner la mer des Caraïbes.

Sitôt les trois écluses passées, nous sommes dans le grand lac de Gatún, lac agrandi artificiellement par des barrages sur les rivières qui l'alimentent et qui le videraient vers la mer sans ces barrages, lac qui permet aux écluses de fonctionner grâce à son apport d'eau. Le paysage alentour (îles, mangrove, forêt quasi impénétrable) est magnifique. On voit quelques oiseaux de proie du type buse. On peut même apercevoir de temps en temps des crocodiles, nous dit Lucian. Mais pas cette fois ! Puis le lac franchi, c'est un chenal qui serpente à travers les collines boisées, collines qui ont parfois été taillées à la dynamite (coupe Gaillard). 

la montagne découpée, pour éviter que trop d'alluvions n'encombrent le chenal
 
De nouveaux travaux sont d'ailleurs en cours avec des norias de pelleteuses et de camions, pour creuser de nouvelles écluses pour les plus gros cargos, ceux qui font plus de 300 mètres de long et plus de 25 m de large, et ne peuvent pas passer pour l'instant. 

à droite, au fond, les travaux pour de nouvelles écluses

Puis nous passons sous un pont à haubans (le pont Centenaire) où passe la route panaméricaine, 

le pont à haubans, à droite, notre cargo dirigé par un remorqueur

 et avons à franchir de nouvelles écluses, l'écluse Pedro Miguel (un bief), puis les écluses de Miraflores (deux biefs), pour descendre cette fois. 

la double écluse de Miraflores
 

Sur la voie ferrée qui longe le canal, on voit passer un train de conteneurs. La température n'a pas atteint les hauteurs d'hier, elle n'a pas dépassé 29 °. Nous n'avons pas vu d'insectes. De temps en temps, quelques gouttes d'eau, beau temps, mais des nuages fréquents. On a de la chance de ne pas avoir eu la pluie si rude d'hier, quand nous étions à l'arrêt. J'essaie de photographier un pélican en vol, mais ces gros flemmards restent sur l'eau ou sur une borne, attendant que quelqu'autre oiseau marin (frégate !) ait pêché quelque chose pour le leur disputer. Ils ne restent pas longtemps en vol, sont-ils trop lourds ?

les magnifiques frégates du canal
  

Toute la journée pratiquement, nous sommes restés tout en haut, sur le master bridge passant d'un côté à l'autre de la passerelle, et admirant le paysage ou le franchissement des écluses. Que de monde pour nous aider ! Une vingtaine de Panaméens sont montés à bord pour remplacer l'équipage lors des opérations éclusières. À chaque écluse, un monde fou travaille au passage de chaque cargo, manutentionnaires qui accrochent le cargo aux locomotrices, pilotes de ces locomotrices, manœuvriers des écluses (en fait pilotées électroniquement), remorqueurs... 

un remorqueur nous pousse (remarquez au centre le suppositoire orange !)

Tout ça vaut bien les 150 000 $ que doit payer la Compagnie Peter Döhle pour la traversée du canal ! 
 

25 février : 4 h 30, coup de téléphone intempestif de Janet ! Nous avons quitté Balboa à 3 h et arriverons bientôt à notre première écluse. Cela valait-il une coupure artificielle de mon sommeil, pour une fois que je dormais bien, alors que j'avais eu beaucoup de peine la veille à m'endormir ? Jochen est là aussi, et tout le staff des officiers. Le chantier des nouvelles écluses est puissamment illuminé ; à mon avis, ils y travaillent jour et nuit. Je vais essayer de filmer de nuit, voir ce que ça donne, pas grand-chose à mon avis, avec mon appareil élémentaire !

