Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 27 juin 2013

27 juin 2013 : révolutions


Et si l'obscurité règne chez ces gens, ce n'est pas parce qu'on manque de lampes. C'est des âmes que viennent les ténèbres, ce n'est pas l'électricité qui est à blâmer.

(Ólfur Haukur Símonarson, Le cadavre dans la voiture rouge)



En attendant de voir deux ou trois films par jour à La Rochelle, je continue ma moisson de films fort intéressants. Non les blockbusters américains, vous vous en doutez – je laisse ça aux enfants, aux adolescents et aux adultes attardés adeptes du pop corn et du coca cola qui règnent en maîtres dans les cinémas qui les proposent, mais les films venant du monde entier. Que diable, je ne suis pas soumis à l'impérialisme économico-culturel américain, moi, et de chez eux je ne vais voir que quelques films indépendants dont le sujet m'intéresse. Mais de nature, je suis citoyen du monde et tous les pays m'intéressent, en particulier les pays africains depuis que Lucile y est devenue une connaisseuse avertie, et parce que leur histoire est liée à la nôtre.

Après le film sénégalais et le film algérien, et en attendant le film tchadien Grigris (mon premier film de ce pays) dont je viens de voir la bande-annonce, très prometteuse, c'est la Tunisie qui me proposait un film passionnant sur le printemps arabe et la place des femmes dans le processus. Millefeuille de Nouri Bouzid essaie de montrer le changement de société à travers le destin de deux jeunes femmes, l'une voilée, Aïcha (mais parfaitement libre dans sa tête, simplement elle veut avoir la paix, appliquant la recette de la tante de Zaineb : "La ruse, c'est de gagner la guerre sans la faire", d'ailleurs, c'est elle le chef de famille, elle travaille dans les cuisines d'une grande pâtisserie salon de thé pour élever, éduquer et nourrir ses trois plus jeunes sœurs), et l'autre aux cheveux en liberté, Zaineb, qui travaille aussi au même endroit, fait des études de styliste de mode et est fiancée à un entrepreneur français d'origine tunisienne, qui doit l'emmener vivre à Nice. Le pays est en mouvement (manifs, émeutes, arrestations) et la « révolution » met tout le monde mal à l'aise, hésiitant entre traditionalisme et modernité, réformisme démocratique et obscurantisme religieux. Le frère de Zaineb, Hamza, islamiste sorti de prison à la faveur des événements, et ancien amoureux de Aïcha, intime à Zaineb de se voiler, de respecter l'islam. La mère s'y met aussi, prisonnière des carcans religieux et culturels, tandis que le père, plus moderniste, ne fait pas le poids dans la maison. On oublie en effet que, dans ce monde-là, les femmes sont reines à l'intérieur des maisons. Et les vieilles femmes n'ont pas forcément envie que les choses changent. La mère enferme donc Zaineb à clé, l'empêchant de sortir, puis la drogue avec du pavot pour la rendre plus soumise et l'obliger à mettre le voile (scène terrible). Même la tante venue en renfort, ne peut que constater les dégâts en conseillant à Zaineb : "Cesse de t'opposer, triche". Sauf que Zaineb, comme Aïcha, se battent justement pour n'avoir plus à tricher et à dépendre de la pression sociale et religieuse, des contraintes du machisme ambiant, qui les irritent constamment. Ce qu'elles veulent, au fond, c'est réaliser une révolution intérieure. Et si Zaineb refuse le voile, c'est parce qu'elle le ressent comme une prison, une atteinte à son intégrité personnelle.


Le pays est en effervescence. Le vieux musicien aveugle de rue est tué, Hamza, comprenant qu'il fait fausse route, rompt avec son groupe fondamentaliste et se fait tabasser par eux. Le patron de la pâtisserie pousserait plutôt ses « filles » à s'émanciper, à ôter le voile (non sans arrière-pensées). Zaineb finit par s'enfuir, et renoncer à son fiancé, quoique... Le film n'est jamais lourd ni démonstratif, il montre, au spectateur de se faire son opinion. Il y a même des scènes drôles, comme celle de la préparation du millefeuille où les pâtissières se couvrent de crème et de farine en désignant l'un après l'autre les principaux partis. Néanmoins la critique de l'intégrisme religieux, de la manière dont il imprègne les hommes – et les femmes, est sans appel. Comme dit le réalisateur, « Une conviction ne s'impose pas, elle se partage. » Excellente interprétation.

