Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 11 février 2016

11 février 2016 : courez voir "La vache", et lisez aussi !


C'est l'histoire de trois hommes qui se retrouvent en cellule. Le premier dit  : "J'en ai pris pour vingt ans pour avoir raconté une blague." Le deuxième dit  : "J'en ai pris pour quinze ans pour avoir ri". Le troisième dit  : "J'en ai pris pour dix ans, et je n'ai rien fait". "Menteur", lui disent les deux autres, "rien, c'est cinq ans".
(Kossi Efoui, L'ombre des choses à venir, Éd. du Seuil, 2011)




J'ai l'impression que notre monde devient de plus en plus inhumain : course à la consommation excessive (et corollaire, des tas de gens n'ont rien, dorment dehors), course à l'enrichissement (mais on ne peut s'enrichir que sur le dos de ceux qui s'appauvrissent), course aux technologies nouvelles (et corollaire, manque de relations humaines ordinaires, car à quoi bon passer des heures devant ses écrans, smartphone, ordinateur, si on n'est plus capable de communiquer en chair et en os), course aux armements (un certain Adolf Hitler en a développé le funeste exemple, et tout le monde s'est engouffré derrière, faut croire que ça rapporte plus que de soigner, nourrir et éduquer les populations), etc... Faut-il croire, avec Paul Verhoeven (interview dans Télérama, n° 3448, février 2016) que "L'espèce humaine est accro à la noirceur" et que "Les journaux sont remplis de mauvaises nouvelles, car ce sont les seules qui font vendre" ?
 
Pour ma part, je préfère la légèreté, la fantaisie et le sentiment, bref, ce qui fonde l'humanité, la vraie. Tout ce que j'ai trouvé dans le film La vache, de Mohamed Hamidi, vu hier soir en avant-première. Un paysan algérien, Fatah (joué par le fabuleux Fatsa Bouyahmed, prix d'interprétation mérité pour ce rôle au Festival de L'Alpe d'Huez)), après plusieurs réponses négatives les années précédentes, est enfin accepté pour présenter sa vache, Jacqueline, au salon international de l'agriculture de Paris, qui lui envoie une invitation et un visa pour la France, mais il doit lui-même se payer le voyage. Malgré l'opinion parfois négative des villageois (il donne l'impression de s'occuper davantage de Jacqueline que de sa femme et de ses deux filles), tout le village se cotise pour lui permettre de partir. Lui qui n'est jamais sorti de son village, quitte donc sa femme et ses filles. Il arrive à Marseille (scène très drôle à la douane), et de là, Fatah tente de gagner Paris à pied, avec sa vache. Un road movie donc, qui offre l'occasion de rencontres truculentes (comme une fête où on le fait chanter... et boire), dramatiques (il se trouve pris dans une manifestation d'agriculteurs où la police le prend pour un des meneurs et casseurs, et il passe la nuit au poste) et aussi amicales (une fermière, prénommée aussi Jacqueline, qui lui donne l'hospitalité, un aristocrate désargenté (Lambert Wilson) à qui il regonfle le moral, et même son beau-frère Hassan (Jamel Debbouze), exilé en France et au départ mécontent de sa venue, car il a caché à sa famille qu'il a épousé une Française, mais qui devient son plus fervent supporter)... Interviewé par la télévision, il acquiert la célébrité sur les réseaux sociaux et on attend avec impatience son arrivée au salon. 
 
Très belle histoire où l'on passe du rire aux larmes, le choc des cultures est une belle occasion pour le réalisateur de montrer la profonde humanité qu'il y a chez les uns et les autres, tant sur la route en France qu'au bled où on suit les péripéties du voyage de Fatah et de Jacqueline avec passion, jusque dans l'école primaire, où ça donne lieu à des cours de géographie. Voilà, La vache est un film émouvant parce qu'il nous parle de l'Homme : c'en est presque troublant, tant on avait perdu de vue, dans les blockbusters et les comédies habituelles, la joie, la simplicité et la richesse intérieure qui existe chez l'être humain. On n'oubliera pas de sitôt Fatah, sa bonhommie souriante, sa manière hasardeuse de parler français et de détourner nos proverbes : "Qui veut voyager loin, il change de voiture" ou "Rien ne sert de courir, faut partir en avance", ni sa vache Jacqueline, aux si beaux yeux. Le deuxième film de Mohamed Hamidi (après l'excellent Né quelque part, cf mon blog du 26 juin 2013) est tout aussi tonique, optimiste et indispensable dans l'atmosphère délétère qui règne chez nous en ce moment ! 
Bravo, on en sort heureux. J'espère que le public sera au rendez-vous, ou c'est à désespérer de l'humanité. Le film m'a rappelé La vache et le prisonnier avec Fernandel et Marguerite, aussi bien que le beau récit autobiographique d'Hadrien Rabouin, Le journal d'Hadrien et Caroline (Ed. du Rocher, 2009), où un jeune paysan raconte ses pérégrinations avec sa vache le long des routes de France. La même humanité irrigue ces trois œuvres.