C'est vrai que l'écluse de nuit, c'est très beau, avec la belle lune toute ronde au-dessus, comme une de mes crêpes qui m'aurait malencontreusement échappé... Nous passons donc d'abord les deux écluses de Miraflores, entièrement de nuit. Le jour se lève quand nous arrivons à celle de Pedro Miguel.  

le jour se lève après Pedro Miguel (mes photos nocturnes sont ratées)

Bien qu'ayant mon sommeil cassé, impossible de me rendormir ce matin après un petit essai dans ma cabine, je remonte donc sur la passerelle admirer un peu le paysage, et éventuellement aller faire de la bronzette... 

les paysages apaisants de la verdure après des semaines de mer

Incroyable, nous avons pratiquement achevé la traversée du lac de Gatún, et nous arrivons aux dernières écluses. Beaucoup plus rapide qu'à l'aller ! Illusion, une dizaine d'heures tout de même !

Il faut reconnaître que le franchissement des écluses de Panama, avec ces énormes cargos – on en a croisé un qui a trois rangées de conteneurs de plus que nous, et doit donc faire 30 m de longueur en plus, taille maximale pour les écluses actuelles – est assez fascinant. 

les mules (on dirait des chars d'assaut !)
 
Les écluses de Gatún sont au nombre de trois, un premier cargo passe, puis tandis qu'il a réussi à glisser dans la seconde, un second cargo s'insère dans la première, dès que le niveau d'eau requis est là. Quand le premier cargo est passé dans la troisième, la deuxième écluse se remplit à nouveau pour permettre au second cargo encore dans la première écluse, d'y passer, et ainsi de suite.

je franchis le canal en oubliant de gonfler la poitrine et de rentrer le ventre, 
le vent s'engouffre dans le tee-shirt
 
 Donc, en fait, trois écluses peuvent être franchies successivement par deux cargos ; quand il n'y en a que deux, comme à Miraflores, et a fortiori une (Pedro Miguel), un seul cargo peut s'engager.

sur le lac de Gatun, les cargos en attente, le Cosco Boston pris en charge par un remorqueur

le pont à haubans, je ne me lassais pas de le contempler sous toutes les coutures



À suivre...

lundi 25 mars 2013

25 mars 2013 : cargo 10 : escales 3, échecs et pélicans


L'échange n'est que trace en voyage. Les rencontres sont furtives, car le voyageur ne fait que passer, par définition. Les relations n'en ont pas moins de valeur, et les liens que l'on tisse, même superficiels et éphémères, ne sont pas illusoires.

(Daniel Herrero, Partir : éloge de la bougeotte)



La dernière escale du voyage aller fut Callao, le port de Lima, où Jean est descendu pour ne pas remonter. Finalement, je suis allé à Lima, non sans appréhension, car Janet, vu l'heure tardive du feu vert (midi) a refusé. J'ai donc suivi Jean, nous avons pu prendre le même taxi qui l'a déposé chez son hôtesse, une superbe villa coloniale aristocratique des beaux quartiers. 

presque en face de la maison où Jean a loué une chambre, un superbe flamboyant

Adios, Jean, tu as été un compagnon presque parfait, nous nous sommes bien amatelotés ensemble, comme il est écrit chez Édouard Corbière ! On a bien ri, ce qui fait du bien, on ne s'est pas trop imposé l'un à l'autre, respectant la liberté de chacun. Qui sait, on se reverra ?

Puis le taxi m'a laissé devant la cathédrale, en compagnie d'un chaperon-cicerone qui parlait autant anglais que moi espagnol, et qui ne m'a pas laissé seul un instant. J'ai donc visité un peu le centre ville, franchement, c'est pas mieux que Guayaquil, et même plutôt moins bien ! Si l'on ôte deux ou trois églises, le Palais présidentiel et le Palais de justice, et quelques bâtiments monumentaux de la Place centrale, c'est plutôt sinistre, même les rues piétonnes, à l'exception de l'endroit où sous des parasols les joueurs d'échecs font des tournois.

joueurs d'échecs
 

J'ai assisté à la relève de la garde présidentielle, en habit chamarré, et au pas de l'oie. 