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Comme je quitte Bordeaux ce jour, et que le blog va sans doute rester encalminé – pour reprendre un terme maritime que j'aime beaucoup – jusqu'à mon retour, je voudrais rappeler aussi, n'en déplaise à Télérama (qui doit être l’œil de la CIA, tant ses critiques cinématographiques encensent les films américains, même les blockbusters et dessins animés imbéciles et d'une laideur sans pareille, à moins que la publicité de plus en plus envahissante ne leur impose d'en dire du bien, et trouvent toujours du fiel pour éreinter les films français équivalents de ces mêmes blockbusters), que La grande boucle n'a pas à rougir de la comparaison et que lire dans leur critique : "Scénario indigent (écrit à quatre, pourtant !), racolage à tous les étages, autopromotion du groupe Amaury (organisateur du Tour) : cela faisait longtemps qu'on n'avait pas vu une grosse machine aussi grossière", est absurde. Bien sûr, il ne leur a pas échappé que Les stagiaires, sorti cette semaine, et consacré à la firme Google, est "à la limite du spot de pub géant" (je confirme, ayant vu la bande-annonce), mais ils lui trouvent quand même des qualités qu'ils refusent à La grande boucle. Je regrette, j'aime le vélo, et j'ai trouvé ce film passionnant à tous points de vue : les personnages sont intéressants et vrais (évidemment, ce n'est pas les affres d'une bourgeoise de soixante ans à la retraite comme dans les Beaux jours), humains, attachants, et l'histoire, contrairement à ce qu'ils racontent, m'a fortement intéressé, me rappelant le livre de Bernard Chambaz, À mon tour, où il conte le tour de France 2003, qu'il a accompli un jour avant les vrais coureurs, comme le héros du film. Impossible que les scénaristes n'aient pas connu son livre. De trois choses l'une, ou les critiques de Télérama n'aiment pas le vélo – c'est leur droit, après tout, moi je n'aime pas le beurre – ou ils n'ont pas vu le même film que moi, ou ils font du masochisme dénigreur anti-cinéma français pour tout film grand public venant de chez nous.


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Un dernier mot : les soldes commençaient aujourd'hui. La rue Sainte-Catherine était noire de monde ; inutile de dire que je l'ai fuie. Mais même ailleurs il y avait une circulation dense, des voitures partout, garées n'importe comment, pas facile pour un cycliste. Et ces bus qui affichent fièrement « JE ROULE PROPRE » et vous envoient une flopée de gaz d'échappement ! À vélo, oui, on roule propre. Et silencieusement...

mercredi 26 juin 2013

26 juin 2013 : "Né quelque part"


Et c'est d'être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes,
Les imbécil's heureux qui sont nés quelque part.
(Georges Brassens, La ballade des gens qui sont nés quelque part)

Il y a des critiques que je ne comprends pas : dans le même numéro, Télérama encense Les beaux jours (ce navet sans âme) et éreinte Né quelque part, le film de Mohamed Hamidi ; j'ai voulu en avoir le cœur net, et je suis donc, après le premier, où je m'étais copieusement embêté (en  restant poli !), allé voir le second. Bien sûr, c'est tout l'opposé : le côté artificiel du premier est remplacé ici par la faconde populaire (Jamel Debbouze et d'autres acteurs que je ne connaissais pas, en particulier le fabuleux réceptionniste du téléphone du café Secteur) et l'émotion, les sentiments délicats et vrais. C'est assez curieux, parce que peu avant, j'avais vu L'absence, un film sénégalais qui conte un peu la même histoire : le retour au pays d'un qui a réussi ses études. 

Mais alors que L'absence est d'un pessimisme absolu (le film n'est d'ailleurs jamais sorti en France, alors qu'il date de 2009, c'est une copie de festival que nous avons vue, avec sous-titres en français et en anglais – c'était dans le cadre de la manifestation Sénéfesti 2013, organisée à Bordeaux par l'Union des Travailleurs Sénégalais en France, où milita dans les années 50 le regretté romancier et cinéaste Ousmane Sembène), Né quelque part reste assez optimiste, malgré des scènes rudes et réalistes (le vol des papiers, les difficultés avec l'administration aussi bien algérienne, à la mairie, que française, au consulat, les clandestins dans la soute du cargo, la détention en centre de rétention).
Farid donc, né en France, et qui n'a pas encore achevé ses études de droit, doit remplacer son père, malade, pour aller faire un saut en Algérie, pays qu'il ne connaît pas et dont il ne parle pas la langue (il la comprend toutefois). En effet, la maison que son père a construit pierre par pierre pendant ses vacances au bled, est menacée de destruction, l'État algérien voulant faire passer un gazoduc à son emplacement ; or, le père ne veut pas vendre sa maison. Farid est embêté parce qu'il a ses examens à passer et qu'il doit donc quitter sa bonne amie, déjà avocate, à qui il ne peut tout dire, car il ne l'a pas encore présentée à sa famille. Mais il doit partir, sans conviction. Sur place, il découvre donc le bled, son oncle et sa tante, son cousin qui le chaperonne, les voisins et tout le petit monde du village proche, où il faut aller pour téléphoner à l'unique téléphone public, celui du café Secteur. Chemin faisant, il découvre les problèmes d’un pays où les hommes sont en proie au découragement (pas de travail, pas d'argent, pas de relations avec les femmes), obligés à une certaine débrouille (pour ne pas dire magouilles et trafics) et cultivent un mélange d'attirance et de rejet de la France. Il se découvre étranger dans son pays d'origine ! Mais il découvre aussi la chaleur humaine (les voisins, les scènes du café et du mariage), la joie de vivre (la scène du mouton) et la tendresse (la scène avec sa jeune voisine qui le verrait bien comme époux, ou celle où sa tante étend le linge qu'elle lui a lavé) de ce peuple malgré tout éloigné de lui, ne serait-ce que par le mode de vie, les traditions, la religion (scène de la mosquée, où Farid attend dehors pendant la prière) et même la langue, car il ne baragouine que quelques mots d'arabe.