C'est cette même humanité que j'ai retrouvée cette année dans d'autres films (La terre et l'ombre, film colombien, Les délices de Tokyo, japonais, Au-delà des montagnes, chinois, A second chance, danois) ou dans mes lectures récentes : le formidable Assise : une rencontre inattendue du Franco-Chinois Francois Cheng, le mystérieux L'ombre des choses à venir du Togolais Kossi Efoui, l'émouvant Une vie entière de l'Autrichien Robert Seethaler : "Il ne s'était jamais trouvé dans l'embarras de croire en Dieu, et la mort ne lui faisait pas peur", le magnifique La vie comme une image de la Canadienne Jocelyne Saucier : "Si j'aime tant à me promener dans mon enfance, c'est que j'y ai laissé des rêves merveilleux", ou de nouveaux racontars du Danois Jørn Riel : "Ayant passé une longue période sans faire usage de sa langue, voilà qu'il était maintenant saisi de l'envie de transformer ses pensées en sons" (Le canon de Lasselille et autres racontars, Gaïa, 2001).
 
Bref, la vie reste belle, en dépit de la méchanceté humaine et des va-t-en guerre de tous bords !

mardi 9 février 2016

9 février 2016 : Chocolat !


On continue aujourd'hui à se scandaliser des totalitarismes effroyables d'un passé encore bien récent. Comment ne pas partager l'horreur de leur mémoire et l'envie de les bannir à jamais ? Mais aussi, comment ne pas voir dans cette horreur entretenue un alibi de l'acceptation domestique d'un "paisible" totalitarisme planétaire dont la morgue est plus discrète, mais plus insidieuse encore, et dont les dégâts risquent d'être objectivement de plus en plus tragiques ?
(Sergio Ghirardi, Nous n'avons pas peur des ruines : les situationnistes et notre temps, L'insomniaque, 2004)


Aujourd'hui que quelques "nègres" (n'étant en aucune manière raciste, je me permets d'utiliser ce mot, devenu très incorrect, mais qui correspond ici à l'époque du personnage) arrivent (difficilement) à percer, on a de la peine à imaginer ce qu'était leur vie à la fin du XIXème siècle, à peine sortis de l'esclavage.
Et encore, Chocolat (Omar Sy), le héros du film, n'en était pas vraiment sorti, puisqu'il fut vendu par un planteur cubain (où l'esclavage ne fut aboli qu'en 1886) à un fermier espagnol. Maltraité, il s'enfuit et aboutit en France. Il finit par échouer dans un cirque, pour y faire le cannibale. Sa rencontre avec le clown Footit (James Thierrée) qui a l'idée du duo Footit et Chocolat, va le propulser sur le devant de la scène et l'amener à la célébrité. Pourtant, il n'est que le faire-valoir de Footit, son souffre-douleur sur la piste, celui qui reçoit les coups de pied au cul (il paraît que l’expression “je suis chocolat” vient de là) ; jusqu’au jour où, trahi par ses anciens patrons et emprisonné, il rencontre derrière les barreaux un intellectuel haïtien qui lui fait prendre conscience de sa situation subalterne. Chocolat, alors, va tenter de voler de ses propres ailes pour incarner un rôle sérieux : Othello de Shakespeare au théâtre.

J'avoue que pour son quatrième film comme réalisateur, Roschdy Zem (après Mauvaise foi, Omar m’a tuer et Bodybuilder) montre une sacrée ambition : cette fois, il évoque un destin hors norme (historique et oublié) avec une vigueur certaine, en évitant les écueils du moralisme. Il nous montre un Chocolat victime de ses défauts (notamment de son goût pour les jeux d'argent) autant que de la société – extrêmement raciste, au fond le duo clown blanc-clown noir est le microcosme des représentations raciales de l'époque et reproduit les stéréotypes raciaux – dans laquelle il vit. Ainsi Chocolat réhabilite un parcours fascinant que Roschdy Zem reconstitue avec sérieux, notamment l’univers du cirque de l'époque (petits cirques provinciaux, le cirque en dur de Paris). Les deux comédiens sont formidables : James Thierrée, enfant de la balle (petit-fils de Charlie Chaplin, contorsionniste et acrobate accompli) a réglé les numéros de cirque et amené Omar Sy à se surpasser dans le rôle de la victime. Chocolat finit par ne plus supporter l'humiliation des son rôle et souhaite être un artiste complet. Ce qui aboutit à l’échec, car les barrières raciales de l'époque ne pouvaient pas, même à Paris, accepter qu'un Othello fût joué par un acteur réellement noir !
Ce qui entraîne une certaine tonalité triste (j'ai entendu des réactions en ce sens à la sortie) et va certainement joué en la défaveur du film, les gens s'attendant avec Omar Sy à rire aux éclats. Donc, Les Tuche 2, qui sort au même moment, va lui faire de l'ombre. Pourtant la thématique en est proche : comment vivre une vie complètement différente quand on passe de la misère à la richesse (Les Tuche) ou à la célébrité (Chocolat). Ce dernier mérite pourtant un large succès public, en nous proposant un héros noir assez surprenant. Le film est très soigné, bien maîtrisé, et atteint, par son humanisme, une profondeur à laquelle ne peut prétendre Les Tuche, qui ne démérite pas, mais reste en deçà de ce que ça pourrait être... 
 