la garde avant la relève (que j'ai filmée et rajouterai plus tard)

 Lima fait avec Callao une conurbation immense de plusieurs millions d'habitants. Une partie de l'agglomération ressemble à celles de Sicile ou de Crète, c'est-à-dire avec maisons et immeubles inachevés, mais déjà habités. Mais la végétation est luxuriante et il y avait dans le quartier de Jean de superbes flamboyants. J'ai trouvé un endroit d'où envoyer un message internet ; visiblement, on y recycle nos vieux ordinateurs, ça faisait un bail que je n'avais pas vu d'aussi vieux écrans style années 90. De plus, le clavier était espagnol, les lettres pas placées au même endroit, et nos lettres avec accent absentes, aussi, mon message a-t-il été bref !

Et soudain, avant d'aller sur internet, quand j'ai voulu me servir à un distributeur bancaire, craignant de n'avoir pas emporté suffisamment de dollars, je me suis rendu compte que j'avais totalement oublié mon code bancaire, le trou noir, complet, absolu. Je me souvenais très bien de celui de ma précédente carte de la Banque populaire de Poitiers, mais de celui de Bordeaux, néant. Il ne m'est revenu que bien plus tard...

  Deux jours plus tard, nous sommes arrivés à Paita, très joli petit port de pêche. 

bateaux de pêcheurs à Paita
 
Un seul quai pour les cargos et une seule grue, c'est minuscule. De ce fait pour décharger les conteneurs du cargo, on utilise pour la première fois les grues du cargo, qui sont au nombre de trois, et dont jusqu'à présent, je ne soupçonnais pas l'utilité. Chaque grue soulève deux conteneurs en même temps. Bien sûr, les dockers les agrippent manuellement à la grue. 

les dockers au boulot fixent les conteneurs au cordage des grues
 

Et des dizaines de pélicans sur le quai, avec une quantité impressionnante de leurs fientes ! 

la horde de pélicans, les taches blanches sont de la fiente

On va rester à Paita toute la journée, et donc Janet a envie d'y aller. C'est si petit qu'on n'a pas besoin de taxi, on peut y aller à pied.

Et voilà, nous y sommes partis, très tôt pour éviter le soleil brûlant de l'après-midi, et de 9 h 15 à 11 h 30, nous avons marché, déambulé, sommes sortis avec le moins de formalités administratives depuis le début (oui, là, on aurait pu faire pénétrer des marchandises prohibées sur le cargo, pas la moindre fouille), avons longé la plage et sa bordure de cocotiers, 

cocotier en bordure de l'avenue de la plage 
sommes entrés dans l'église, et sur la place de l'église, il y avait un groupe de la jeunesse adventiste qui palabrait, apparemment pour recruter du monde pour aller nettoyer la plage. Paita est un petit port de pêche, paisible, où les taxis-voitures sont remplacés par des motos-taxis tricycles qui pullulent. 

sur l'avenue de la plage, les motos-taxis tricycles

Nous n'en avons pas pris, vu la faible distance à parcourir, 500 m du port au centre ville. Dans une échoppe d'artisanat, Janet a acheté des épées en « ivoire » d'espadon, une grande et une petite. « It's the last time for me ! », me dit-elle, pour justifier cet achat coûteux : elle a marchandé !

artisanat où Janet a acheté ses épées


En repassant sur la plage, au retour, la jeunesse adventiste procédait au grand nettoyage.

au boulot !

Bien entendu, nous avons photographié et même filmé les pélicans qui semblaient nous attendre et ne s'envolaient vraiment qu'au tout dernier moment.

bon vol, balourd !