Jamel Debbouze joue à contre-emploi le rôle du cousin magouilleur sympathique, mais assez salaud, et on n'est pas loin de Pagnol dans l'aspect interculturel du film, et dans les scènes du café Secteur, havre de paix, de réconfort et d'amusement, dont les dialogues pétillants sont remplis d'un humour souvent décapant des lascars du bled (internet, la France, Pigalle et les petites femmes de Paris, les visas… les blagues : « Tu sais comment on dit intimité en Algérie ? – Ça n'existe pas ! » et tout le groupe de se moquer du Français Farid et de hurler de rire) qui se consolent comme ils peuvent de leur manque d'avenir en jouant (au domino), en buvant, en fumant et en parlant. Un peuple capable de rire de lui-même n'est pas condamné au malheur ! Farid (excellent Tewfik Jallab) découvre un pays qui n'est pas "libéré des normes sexuelles qui ont assigné depuis si longtemps aux hommes et aux femmes non seulement un destin social mais aussi une manière de penser, de sentir, de se comporter, au point de les empêcher de vivre et de respirer librement" (comme écrit Serhe Hefez dans le livre dont je causais hier) et, après le charme de la découverte des beaux paysages, des habitations, des relations humaines et sociales, ce sera vite le cauchemar, à partir du moment où son cousin lui fauche son passeport pour partir en France et pour y faire des bêtises. Le film ne dresse aucun constat, ni pour ou contre l'Algérie (dont les difficultés de vie ne sont pas esquivées – pauvreté, chômage, paperasserie administrative), ni pour ou contre la France (sont malgré tout évoqués les difficultés d'obtenir un visa, et le sort des clandestins pris à l'arrivée et placés en centres de rétention). Farid ne reviendra pas indemne de ce voyage en quelque sorte initiatique, il va être bousculé dans ses certitudes. Mais au spectateur de tirer une leçon, s'il y a lieu. Tout peut se résoudre, Inch'Allah.
Difficile après avoir vu ce film de dire à ces jeunes nés en France : « Vous n'êtes que des étrangers ! » C'est donc aussi un film utile pour le dialogue interculturel, pour le mieux vivre ensemble, et pour permettre aux jeunes issus de l'immigration de se dire : « Ben, en France, on souffre, mais là-bas c'est pas mieux ! » et aussi aux jeunes de souche de se rappeler que, comme le chantait Maxime Le Forestier, "Être né quelque part / Être né quelque part / Pour celui qui est né / C'est toujours un hasard".
Chose, hélas, trop communément oubliée.

mardi 25 juin 2013

25 juin 2013 : comment peut-on être Norvégien ?


« J'ai l'impression de revenir d'une autre planète, me confie un de mes patients au retour d'une année passée en Norvège. Là-bas, c'est comme si, pour tout ce qui ne concerne pas les relations sentimentales ou sexuelles, tout le monde était de sexe neutre. Les personnes ne se mettent pas en lien en tant qu'homme ou femme, mais comme des individus universels, dont l'identité sexuée n'intervient absolument pas dans la relation. C'est assez déroutant mais très reposant. »

(Serge Hefez, Le nouvel ordre sexuel : pourquoi devient-on fille ou garçon ? )



Oui, c'est reposant. Et surprenant dans notre société contemporaine où tout est organisé autour de la sexualité : publicité, magazines, cinéma, télévision, mode, séduction... Je m'étais toujours demandé si j'étais normal de ne considérer en face de moi que des êtres humains quand je croise des gens, jeunes et vieux, enfants et adultes, et de ne leur affecter effectivement aucun sexe. J'étais frappé par exemple – au contraire de beaucoup de mes connaissances – de ne pas porter un regard concupiscent sur les individus, femmes ou hommes, que je croisais. De ne leur affecter qu'un coefficient esthétique parfois (j'apprécie la beauté), potentiellement amical souvent (je suis l'ami du genre humain), neutre aussi (ni esthétique, ni amical), rarement répulsif (il faut que je sente de la haine ou du dégoût chez l'autre pour ressentir de la répulsion), mais en aucun cas sexuel, alors que tel ou telle de mes amis(e)s jugeaient quasiment toute rencontre en fonction des possibilités érotiques qu'elle dégageait : « Celui-là / celle-là, je me le /la ferai bien », disaient-ils /elles, et n'avaient souvent même pas besoin de le dire, leur regard détailleur et déshabilleur, quand j'étais en leur compagnie, était suffisamment explicite. Eh bien voilà, je pense que j'étais norvégien, sans le savoir ! Ouf, pas seul au monde dans mon cas. Merci, Serge Hefez !


Excuse-moi de te tutoyer, mais "je dis tu à tous ceux que j'aime" (Jacques Prévert, Barbara), et franchement pour le premier livre que je lis de toi, je suis obligé de dire que j'aime ce que tu dis. Quand tu poses la question : "Faut-il avoir des seins pour faire la vaisselle, et en avoir dans le pantalon pour descendre la poubelle ?", je suis en phase. Ton souci de séparer le genre et le sexe me paraît tout à fait pertinent. Car il s'agit d'émanciper notre monde de toutes ces vieilleries qui continuent à pulluler et qui ont ressurgi avec virulence lors de la fameuse guerre du mariage pour tous (qui sera oubliée dans dix ans !). Tu écris aussi : "Nous nous trouvons ainsi complètement ficelés, contraints, contenus par une multitude d'injonctions, de prescriptions, de représentations, de projections, de règles héritées de notre environnement personnel, familial, social, culturel, religieux, qui nous dictent au plus intime de nous-mêmes comment modeler ce sexuel infantile infiniment fantaisiste, qui nous exalte et nous terrifie. Au point que certains prennent parfois ce modelage pour la « norme », ou même la « nature »..."