Rappelons que Chocolat a réellement existé (biographie par Gérard Noiriel, Bayard, 2012) et qu'il est mort dans la misère à Bordeaux. Et qu'un tel film doit nous encourager dans la voie de l'antiracisme, seule voie humaniste dans notre monde actuel.


dimanche 7 février 2016

7 février 2016 : Angela Davis, icône contemporaine


Oui, donc, j'estime qu'il est important de reconnaître dans quelle mesure le racisme est attisé aujourd'hui par la "guerre contre la terreur".
(Angela Davis, Les goulags de la démocratie : réflexions et entretiens, trad. Louis de Bellefeuille, Au diable vauvert, 2006)



Dans notre triste période qui a engendré la "guerre contre la terreur", le livre d’Angela Davis Les Goulags de la démocratie (beau titre français volontairement plus provocateur que l'original : Abolicion démocracy : beyond Empire, prisons and torture), nous montre le rôle que joue la prison aux USA (et par extension, dans le reste du monde, en France notamment) dans la reproduction du racisme et dans la répression politique. On notera qu'Angela Davis peut se permettre plus que toute autre d'évoquer le système carcéral. Recherchée comme beaucoup de militants noirs radicaux par le FBI, elle fut condamnée à la peine capitale, puis acquittée en 1972 après seize mois de détention, sous la pression d'un mouvement international connu sous le nom de Free Angela and all political prisoners. Cette connaissance de la prison par l'intérieur l'a amenée à réfléchir profondément sur l'institution carcérale devenue complexe carcéro-industriel selon elle (à comparer avec le complexe militaro-industriel), et à faire le lien, qui lui paraît évident, entre criminalisation et racialisation. Sa formation de philosophe lui paraît offrir "une position avantageuse à partir de laquelle on peut formuler des questions" que les sciences sociales peinent à entrevoir.
Dans ce livre d'entretiens réalisés à la suite des révélations de février 2006 sur l’usage intensif de la torture par l'armée américaine à Guantanamo et Abou Ghraib, Angela Davis analyse les traitements des prisonniers dans les établissements pénitentiaires ordinaires, avec leur cortège de racisme institutionnalisé (qu'elle a bien perçu, en tant que noire en prison), de coercitions sexuelles (notamment envers les femmes, là, c'est la féministe et prisonnière qui parle), et les liens avec la pauvreté… 


 Elle revient sur la période historique qui vit l'abrogation de l'esclavagisme pour montrer que l'esclavage a continué de durer sous d'autres formes, notamment par l'emprisonnement massif de la population noire (au moins 50% des détenus sont des noirs), qui entraîne le retrait du droit de vote des prisonniers, et elle rappelle que "Bush n’aurait pas été élu si l’on avait permis aux prisonniers de voter", et la perpétuation de la peine de mort aux USA. Elle note même : "Je soutiens, par exemple, que l'explication la plus convaincante de la perpétuation systématique de la peine de mort aux États-Unis – cas unique à cet égard parmi les pays industrialisés du monde – est le racisme qui associe la peine de mort à l'esclavage. Il découle notamment d'une telle analyse que nous devons changer notre manière de réfléchir aux mécanismes du racisme structurel contemporain – lequel peut faire mal aux blancs comme aux personnes de couleur, lesquelles sont, bien entendu, les cibles principales".
Elle ajoute, passant du plan historique aux répercussions actuelles : "Les lynchages ont également contribué à valider la peine capitale, qui était l'objet de controverses depuis la période révolutionnaire. J'estime que la peine de mort et le lynchage sont très étroitement associés, surtout lorsqu'on considère qu'ils tirent tous deux leurs origines de l'esclavage et que la mort infligée par la collectivité était – et est encore – beaucoup plus susceptible d'être justifiée lorsque le cadavre est noir que lorsqu'il est blanc". Enfin, ajoute-t-elle : "pour abolir entièrement les conditions oppressives engendrées par l'esclavage, il eut fallu créer de nouvelles institutions démocratiques. Mais parce que cela ne s'est pas produit, les Noirs ont été soumis à de nouvelles formes d'esclavage – en allant de la servitude par endettement et du système de louage des détenus jusqu'à un système éducatif ségrégué et de seconde classe".
un lynchage en 1920 au Texas
(cliché Wikipedia)