Voilà pour les escales ; ensuite, nous ne sommes pas descendus à Guayaquil, par contre, nous avons de nouveau fait l'excursion à Carthagène, cette fois avec Jochen.

de retour à bord, je photographie un pélican à travers un des hublots de notre mess


À suivre...

dimanche 24 mars 2013

24 mars 2013 : cargo 9 : escales 2, bidonvilles et iguanes


Le voyageur s'apparente au flibustier : il arrive, il voit, il prend, il s'en va. D'ailleurs, à y regarder de plus près, « flibustier », mot d'origine hollandaise, veut dire exactement « libre butineur », celui qui butine librement.

(Daniel Herrero, Partir : éloge de la bougeotte)



Puisque Herrero en parle, je reviens sur la pauvreté. Effectivement, si on ne veut pas en voir, il vaut mieux ne pas sortir de chez soi ! Mais j'ai suffisamment connu ça dans ma jeunesse pour n'en être pas effrayé : ça fait partie de la vie, et quand on va vers les pays du sud, on y est forcément confronté. À nous de ne pas étaler notre relative opulence et à se montrer simple, comme tout être humain devrait l'être ! C'est vrai, à la Jamaïque, à Kingston, à côté de beaux immeubles, les bidonvilles couvrent des km². Pas vu de bidonvilles à Carthagène, mais à Guayaquil, terrible, on arrive par le bras de mer ou de rivière, et avant d'arriver au port, sur trois bons kilomètres, ce sont des quantités de bidonvilles au bord même de l'eau et même sur pilotis... En fait, des cases en bois, avec toit en tôle ondulée, un peu comme il y avait en Guadeloupe, plus ou moins délabrées, en bord de l'eau, on se demandait comment ça tenait encore !


Guayaquil : le cargo s'avance maintenant majestueusement dans la rivière-baie-delta de Guayaquil. 

la rivière de Guayaquil, bordée de mangrove
 
Temps gris, j'espère que nous n'aurons pas la flotte. Janet nous dit que lors de ses deux précédentes escales, il pleuvait. J'enfilerai mes gros godillots, et s'il le faut, je mettrai ma grosse veste à capuche, car j'ai fait la sottise d'oublier d'emporter un k-way ! Arrivée impeccable, les deux remorqueurs nous poussant sur le quai. Tout le long de la rive, d'impressionnants bidonvilles. 

arrivée sur Guayaquil : bidonvilles au bord de l'eau 

Sans doute la première fois qu'on se sent dans le Tiers-monde. Le centre ville de Guayaquil a l'air assez éloigné, comme d'habitude, mais ce qui nous étonne le plus, c'est les habitations – bidonvilles à fleur d'eau – toutes proches. On voit les gamins se baigner dans les eaux qui ont pourtant l'air plutôt sales. Habituellement, le port est éloigné des habitations.

Puis, après avoir montré patte blanche aux agents portuaires, nous avons pris un taxi : le chauffeur nous annonce 10 $ pour la course. Chemin faisant, il nous apprend que c'est un jour férié, d'où le peu de circulation, et nous conduit devant la cathédrale de Guayaquil, avec mission de nous y retrouver à 17 h : mais c'est 20 $ en fin de compte et autant pour le retour ; Janet est furax. 

Guayaquil, la cathédrale
 
Jean et moi, plus philosophes, et déjà instruits par les expériences de Kingston et Carthagène, faisons la part des choses : après tout, ça fait moins de 7 $ par personne, et il faut bien que les hommes vivent. C'est là un aspect de la lutte des classes mâtinée de conflit Nord/Sud, il faut tondre les touristes, censés être riches, ce qui n'est pas tout à fait notre cas, nous sommes tout au plus aisés ; mais en tout cas, nous venons de pays riches.