Ah ! cette nature qui engendrerait une norme ! Derrière ce vocable, on nous ressort les vieilles lunes du patriarcat : c'est naturel et donc normal que l'homme domine la femme. En réalité, "nous construisons tous notre identité sexuée non pas sur la base d'un déterminisme biologique, ou d'une quelconque nature, mais sur la base de ce que nos parents nous disent et de la manière dont ils nous traitent. Sous la forme, en somme, de la croyance." Eh oui, voilà le mot : on est dans la croyance, et la religion n'est pas loin derrière (ce qui explique qu'elles soient toutes opposées officiellement au mariage pour tous, même si des prêtres, pasteurs ont une autre opinion en tant qu'individu), qui nous ressert Adam et Ève, à partir de quoi on a imposé la rigidification et la séparation des sexes, chacun dans son coin, et étant conçus et figés de toute éternité.

Dans les années 50, Simone de Beauvoir nous avait bien dit : "on ne naît pas femme, on le devient" ! Bien entendu, ça m'avait beaucoup impressionné à l'époque, surtout que son argumentation était imparable. Un peu plus tard, Elena Gianini Belotti, dans son bel essai Du côté des petites filles, nous avait démontré à quel point l'éducation fabriquait des filles. Qui la lit encore aujourd'hui ? Même les auteurs pour la jeunesse nous concoctaient dans les années 70 une magnifique Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon. À mille lieues des absurdes Martine et Caroline qui inondaient et continuent à polluer kiosques et grandes surfaces. Tout cela est bien oublié aujourd'hui, on est rentré dans l'ordre soi-disant naturel. Pourtant, nous explique Serge Hefez, "les hommes commencent à réaliser que l'émancipation des femmes peut être pour eux un gain identitaire" et, "devenant des pères plus démonstratifs, à l'écoute et moins autoritaires", voilà qui change la paternité. 

N'oublions pas, aussi, que le couple familial traditionnel est battu en brèche par les innombrables combinaisons familiales nouvelles : monoparentales, homoparentales ou recomposées. Est-ce mieux ou pas, la question n'est pas là, c'est un fait, et les faits sont têtus. Et il s'agit de ne pas laisser sur la touche du droit certains enfants sous prétexte qu'ils vivent dans une famille hors norme. Sait-on que jusqu'à la loi nouvelle, les enfants élevés par un couple homosexuel (ils seraient, paraît-il, 50 000 en France), sont censés n'avoir qu'un seul parent, celui qui a adopté. Le compagnon ou la compagne, l'autre parent, (excusez-moi, je ne trouve pas d'autre mot, celui qui élève, qui éduque les enfants, est un parent, même et peut-être surtout s'il ne les a pas faits, cf Panisse dans Marius de Pagnol !) ne peut pas les prendre en charge, en cas de décès du premier. Aux yeux de la loi, il/elle n'existe pas, et les enfants seront confiés aux services sociaux. Rien qu'à ce titre, le mariage pour tous est une bonne chose.

Serge Hefez convoque, à l'appui de son argumentation, tous les grands auteurs, philosophes (Beauvoir, Foucauld, Edith Butler…), psychanalystes (Freud, Lacan…), sociologues (Masters & Johnson, Shere Hite...), médecins, aussi bien que militants du féminisme ou des divers genres sexuels. Il conclut qu'il faut sortir du discours normalisateur – et moralisateur – qui distribue les rôles selon la tradition (un mot d'ailleurs sur ce vocable : ce n'est pas parce qu'une tradition existe qu'il ne faut pas en sortir, à ce compte, on maintiendrait toujours l'esclavage, l'anthropophagie, l'excision, etc., en soi, une tradition n'est pas forcément bonne), sortir de toutes les scories éducatives, culturelles, sociales, religieuses, environnementales. Car la tradition joue un rôle capital dans la construction du masculin et du féminin ; et on pourrait compléter la remarque de Beauvoir : on ne naît ni homme ni femme, on le devient. Voilà donc un livre stimulant pour l'esprit, qui cherche à apaiser les tensions, alors que nos réactionnaires ne font qu’entretenir des différences et les peurs ancestrales. À nous d'accompagner cette évolution de nos sociétés, afin de permettre à chacun, et notamment aux plus opprimés, de vivre plus harmonieusement, d'être acceptés dans leur différence.