Elle montre ce qu'est en réalité la société états-unienne, et comment on y résout la question sociale : "Voilà la logique de ce qu'on a appelé la boulimie d'emprisonnement. Au lieu de construire des maisons, jetons les sans-abri en prison. Au lieu de développer le système éducatif, jetons les analphabètes en prison. Jetons en prison ceux qui perdent leur travail à cause de la désindustrialisation, de la mondialisation du capital et du démantèlement de l’état providence. Débarrassons-nous de tous ces gens-là. Libérons la société de toutes ces populations dont on peut se passer. En vertu de cette logique, la prison devient un moyen de faire disparaître les problèmes sociaux sous-jacents qu’ils incarnent". D'ailleurs, tout cela vient de loin : "le recours excessif à l'emprisonnement est une conséquence de l'érosion des perspectives éducatives, lesquelles s'amenuisent à leur tour lorsque l'emprisonnement est utilisé comme fausse solution à la médiocrité du système d'éducation public. La persistance de la pauvreté dans le cœur du capitalisme planétaire engendre une accroissement des populations carcérales, qui alimente à son tour les conditions qui reproduisent la pauvreté".
Par ailleurs, l'armée sert aussi de voie de garage, prétendument niveleuse, aux jeunes noirs : "En fait, de nombreux jeunes qui s’engagent dans l’armée – en particulier parmi les jeunes de couleur – le font souvent pour échapper à une trajectoire de pauvreté, de toxicomanie et d’analphabétisme qui les mènerait directement en prison. Brève observation, enfin, dont les implications sont énormes. Au moins une entreprise de l’industrie de la défense a recruté activement de la main-d’œuvre carcérale. Représentez-vous cette image : des prisonniers fabriquent des armements qui aident le gouvernement dans sa quête de domination mondiale". Et les États-Unis exportent vers le reste du monde leur modèle de complexe carcéral. Elle ajoute à propos de l'armée : "Cette idée de l'institution militaire considérée comme une institution qui nivelle, institution qui fait de tous ses membres des égaux, est effrayante et dangereuse, car force est de conclure qu'il s'agit de l'égalité des chances pour tuer, pour torturer, pour pratiquer la coercition sexuelle" (cf ce qui s'est passé à Abou Ghraib).
Aucun doute pour Angela Davis.Il y a des liens étroits entre politique carcérale et politique étrangère : on exporte les mauvais traitements, les viols des détenus et autres techniques de châtiment issus de l’institution de la prison américaine et directement reliés à la manière dont on traitait auparavant les esclaves. Et tout cela est même dévoyé avec les prisons en terre étrangère (Guantanamo, Abou Ghraib) où ne s'appliquent plus les garanties de droit du sol américain : absence d'avocat, tortures diverses. Ce qui permet au gouvernement de cacher des faits ou de se dédouaner à bon compte. Elle en appelle au fascisme : "J'utilise le terme de fascisme en connaissance de cause. Je ne l'ai jamais employé à la légère. Mais comment définir autrement la torture, l'abandon et la dépravation qu'on fait subir aux détenus à Guantanamo – des personnes qui ont été arrêtées pour la seule raison qu'elles étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Des enfants ont été emprisonnés pendant des années, coupés de leurs familles, à un endroit où, selon les plus hauts fonctionnaires, ils n'ont pas droit à un avocat parce qu'ils ne sont pas sur sol états-unien".
Avec les médias qui font régner la peur ("Il importe également de tenir compte du contexte social dans lequel les images sont produites et consommées"), on est entré dans un engrenage qui nous fait nous demander à quel type de "démocratie auquel on nous demande de consentir". Angela Davis note à propos de l'Irak : "Quel genre de démocratie est disposée à traiter des êtres humains comme des déchets ?" Elle rappelle le simple bon sens qui veut qu’une démocratie ne peut émerger de l’oppression d’un groupe par un autre. Et que le souci de sécurité, constamment véhiculé par les médias, permet de dissimuler en fait une toute autre chose : "Cette idée fixe de la sécurité comme outil de maintien de l'ordre à l'intérieur et à l'extérieur du pays contribue à fabriquer la peur ubiquiste, laquelle incite les gens à négliger les aspects de la sécurité qui exigent qu'on se soucie de questions telles que les soins de santé, l'éducation et le logement, par exemple".
Angela Davis à l'Université de Bogota en 2010 
(cliché Wikipedia)