Nous nous sommes donc promenés, notamment sur le malecon (promenade le long de la rivière) 

promenade au bord de la rivière
 
où était ancré un merveilleux trois-mâts école, 

le trois-mâts

 et où nous avons fait du shopping, Janet voulait offrir un tee-shirt à Ben, le messman, dont c'est l'anniversaire dimanche prochain (31 ans). J'ai participé au cadeau, finalement un polo, assez chic. Il faisait chaud (33° relevés sur une affiche digitale), mais en marchant sous les arcades ou sous les arbres du malecon, près du gros bras de la rivière, c'était très supportable. Petit arrêt (c'est incroyable comme je repère ces établissements !) devant la Biblioteca municipal,

la bibliothèque municipale, je suis entré voir, c'était bien fermé !
 
que je photographie de l'extérieur, mais qui est fermée au public ce jour.

Enfin nous sommes allés au square jardin, juste en face, avec la statue de Bolivar, et une quantité prodigieuse d'iguanes de toutes tailles, il y avait même des bébés-iguanes ! 

un iguane se promène devant les badauds

 Inutile de dire que la foule se pressait autour d'eux, même pour les toucher, alors que c'était bien indiqué « prohibido », le policier présent, bon enfant, laissant faire les enfants et les badauds. 

ben oui, j'aime monter aux arbres !

Ces iguanes montent aux arbres, et il y en avait parfois sur toutes les branches de certains, ils se confondaient avec la couleur grise des branches, et il fallait bien observer pour les soupçonner. Très beaux arbres du voyageur.

À part ça, Guayaquil ne présente pas beaucoup d'intérêt : là, c'était jour férié, pour cause de Carnaval, et il aurait fallu y rester le soir ! Et sauf très beau temps, je n'y redescendrai pas au retour. Encore faut-il se méfier du beau temps. Comme nous attendions sur un banc non loin du lieu de rendez-vous, Janet a soudain, vers 16 h 15, aperçu notre guide accompagnateur du chauffeur de taxi, Carlos – j'ai bien compris qu'il partage le gain avec le chauffeur, c'est aussi un petit boulot. On lui a fait signe, et bien nous en a pris, car à peine arrivé au cargo, le déluge s'est abattu sur la ville. Carlos nous disait qu'il pleuvait tous les jours. 

déluge sur la ville et vue du port, vus du master bridge

 Je le soupçonne fort d'avoir prévu la pluie et d'être passé nous chercher par avance, sinon, nous aurions été copieusement saucés.



À suivre...

samedi 23 mars 2013

23 mars 2013 : cargo 8 : escales 1


Je dois pourtant avouer que la pauvreté souvent observée en voyage m'émeut, mais ne me déboussole pas. Elle me renvoie à un mode de vie auquel ma famille a été confrontée, toute proportion gradée.

(Daniel Herrero, Partir : éloge de la bougeotte)





Un voyage en mer, c'est aussi l'occasion de dire : « Terre ! Terre ! » Je n'y allais pas spécialement pour ça, et j'avoue que si j'avais été le seul passager, pas sûr que je serai descendu à terre, sauf accompagné d'un membre d'équipage. Nous avons donc eu au total neuf escales, lieux d'arrêt où le cargo s'est fait décharger et a chargé de nouveaux conteneurs : six à l'aller, Kingston (Jamaïque), Cartagena (Colombie), Manzanillo, Balboa (Panama), Guayaquil (Équateur), Callao (Pérou) ; cinq au retour, Paita (Pérou), Guayaquil de nouveau, Balboa, Manzanillo (Panama), Cartagena de nouveau. Nous ne sommes pas descendus à Manzanillo et Balboa, escales trop brèves et sans intérêt touristique, ce qui nous intéressait à Panama, c'était le canal ! Je suis descendu à Kingston, Cartagena et Guayaquil en compagnie de Janet et Jean, à Callao avec Jean, qui s'arrêtait là (Janet connaissait déjà Lima, et je confirme que c'est d'un très modeste intérêt), puis à Paita avec Janet, enfin à Cartagena, avec Janet et Jochen (monté à Guayaquil).