Au fond, on se retrouve ici avec la même problématique qu'avec le racisme. La définition des sexes, comme celle des races, a entraîné des rapports de domination et d'exclusion qui n'ont pas favorisé l'apparition d'une société plus soudée et plus fraternelle. Sortons donc de nos concepts et cadres largement issus de l'époque victorienne et qui ne reflètent pas les réalités de la société actuelle. D'ailleurs, certaines sociétés ne se sont pas construites sur ce schéma homme/femme, père/mère mais sur d’autres socles, comme nous le rappellent des anthropologues qu'il cite (Margaret Mead par exemple). Le nouvel ordre sexuel ne plaira pas à tout le monde, c'est certain, surtout à ceux qui sont ancrés dans des certitudes, souvent d'origine religieuse, même pour ceux qui ne croient plus en Dieu depuis longtemps, mais qui restent quand même ancrés dans des croyances figées. Mais pour ceux qui veulent s'ouvrir aux nouvelles réalités, ou essayer de mieux les comprendre, c'est un ouvrage aussi recommandable que le remarquable petit opuscule de Joëlle Randegger, Le mariage dans tous ses ébats, dont je cite une partie de la conclusion : "La déliquescence, je la vois pour ma part, dans la montée de l'égocentrisme, du matérialisme et du fanatisme religieux. Dans l'idolâtrie de l'économie, du pouvoir et de la technique qui engendrent les dérives violentes dont sont encore victimes les plus vulnérables. Mais pas dans ce qui fait alliance, dans ce qui ouvre à l'accueil de personnes méprisées, dans la liberté, l'égalité et la fraternité."

Tout à fait d'accord. Et, quant à ce qui est des relations entre êtres humains, imitez-moi : soyez Norvégiens !

lundi 24 juin 2013

24 juin 2013 : quatre ans, trente-cinq ans


Pourquoi es-tu partie si rapidement,

ma vie,

mon beau ciel bleu,

mon espérance ?

(Michel Dunand, Mourir d'aller)



Je suis allé hier revoir à l'Utopia, en copie neuve restaurée, ce film que Claire aimait tant : Les parapluies de Cherbourg. J'ai dû dix fois sortir mon mouchoir pour m'éponger les yeux. L'enchantement de la musique et du chant (formidable orchestration de Michel Legrand), la beauté des images, la beauté des interprètes, la sincère justesse des aveux échangés (Guy/Geneviève, puis Roland/Geneviève, enfin Guy/Madeleine) – les imbéciles ne se privent pas de ricaner , font de ce film une merveille que je ne me lasse pas de revoir : comme un opéra (c'est entièrement chanté), comme un mélo (les amours contrariées), tout ce que j'adore – et comme un souvenir commun... Nous le regardions sur le poste de télévision. Je ne l'avais pas vu sur grand écran depuis sa sortie en 1964. C'est quand même autre chose que de le voir en dvd !


C'est aujourd'hui le quatrième anniversaire du décès de Claire. Je sais qu'on se couvre de ridicule à présent en écrivant des alexandrins et des vers de forme classique, mais une fois n'est pas coutume, j'avais à cœur de refaire pour l'occasion un poème de circonstance – ça faisait d'ailleurs partie de nos jeux littéraires, et aussi pour fêter nos « retrouvailles » (je ne trouve pas d'autre mot pour exprimer l'impression de son accompagnement à bord du cargo Lutetia), aussi bien que nos trente-cinq ans de vie commune : nous nous sommes en effet connus en 1978. Vous voudrez donc bien pardonner la pauvreté de la rime, les images convenues, la mièvrerie propre au souvenir, et je vous prie de ne considérer que la sincérité et l'émotion, s'il se peut. 

portrait de Claire par Dominique Levacher, d'après photo
  

Trente-cinq ans

J'ai le clair souvenir de ce beau jour d’automne :
Tu es venue me voir ;
Il y avait en nos cœurs comme un air qui chantonne
Pour mieux nous émouvoir.

Et nous voilà partis, colline en bandoulière,
À la chasse aux aveux ;
Les oiseaux chantonnaient comme en une volière
Pour nous dicter des vœux.

Tu m’as pris par la main, mon cœur cessa de battre
Pendant un court instant :
Je décidai alors de compter jusqu’à quatre,
C’était trop excitant !

Voilà, tout était dit ! Ces mots si doux : « je t’aime »
Ont de nous débordé,
Comme pour mieux jeter en dehors de soi-même
L’aveu que l’on gardait.

Trente-cinq ans ont fui ! C’est long, et c’est rapide,
Ce fut plutôt heureux :
Notre sentier à nous était resté limpide,
À deux, c’est chaleureux.

Bien sûr, je fus parfois un peu désagréable :
Tu as bien résisté,
Comme fait dans le vent un navire gréable
Quand on l’a bien lesté !

Tu m'as pourtant quitté, sur un conseil ultime :
Aime, aime toujours.
Je suis allé sur mer rechercher dans l'abîme
Les plus beaux de nos jours.

Et je t'ai retrouvée ; tu m'as suivi dans l'ombre,
Quand la nuit me cernait.
Et j'ai senti sur moi, dans la cabine sombre,
Ton esprit qui venait.

Je saurai désormais qu'on est toujours ensemble :
Je n'ai pas oublié !
Trente-cinq ans, c’est hier, et tu vois, ma main tremble,
Comme un oiseau mouillé !

Quand je te reverrai dans mon dernier voyage,
Je te reconnaîtrai !
Comme hier, aujourd'hui, demain, au bout de l'âge
Tu diras ton secret.

samedi 22 juin 2013

22 juin 2013 : troisième âge


Jamais je n'ai su m'installer dans la vie. Toujours assis de guingois, comme sur un bras de fauteuil ; prêt à me lever, à partir.