Toujours fidèle à ses engagements révolutionnaires de jeunesse, Angela Davis prône "d’autres versions de la démocratie [...] dans lesquelles les problèmes sociaux qui ont permis l’émergence du complexe carcéro-industriel seront, sinon totalement résolus, tout au moins affrontés et reconnus". Elle garde aujourd'hui encore l’espoir de la possibilité de luttes radicales par "l’unité communautaire transraciale", dans la perspective "des luttes pour l’égalité et la justice". "Si je ne croyais pas à la possibilité de défaire le capitalisme un jour et à un avenir socialiste, je n'aurais plus d'inspiration pour poursuivre mon travail politique". C'est, sans doute, un grand défi pour demain, si nous souhaitons que le monde s'améliore autrement que pour devenir un vaste marché destiné à des consommateurs zombies, car "la marchandise a pénétré tous les aspects de la vie des gens dans le monde entier par des moyens qui sont sans précédent historique. La marchandise – et le capitalisme en général – s'est insinué dans les structures du sentiment, dans les espaces les plus intimes de la vie des gens". Angela Davis montre la nécessite d'articuler la pensée critique féministe avec celle des penseurs noirs américains ou progressistes pour faire converger les luttes pour plus de justice sociale. "Il nous faut exiger avec insistance l'adoption de critères de démocratie différents : droits tant réels que formels, droit d'être à l'abri de la violence, droit à l'emploi, au logement, aux soins de santé et à une éducation de qualité". Car, par exemple le démantèlement progressif des aides sociales est directement responsable de l’augmentation du nombre de femmes en prison ou de l'abus des drogues chimiques.
Elle dresse un tableau presque tragique des mirages de l’intégration des personnes de couleur au sein des institutions américaines ; car l’objectif du mouvement des droits civiques des années 60 ne lui semble pas avoir été de renforcer le système racialiste, mais de tenter de démonter les institutions qui l'ont créé. D'où cette critique radicale de la prison (qu'elle approfondit dans un autre livre La prison est-elle obsolète ?), cette dénonciation permanente du complexe carcéro-industriel, élément-clé du système oppressif. Elle montre que la société de surveillance mondiale en train de s'installer (cf notre état d'urgence en France) provient en ligne directe du système carcéral américain et génère abus et tortures en tous genres. "L'accroissement de l'incarcération [aux USA] est, le plus souvent, l'accroissement de la surveillance [elle-même principalement racialisée]. Les communautés qui sont soumises à la surveillance policière sont davantage susceptibles de fournir plus de corps humains à l'industrie du châtiment".
Elle montre à plusieurs reprises que la "guerre contre la terreur" nourrit un accroissement du racisme : "Les attaques brutales contre les personnes qui paraissent être des musulmans ou des Arabes ont démontré que le racisme était bel et bien vivant aux États-Unis et qu'il frappait de nouvelles cibles". À plusieurs reprises, elle note la prégnance du racisme aux États-Unis : "Bien que chaque individu dispose du droit à l'application régulière de la loi, ce qu'on appelle la cécité de la justice permet au racisme sous-jacent et aux préjugés de classe de répondre à la question de savoir qui va en prison et qui n'y va pas". Et que, toujours dans le cadre de la "guerre contre la terreur", "la répression militaire a été tournée vers l'intérieur du pays et déchaînée contre la dissension politique" (ce qui se passe aussi en France déjà avec l'état d'urgence). Elle ajoute, ce qui me semble très important : "La notion de culture préconisée par les guerriers contre la terreur se fonde sur l'idée qu'il doit exister une hiérarchie de culture au sein de laquelle la culture islamique est à priori inférieure".
On le voit, ce livre est très substantiel. Il permet de mieux comprendre notre monde actuel. Cette grande intellectuelle afro-américaine, en décrivant la situation aux USA il y a dix ans, nous éclaire sur la situation en France aujourd'hui, et sur les graves dérapages potentiels qui pourraient se produire chez nous. 
 

samedi 6 février 2016

6 février 2016 : état d'urgence et arbitraire


C'était un pistolet de provocateur, un de ceux que, pendant les manifestations et les soulèvements, les agents glissent dans la poche des manifestants non armés pour pouvoir ensuite, après leur arrestation, les accuser de port d'arme prohibée.
(Alberto Moravia, Le quadrille des masques, Gallimard, 2005)