Dans l'ordre d'intérêt, je classerai Cartagena, puis Paita, Guayaquil, Kingston et Callao/Lima. Le fait est que je suis descendu les deux fois à Carthagène, mais je n'ai pas jugé bon, non plus que Janet, de redescendre à Guayaquil. Il faut savoir que descendre d'un cargo suppose des formalités, être inscrit sur le rôle d'équipage, obtenir un « quitus » de sortie validé par l'agent du service d'immigration qui monte à bord, puis prendre le shuttle (navette) qui nous amène vers les grilles de sortie, sévèrement gardées, et montrer patte blanche. De là, on prend un taxi pour aller en ville.

fresque murale devant la maison de Bob Marley
 

À Kingston, nous sommes allés au Musée Bob Marley, qui est en fait sa maison d'habitation. 

la statue monumentale de Bob Marley ; au fond la maison-musée
 
Ça m'a juste donné envie d'écouter un disque et de regarder un dvd le concernant. Nous ne sommes pas restés longtemps car le taxi qui devait nous reprendre à la sortie du Musée (on lui avait donné une heure) nous a fait faux bond, et on est donc rentrés direct au cargo, avec un autre taxi, sans rien voir d'autre.

À Carthagène, les formalités de sortie sont réduites au minimum, et à 10 h 30, nous foulions le sol. Un taxi avec guide nous prend, on s'entend sur 20 $ l'aller-retour. On arrive à la vieille ville de Carthagène, entourée de fortifications.

les fortifs, à gauche la vieille ville, au fond la ville nouvelle
  
Le guide descend, nous ne donnons rien au taxi qui s'en va. Jean, qui parle espagnol, fait le tour de la ville avec le guide, tandis que Janet et moi décidons de le faire à notre rythme. Rendez-vous pris pour 12 h 30 au Café del mar. 

les belles maisons colorées de Cartagena
 
Nous nous y retrouvons tous les quatre, nous nous disons qu'il y a encore pas mal de choses à voir, et disons au guide qu'on le reverra avec le taxi à 20 h. Il veut être payé pour la totalité, je suis prêt à ne lui donner que 10 $, le prix de l'aller, tandis que Jean, innocent, me dit de donner les 20 $. J'étais sûr, et Janet comme moi, qu'on ne le reverrait pas. Tant pis, je donne la totalité, et nous nous dirigeons vers un restaurant. Celui dans lequel j'ai pu capter la wi-fi pour envoyer un message en France, y compris à mes deux Colombiens, un message de Colombie !

Puis on veut aller prendre un café ailleurs. Justement, sur une place voisine, il y a, à côté d'une statue de femme énorme, des tables en plein air. 

statue de Botero
 
Sur qui tombe-t-on, sur Lucian, l'officier roumain enfin sorti de sa prison maritime, pour la première fois depuis trois mois. Il nous invite à sa table, mais quand on veut passer commande, on s'aperçoit que, bien que figurant sur la carte, il n'y a plus d'expresso, que du café americano. Non, merci, on n'en veut pas, on part ailleurs. Janet a du mal à suivre le pas alerte de Lucian, un gamin pour elle ! Au bout de plusieurs détours dans diverses rues, on ne trouve pas d'autre terrasse : or, Lucian veut absolument boire son café en terrasse. Ce qui met Jean en rogne, on se sépare, je reste avec Janet, Lucian va de son côté et Jean du sien. RV avec Jean soit au Café del mar vers 18 h 30, soit à la place des taxis à 20 h.