(André Gide, Journal, 14 juillet 1930)



Je dois avoir une drôle de touche en me baladant avec mon veston marron recouvrant mon tee-shirt blanc, mon pantacourt corsaire noir, mes mollets à nu, mes chaussettes et mes chaussures. Je vois bien qu'ici ou là, on me regarde avec amusement, mais pourquoi ne pas m'habiller comme il me plaît ? J'aime les culottes courtes, c'est un fait, et j'étais désarçonné cette année de ne pas pouvoir les enfiler plus tôt pour cause de froidure et de pluie... Maintenant que les températures avoisinent les 18/20°, je peux enfin dévoiler mes mollets jusqu'à la fin août, j'espère. Et en souhaitant que ça n'encouragera pas les gérontophiles (voir plus bas) !

J'apprécie le cinéma Utopia (comme le Diagonal de Montpellier et en général, les cinémas dits d'art et d'essai) parce qu'il n'y a pas de publicité avant les films – la pub, ma phobie permanente, qui explique aussi pourquoi je ne regarde quasiment pas la télévision que je considère comme une vaste publicité déguisée –, je ne suis malheureusement pas assez courageux pour faire partie des « casseurs de pub » concrets, ceux qui taguent les panneaux publicitaires envahisseurs de panoramas, et je me contente donc d'acheter assez régulièrement La décroissance, un des rares périodiques qui me paraissent aller dans le bon sens, et de consulter de temps en temps le site http://www.casseursdepub.org/.

Néanmoins, il arrive même à ces cinémas de projeter des films médiocres. Hier je suis donc allé à l'Utopia voir Les beaux jours, parce que j'aime voir Fanny Ardant. C'est le degré zéro du cinéma : un film programmé pour passer à la télé, des gros plans à tire-larigot, un scénario très relâché, des situations convenues. Et puis, y en a un peu marre de ces films « troisième âge » qui pullulent depuis quelque temps : Quartet, de Dustin Hoffman (que je n'ai pas vu, mais dont on m'a dit du bien, ce qui ne m'étonne pas, vu l'excellence des acteurs britanniques, notamment Maggie Smith), le faiblard La fleur de l'âge (tellement nul que le film datait de 2011 et est resté en boîte pendant deux ans !) ou le sinistre A song for Marion, sortis par exemple les mois dernier. De la même manière que je n'aime pas les maisons de retraite parce qu'on y ségrègue les vieux – je préfèrerais des maisons communes, où l'on trouverait toutes les générations confondues – je supporte mal ces films de vieux, sans doute remplis de bonnes intentions, mais qui font aussi une sorte de ségrégation. Le seul qui ait trouvé grâce à mes yeux fut le film anglais de l'an passé Indian palace, parce que très original et admirablement bien joué (Maggie Smith entre autres acteurs).


Certes, ici, Caroline (Fanny Ardant), toute jeune retraitée, envoyée par ses filles dans un club de 3ème âge intitulé Les beaux jours – et on a droit à tous les clichés éculés sur ces clubs avec leurs différents ateliers : yoga, gymnastique, théâtre, poterie, informatique, randonnée scientifique en bord de mer, etc. –, Caroline donc y rencontre un jeune professeur d'informatique (il a l'âge de ses filles, dans les 35 ans), qui doit souffrir de troubles d'hypersexualité (ou de gérontophilie, ou de myopie), puisqu'il lui saute dessus ! Et donc, il y a bien une rencontre transgénérationnelle qui aurait dû me plaire et pu être émouvante si on y avait cru un seul instant, ce qui n'est pas le cas : c'est tout bonnement ridicule et mal filmé, proche du néant. Et donc très insuffisant pour donner de l'intérêt au film, le roman qui a servi de base ne doit pas être bien fameux. Fanny Ardant a l'air d'être ailleurs (on la comprend), et son jeune tourtereau aussi. Sur la différence d'âge en amour, 20 ans d'écart, sorti il y a quelques mois, sans être un chef-d’œuvre, était infiniment plus percutant. 
Bref, je vais être plus regardant dans mes choix cinématographiques, même à l'Utopia, qui m'avait habitué à mieux ! Quitte à voir un film dont les héroïnes sont âgées, ça me donne envie de revoir La vieille dame indigne, tiens ! Ou celui sorti il y a peu, d'une intelligence et d'une humanité singulières, le film chinois Une vie simple, dont j'ai déjà causé (9 mai). Voilà que les Chinois nous montrent la voie, nous donnent des leçons, maintenant ! Encore une fois, écoutons Gide : "Pas plus que de considérer la jeunesse seulement comme une promesse, sied-il de ne voir dans la vieillesse qu'un déclin. Chaque âge est capable d'une perfection particulière. C'est un art que de s'en persuader, de contempler ce que les ans nous apportent plutôt que ce dont ils nous privent, et de préférer la reconnaissance aux regrets" (Journal, 29 janvier 1929).

 




vendredi 21 juin 2013

21 juin 2013 : musiques


J'appelle bourgeois quiconque renonce à soi-même, au combat et à l'amour, pour sa sécurité.

(Léon-Paul Fargue, Poésies)



Journée d'hier emplie d'averses, et ça continue aujourd'hui, où j'ai dû acheter au supermarché un nième parapluie, pour ne pas mouiller les livres que je venais d'emprunter à la bibliothèque, me rappelant en ce premier jour de l'été la chanson qu'on chantait en colo : Été mouillé, été qui mouille / C'est la fête à la grenouille / Été qui mouille, été mouillé / Quand le ciel est barbouillé...