En tant que vieux parpaillot, qui n'a pas la mémoire courte, me souvenant du massacre de la Saint-Barthélémy, des dragonnades de Louis XIV, des galériens de Louis XV, des massacres en Languedoc sous la Terreur blanche de Louis XVIII, je suis et reste un insurgé, à tout moment. Notre état d'urgence actuel n'est autre qu'un état d'exception, que n'auraient pas renié nos deux Napoléon, le grand et le petit, ni le nabot Thiers, fossoyeur de la Commune, ni le fourbe Pétain, fusilleur pour l'exemple et assassin de la 3ème République. 
C'est dire à quel point j'ai été ravi de lire le rapport d'Amnesty international consacré à notre fameux état d'urgence et à l'arbitraire massif qui s'en est suivi : du terrorisme d'État, tout simplement. Maintenant, nous sommes bien en peine de condamner certains états que nous qualifions autrefois de voyous, avec la morgue qui nous a toujours caractérisés. Nous agissons de même. Il est vrai qu'il y a aussi, et de plus en plus, des patrons voyous : aujourd'hui, toute entreprise qui réalise d'énormes bénéfices licencie massivement. Et les ouvriers qui osent s'y opposer sont condamnés ! Je ne pensais pas que je verrais ça de mon vivant, moi qui croyais dans ma jeunesse, naïvement, au progrès social continu, à la fin du racisme et des injustices. Je tombe de haut ; et sous un gouvernement prétendument de gauche !
À télécharger et à lire :
http://www.amnesty.fr/sites/default/files/eur2133642016french_final.pdf


 Extraits :
"J’ai cru qu'il s'agissait d'une attaque islamophobe, une vengeance aux attentats de Paris [Sa femme Sophie, alors enceinte de huit mois, et son fils âgé de 10 ans se sont réveillés. Ils téléphonent à deux reprises à la police, et se réfugient dans la salle de bains. Pendant ce temps, la police tente de forcer la porte d’entrée, puis a commencé à forcer celle de la salle de bains]. J’ai cru qu’on était perdus. Ils disaient que c’était la police mais on ne les a pas crus. Ma femme et mon enfant paniquaient. Puis, dès que j’ai ouvert la porte, ils m’ont donné un coup au visage et ils nous ont menottés, moi et ma femme." Marc, dont le domicile a été perquisitionné dans la nuit du 17 novembre 2015  
Claire a été assignée à résidence dans une ville de la région du Mans, à l'ouest de la France, où elle vit. Dans l'arrêté d'assignation à résidence, le ministère de l'Intérieur a justifié cette mesure en indiquant qu'elle portait le voile intégral, qu'elle était une « salafiste radicale » et qu'elle avait créé une association salafiste. Les autorités ont également souligné qu'elle était mariée à un prédicateur religieux et qu'elle avait fait un voyage au Yémen. Elle a déclaré à Amnesty International : "Au début, j'ai cru que c'était une blague. Je n'ai jamais porté le voile intégral et je ne suis pas mariée à cet homme. Il est le père de ma fille, mais on ne vit plus ensemble. La police avait perquisitionné ma maison en novembre, ils le cherchaient, mais il vit dans une autre région de France. Le plus absurde, c'est que moi je suis assignée à résidence, mais pas lui !"
Karim est conseiller free-lance en organisation et vit en région parisienne. Le 15 novembre, la police s'est présentée à son domicile et l'a informé qu'il allait faire l'objet d'une assignation à résidence. Les autorités ont justifié cette mesure en invoquant ses liens présumés avec des personnes qualifiées de "musulmans radicaux" et des personnes qui s'étaient rendues en Syrie. Au début de l'application de la mesure, il devait pointer au commissariat quatre fois par jour. "Ma vie a été bouleversée... J'avais des engagements professionnels dans un autre département la semaine du 5 décembre. J’avais déjà fait mes plans, réservé un endroit. Après avoir été assigné à résidence, j’ai écrit à plusieurs autorités pour leur expliquer ma situation et demander une permission pour au moins pouvoir aller au séminaire que j’avais déjà prévu. Le 4 décembre, ils ont rejeté ma demande et ils m’ont envoyé un nouveau document avec plus d’informations qui justifieraient mon assignation à résidence. Ils ont mentionné une longue liste de personnes avec qui j’étais censé être en contact. Franchement, je n’en connaissais qu’une. J’ai perdu beaucoup d’argent, car j’ai dû annuler tous mes engagements professionnels, j’ai trois enfants et mon épouse ne travaille pas."
Orlando, qui vit dans une petite ville du nord de la France et dont le domicile a été perquisitionné le 1er décembre, raconte : "J'habite dans un village de 5 000 habitants. Depuis, j'ai l'impression d'être vu comme "un terroriste". Pas mal de gens m'ont soutenu, mais la perquisition a changé le regard sur moi. En plus, certains médias locaux ont parlé de la perquisition. Une journaliste a appelé mon ex-femme sur son lieu de travail et lui a demandé ce qu'elle pensait de moi, si elle n'avait pas peur pour nos enfants, comment je pratiquais ma religion... Je suis furieux pour cela, elle n'avait pas le droit de faire ça."
Le 2 décembre, la police aurait mené 22 perquisitions à Lagny-sur-Marne (région parisienne), en perquisitionnant notamment la mosquée, mais également les domiciles de certains des principaux membres du bureau, à savoir le président, le secrétaire et le trésorier. Le président de la mosquée nous a raconté : "Ils sont venus à 5 heures du matin pour perquisitionner ma maison et en même temps ils m'ont demandé de signer l'arrêté de fermeture de la mosquée jusqu'à la fin de l'état d'urgence. Ils ont perquisitionné la mosquée après avoir perquisitionné la maison. Donc ils avaient décidé de fermer la mosquée avant la perquisition."