Et donc, Janet et moi, nous nous baladons dans les rues que nous n'avions pas parcourues le matin, admirant les maisons coloniales, les fleurs (bougainvillées, tulipiers), 

jolie rue de Carthagène
 
les oiseaux de mer (j'ai reconnu des hérons et des aigrettes, mais il y en avait de très grands, impossibles à voir de près et à identifier), les petits métiers ambulants ou fixes (vendeurs de glaces sur leurs tricycles, de fruits, de chapeaux, de colifichets de toute sorte, de boissons, de peintures naïves) qui étalent leurs marchandises sur les trottoirs ou dans les jardins publics, 

les marchandes de fruits
 
les sculptures en fer forgé superbe,

les joueurs de cartes, en fer forgé

les fortifications qui entourent la ville, dans le style de Vauban, avec leurs canons, les statues des grands hommes (dont Bolivar, Heredia et Colomb), les églises, le Teatro Heredia, la Bibliothèque,

JP devant la Bibliothèque (fermée, on était un dimanche)
 
 le bâtiment qui abrite le Festival international de cinéma de Carthagène, 

pour l'amateur de festivals de cinéma que je suis

un match de football très amateur sur un terrain bordé par le boulevard de ceinture, 

match de foot, au fond, la ville nouvelle, toute en gratte-ciel
 
avec les joueurs obligés de slalomer entre les voitures pour aller chercher le ballon égaré. 

en calèche
 
Nous nous permettons un tour de la ville en calèche, pour un prix qui nous paraissait très bas (60) et qui, à l'arrivée, s'est révélé mille fois plus élevé (60 000 pesos), parce que nous ne savions pas que, vu la faible valeur de leur monnaie, quand ils disent 60 ça signifie 60 mil ! Bon, « it was very nice », a dit Janet. Puis nous nous sommes dirigés sans nous presser vers le Café del mar, vers 17 h. Nous y prenons une boisson, au prix exorbitant (le café est situé sur les fortifs, avec vue sur la mer), 

le café del mar, Janet assise dans le vent
 
mais décidons à 18 h de ne pas attendre Jean, car le vent s'est levé, Janet, épaules nues, a peur d'attraper froid.

Nous déambulons de nouveau en ville, croisons deux autres Européens du Lutetia, Volodymyr, l'ingénieur ukrainien et Dorin, l'électricien stagiaire roumain, un grand échalas, mais Janet est fatiguée, et avisant un banc sur la place Bolivar, décidons d'attendre, en se disant, que Jean passera peut-être par là. 

la statue équestre de Bolivar

Après tout, la vieille ville de Carthagène n'est pas si grande. Si Janet est fatiguée, c'est que nous avons marché, et qu'à 72 ans, elle est un peu (et même un peu plus) en surpoids. Bingo, Jean passe vers 18 h 30. Il s'assoit sur le banc, nous nous faisons part de nos observations, puis vers 19 h, décidons d'aller dans un café proche du lieu de rendez-vous. À 19 h 55, nous sommes à pied d’œuvre pour le rendez-vous avec le taxi. Mais peine perdue, à 20 h 15, il n'y a toujours personne. Nous recroisons entretemps nos deux marins qui nous disent qu'ils rentrent à pied, car le port n'est pas aussi loin à pied qu'en voiture, selon eux (mais ils sont jeunes, et en fait, ils vont mettre une heure). J'ai grande envie de les suivre, mais mes co-passagers sont plus réservés, surtout Janet, vraiment fatiguée.

Nous hélons donc un taxi, nous entendant sur le prix de 10 $ – c'est Jean, l'hispanisant qui négocie – sauf que l'espagnol de Jean doit être peu compréhensible, car le taxi au lieu de nous emmener au port, nous emmène à l'aéroport ! Janet et moi, derrière, avions deviné tout de suite qu'il faisait fausse route, que ce n'était pas du tout la bonne direction, mais après tout, qu'en savions-nous ? Bénéfice du doute. Enfin, tout s'éclaire. Le chauffeur a une conduite ultra-sportive, conscient en plus d'avoir fait un énorme détour. Mais pas de supplément, il se contente de 10 $, Janet le paye 15 tout de même. Et tout est bien qui finit bien. Nous réchauffons au micro-ondes les lasagnes du chef qui nous attendaient sur la table. Janet et moi regrimpons non sans peine nos six étages, et hop, au lit !



À suivre : autres escales, le canal...