C'est donc la fête de la musique : une fois n'est pas coutume, je vais ce soir regarder la télé, ayant vu que Arte donnait le Cosi fan tutte de Mozart. Tant pis pour les musiciens de rue, j'en verrai peut-être cet après-midi en allant en ville, si la pluie s'arrête. À ce propos, j'ai découvert lors de mon passage à Paris, sur le trottoir, au bout de l'île de la Cité, près du pont qui mène à l'île Saint-Louis, un de ces musiciens des rues, avec sa guitare : le Troubadour de Paris, Hugues Bouchindomme, qui chantait d'une belle voix chaude et posée, sans jamais forcer le trait des chansons de Brassens et autres. Comme il vendait ses disques, je lui en ai acheté trois, il m'en a offert un quatrième. Et, depuis hier je les écoute ; c'est ma fête de la musique à moi.

Dans Chansons d'amour, il chante des chansons d'Aznavour, Mouloudji, Moustaki, Piaf, Brel, Montand, Jeanne Moreau, Graeme Allwright, des chansons traditionnelles et des chansons de sa composition, très belles. Dans Le troubadour de Paris chante « les poètes », il chante Léo Ferré, Aragon, Guy Béart, Victor Hugo, Rutebeuf, Richepin, Francis Jammes, Kipling, Musset, Nerval et le peintre-sculpteur poète Charles Louis La Salle. Tout simplement merveilleux. Il a formidablement mis en musique Nerval, Musset et Hugo. Dans Félicité, pure bliss, il reprend des chansons de Montand, Piaf, Presley, Michel Legrand, Barbara, Juliette Gréco, Marlène Dietrich, Dalida, Nana Mouskouri, Ferré, Moustaki et Adamo, des airs de sa composition et des poèmes classiques. C'est époustouflant d'intelligence musicale, ça nous essore les oreilles du bruit qui tient lieu de musique en matière de chanson depuis quelques années. Là, c'est le « vieux » qui parle. Mais mes oreilles ont quand même leur mot à dire, non ? Et j'ai pas envie qu'on me casse les oreilles !

Pour moi, en musique, comme en littérature, comme dans la vie, il me faut du sentiment ; toujours Léon-Paul Fargue : "J'appelle bourgeois quiconque met quelque chose au-dessus du sentiment." Il pense bien sûr à l'argent, au profit, à l'intérêt, à la sécurité, au pouvoir et sans doute à bien d'autres choses qui annihilent complètement le sentiment et le sens de l'humanité. 
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Le héros de Tout doit disparaître, de Mikaël Ollivier, est un adolescent. Il passe quatre années à Mayotte où ses parents, professeurs, sont partis pour profiter des conditions de salaire avantageuses. Hugo, lui, ne s'y plait pas, jusqu'au jour où il rencontre une jeune mahoraise. Ses parents, dès qu'ils réalisent la chose (est-ce qu'elle s'imagine, cette négresse, qu'elle va lui mettre le grappin dessus ? pensent-ils), le renvoient finir son année scolaire en métropole. Quand ils rentrent, ils sont pris frénétiquement dans le tourbillon de la consommation, oubliant leurs idéaux de jeunesse. Hugo, lui, devient un mauvais élève, il juge sévèrement ses parents (devenus des bourgeois !) et la société : "En d'autres termes, nous sommes tous prisonniers de nos biens, et être libre, c'est ne rien posséder", voilà ce qu'il pense. Il est seulement aidé par les mails de sa documentaliste de Mayotte, avec qui il s'était lié d'amitié, ce qui l'encourage. "Pas de concession Hugo, pas de capitulation. Le monde est à nous. Notre vie nous appartient. On n'a pas le droit de changer, pas le droit de se résigner, pas le droit de vieillir", tel est son mot d'ordre, désormais. Il est effrayé de voir sa petite sœur subjuguée par les nouveaux besoins : "Les marchands, petit à petit, étaient parvenus à nous convaincre que notre vie était si palpitante, notre place dans le société si importante, qu'il nous fallait être joignables 24 heures sur 24. Un besoin avait été créé, parfaitement artificiel, qui s'était mué en nous en véritable addiction physiologique." Et par les fêtes de Noël et l'avalanche de cadeaux inutiles. Il lit Albert Cossery, Mendiants et orgueilleux, qui le conforte dans ses idées (décidément, la littérature est bien dangereuse !), rencontre Charly, une jeune fille tagueuse de pubs. Dès lors, sa vie va prendre du sens...

Ce très beau roman pour ados qui rappelle par son thème Les choses de Pérec, montre superbement l'horreur du monde moderne, où les objets, les choses, ont supplanté le sentiment, justement. Roman sans concessions, dur, mais salutaire.

mercredi 19 juin 2013

19 juin 2013 : la joie


Savoir errer sans rien demander.

Sans rien attendre.

(Michel Dunand, Mourir d'aller)





On dirait que mon voyage en cargo m'a rendu plus calme, plus disponible, plus recueilli, plus proche de la joie – d'une joie intérieure, bien sûr. En tout cas, j'ai été frappé, pendant ce nouveau déplacement, intégralement en train, autocar et tram, avec passages à vélo (Paris) et en voiture (famille et amis), Bordeaux – Montpellier – Villeneuve-lez-Avignon – Paris – Castelnau-le-Lez – Pignan – Bédarieux – Bordeaux, par ce que, faute de mieux, j'appelle ma joie : j'avais l'impression de rayonner ; bien entendu, seuls les personnes que j'ai visitées peuvent me dire si je rayonnais réellement. Ou alors, ce sont peut-être elles qui rayonnaient ?