J'arrête là les exemples cités dans le rapport, ce serait fastidieux de voir combien dans beaucoup de cas, les fameuses perquisitions (et tant qu'à faire, on casse tout !) et les assignations à résidence qui ont suivi (et tant pis si les gens assignés n'ont plus qu'à crever de faim, ne pouvant plus aller travailler, ou ayant perdu leur emploi – car, cerise sur le gâteau, "on" se charge de prévenir les employeurs – ou crever de maladie, pour peu qu'ils aient un suivi médical dans une autre ville), sont souvent le signe d'une délation préalable. Et notons qu'une bonne partie de cet arbitraire concerne des militants écologistes ou des protestataires, en gros des gens comme vous et moi.
Mais, nom de Dieu, n'y a-t-il pas lieu de protester contre ces interpellations musclées, d'une brutalité et d'une sauvagerie inouïes – enfoncement de portes en pleine nuit, menottes mises aux parents devant des petits enfants médusés – contraires à notre soi-disant état de droit ? Le terrorisme a bon dos. Si je n'étais pas si vieux, je finirais par entrer en résistance !

vendredi 5 février 2016

5 février 2016 : Taubira la magnifique


Avons-nous à ce point désappris à dire ?
(Christiane Taubira, Murmures à la jeunesse, Philippe Rey, 2016)


Il faut parfois du courage pour quitter une fonction officielle... et tous les avantages qui vont avec. Mais il faut aussi savoir dire ; « Non ! » quand on n'est plus d'accord ; à force de compromis, à force d'avaler des couleuvres, on y perd son âme et sa conscience. Christiane Taubira, qui était l'honneur de ce gouvernement, une des rares à savoir parler (sans dire des propos convenus), à savoir écrire (et ce livre résonne comme une sorte de superbe testament), a préféré partir que de continuer dans le désaccord et la cacophonie. Victime du racisme ordinaire et viscéral de la droite dont elle fut la bête noire depuis le début, et peut-être de celui, plus insidieux, de la gauche bobo, qui n'en finit pas de tourner en rond dans l'autosatisfaction béate et supporte mal l'intelligence et la culture quand elles viennent d'outre-mer.

À l'inverse d'un Valls et de son désormais célèbre (et funeste) « expliquer, c'est déjà un peu excuser » (je cite de mémoire), Taubira pense que "oui, il faut comprendre pour anticiper et ramener du sens au monde". Il faut en tout cas décrypter l'intelligence "méphistophélique" (rappelons que Méphisto est le nom du diable dans le Faust de Goethe) des donneurs d'ordre de l'État islamique, cette "intelligence hypnotique qui exalte les âmes disloquées, fait cas de toute folie destructrice, s'empare de tout crime, même inachevé, adoube tout forcené, pourvu qu'il soit fanatique et cruel, frappe à l'aveugle et de façon imprévisible de sorte à semer horreur et panique". Plus loin, elle assure : "Quelle puissance dévastatrice ! Mais aussi, quelle puissance tout court, pour ainsi fasciner, ensorceler, envoûter ces dizaines de milliers de jeunes qui savent si peu de la vie, n'en sont qu'à l'orée et néanmoins abdiquent toute curiosité et toute appétence pour ses promesses et ses imprévus, en acquiesçant à désirer la mort aussitôt l'avoir semée".
Et cependant, elle note qu'il est "impossible que nous soyons innocents de l'état du monde, des inégalités, des prédations qui perdurent, du détournement des richesses, des connivences en corruption, de l'oppression des femmes, de la persistance des maladies de la misère, des faibles progrès en éducation, de la prolifération des armes, de la dégradation de paysages, de la confiscation de territoires, des déprédations sur des lieux de vie". Ce qui n'excuse en rien, bien entendu, ceux qui se dévoient dans le terrorisme aveugle, car "bien que pouvant être accablant, le contexte économique, les conditions sociales, le cadre familial, l'environnement culturel, l’humiliation fréquente ne conduisent pas inévitablement à ces dévoiements », et heureusement. Ce n'est qu'une minorité : mais faut-il faire peser sur toute la communauté dont ils sont issus le poids de ces dévoiements ? Car il y a là "une menace : celle que les obsédés de la différence, les maniaques de l'exclusion, les obnubilés de l'expulsion feront peser, et le font déjà par leurs déclarations paranoïaques et conspirationnistes sur ceux qu'ils ne perçoivent que comme la cinquième colonne"
Méphisto : le maître du monde ?
 