Pour prendre la suite de ma page précédente, disons qu'après Paris, j'ai été superbement reçu à Montpellier par les élèves de ma sœur Monique à qui j'ai fait la lecture (trois groupes : deux le jeudi, un le vendredi), avec qui j'ai assisté à un ciné-club, ainsi qu'à une formidable lecture de Monique elle-même sur Le jobard de Michel Piquemal, très beau roman pour la jeunesse. Puis avec mes cousins de Pignan nous sommes allés au Festival des fanfares de Montpellier (samedi) puis en balade en bord de mer à Palavas-les-Flots (dimanche), et j'ai lu à leurs deux enfants les livres que je leur avais achetés à l'excellente librairie Nemo de Montpellier. Enfin, j'ai retrouvé à Bédarieux l'ami J.-Y., plus végétarien que jamais, qui m'a fait visiter Lamalou-les-Bains (j'ai pu constater que cette commune thermale propose en juillet-août et pour Noël un Festival d'opérettes !) et m'a entraîné en promenade dans les garrigues voisines couronnées de genêts (je n'en avais jamais vus autant), ainsi que sur la voie verte qui mène de Bédarieux à Mazamet (à faire à vélo un jour ?), où la pluie nous a surpris lors d'une longue marche, en compagnie du chien Uki. Visite aussi de la Médiathèque de Bédarieux et de l'espace d'Art contemporain, qui présentait une exposition de l'artiste allemande Barbara Schroeder qui, paraît-il, vit à Bordeaux : le monde est petit !

Pour finir, ce matin, j'ai repris le car pour Béziers et pu ainsi aider un couple de Néerlandais à la gare. Car notre car remplaçant le train Bédarieux-Béziers est arrivé avec quarante minutes de retard, et ils ont raté leur correspondance pour Toulouse. J'ai donc servi d'interprète auprès des employés SNCF pour l'échange de billets et les rassurer. Ils habitent à Lunas, nous avons échangé nos adresses. Le monsieur est handicapé par la maladie de Parkinson.

J'ai aussi pas mal lu pendant ce séjour, trois romans jeunesse de Mikaël Ollivier que m'a fait découvrir Monique, tous excellents, en particulier La vie, en gros que les un peu trop gros devraient lire avec bonheur, le beau recueil de poésie de Michel Dunand, acheté l'an dernier à Sète : Mourir d'aller, les subtiles nouvelles de la Charentaise Catherine Ternaux : Les cœurs fragiles, et continué le fabuleux Journal de Gide, dans lequel j'ai relevé de nombreux passages pour mon livre de citations. Celle-ci, par exemple, me paraît éclairante, et d'actualité : "Quand nous aurons compris que le secret du bonheur n'est pas dans la possession mais dans le don, en faisant des heureux autour de nous, nous serons plus heureux nous-mêmes. – Pourquoi, comment, ceux qui se disent chrétiens, n'ont-ils pas compris davantage cette vérité initiale de l'Évangile ?" (2 janvier 1928). Et j'ai aussi vu à Montpellier un extraordinaire film canadien anglais, Blackbird, qui se passe en grande partie en prison.

Et pour achever de me mettre en joie, qu'est-ce que je trouve en colis à mon retour ? Mon recueil de poèmes, Le temps écorché, qu'a publié L'Harmattan, et dont ils m'envoient les exemplaires d'auteur. Il est très beau. Ils ont simplement oublié d'indiquer l'auteur de l'illustration de couverture, et j'espère que Christine Mehring, auteur de la photo (ce qui rend la couverture superbe), ne m'en voudra pas. Et il ne coûte que 12 €, pour environ 120 pages. On peut l'apercevoir sur leur site : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=40572. Il me reste à en commander quelques exemplaires pour offrir à la famille et aux amis : d'ailleurs, de nombreux poèmes sont dédiés aux uns ou aux autres. Je compte sur vous pour en faire la réclame, vous, mes lecteurs occasionnels ou permanents. Pour vous en donner une idée, voici un des poèmes :



Dernière étoile



pour ceux qui se lèvent tôt





quand l'aube se met en marche

une dernière étoile s'égosille dans le bleu incertain

le ciel se brise sur les arbres plissés

la nuit pousse son dernier cri :

déchirure



l'étoile achève sa page d'écriture

elle se découd

elle referme ses volets

et va dormir ailleurs


Il s'agit donc, comme vous le voyez, de poésie contemporaine, qui ne rime pas, avec des vers de longueur variable, parfois des poèmes en prose, la plupart sont assez brefs, seuls quelques-uns font plus d'une page. Mais une poésie tout à fait accessible. À déguster sereinement, et avec lenteur, un seul poème à la fois. Je pourrai en fournir à 10 € à ceux qui voudront m'en commander pour offrir à leurs amis. Et j'attends aussi de vous la possibilité de faire des animations autour du recueil, si vous voyez près de chez vous un lieu (bibliothèque, librairie, lieu associatif, établissement scolaire) pouvant m'accueillir. Auquel cas, au lieu de vous envoyer un seul exemplaire dédicacé, je vous en enverrai un second pour le lieu potentiel d'accueil.
Mon père aurait eu 93 ans aujourd'hui.