Il faudrait refonder la République, la rendre plus accueillante, généreuse, vraie. Sinon, "Faute de fabriquer une appartenance plausible et accueillante, la République laisse du champ à l’endoctrinement par les marionnettes sans scrupules qui, bafouant toute probité, parviennent à berner les esprits désemparés en assénant : Vous ne serez plus jamais algériens, marocains, tunisiens, maliens, sénégalais, et vous ne serez jamais français. Soyez musulmans, c’est votre seule identité stable et légitime". Christiane Taubira rappelle la phrase que Frantz Fanon rapportait au début des années en s'adressant aux colonisés : « Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous ». Remplaçons juifs par musulmans, et le tour est vite joué, car malheureusement, le racisme est un serpent qui se mord la queue et tourne en rond.
Refonder la République, c'est la pousser à "être mieux qu'une incantation, mieux qu'un totem, à se décliner sur tous les territoires, dans le quotidien, l'ordinaire et même l'extraordinaire de chaque citoyen". Car notre République, "malgré cette altération passagère", ne peut pas "s'exempter d'être ou de redevenir le gîte, le havre, la maison commune, et [de] recommencer à donner hospitalité, pour de vrai, à chacun de ses enfants". Refonder la nation aussi sur des bases nouvelles, non pas sur "le nationalisme, crispé, soupçonneux, souvent haineux, voyant et traquant des ennemis partout, au-dehors au-dedans", mais sur un "patriotisme qui consiste à exprimer son attachement à son pays pour ce qu'il est et pour la part qu'il prend à hauteur du monde dans les progrès qui épanouissent la personne et élèvent la société". Ne pas revenir au temps tragique où "il s'est trouvé des citoyens pour se livrer à la délation".
Alors, peut-être pourrons-nous dégager des perspectives, "une voie d'avenir fidèle à cet ancrage et échappant à la tyrannie du présent, tout en tirant conséquence du contexte, de la conjoncture, de l'état d'esprit, de l'état du monde, des nécessités politiques". La tyrannie du présent, c'est justement de "s'accommoder de ces inégalités ordinaires qui s'immiscent dans toutes les fissures, les creux et les failles du droit contre la force, dans l'incessante confrontation entre puissance financière et puissance publique, dans les effets toxiques de la cooptation, la morgue des entre-soi". C'est aussi créer des lois dans l'urgence (le fameux état d'urgence), notamment sur la déchéance de nationalité, qui font dire à l'auteur : "Une pensée me taraude. Même dans quinze, vingt ans ou plus, la seule idée qu'une personne pourrait, du fait de sa double nationalité, être bannie à tort de la communauté nationale, ou en être apeurée, me paraît terrifiante". Ce que je pense moi-même tout bas, et j'espère, sans en être sûr, que nous sommes nombreux dans ce cas !
Enfin, comprendre, analyser, c'est s'attacher aux causes des "incompréhensions primordiales : comment l'enfermement buté dans des cultures ataviques à racine unique nourrit l'exécration de ce qui bouge et qui dérange. […] ceux qui sont effrayés par la diversité et l'imprévisible du monde haïssent tout ce qui est différent, ouvert, inhabituel. […] Un temps, c'est le Juif, un autre c'est l'Arabe, puis le nègre, puis le musulman, après ou avant c'est la femme, ensuite l'homosexuel, puis le binational..."
On le voit, cet essai très bref (90 pages) est un bréviaire pour l'avenir : elle pense avoir la "légitimité qui [l']autorise à [s']adresser à vous, jeunes gens, jeunes filles, en aînée responsable et avec tendresse". Le livre est d'une hauteur de vue qui étonne aujourd'hui, où hommes et femmes politiques, obnubilés par les médias et l'instantanéité, ne prennent guère le temps de réfléchir, ni de lire. Christiane Taubira, femme de culture, s'appuie sur un grand nombre d'auteurs, de Victor Hugo à Albert Camus, en passant par Abd El Kader, Édouard Glissant, Joris-Karl Huysmans, Fernand Braudel, Paul Éluard, Mahmoud Darwich, Aimé Césaire, Abdellatif Laâbi, Frantz Fanon, René Char, Nazim Hikmet, Louis Aragon, Pablo Neruda, aussi bien que sur des chanteurs : Nina Simone, Georges Brassens, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Jacques Brel, Jean Ferrat, Oum Kalthoum, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Claude Nougaro, ou que sur des personnages historiques : l'abbé Grégoire, Lamartine, Victor Schoelcher, ou ceux qui œuvrèrent dans la Résistance aux nazis.
 Taubira à New York le 30 janvier 2016 (crédit : ZUMA Wire/ZUMA/REA)

Magnifique livre qui s'adresse à des lecteurs : mais ceux-ci existent-ils encore ? Texte de réflexion et d'écoute : mais qui réfléchit encore dans un monde où on ne regarde pas plus loin que sa main, qui écoute encore dans un monde où les oreilles sont bouchées par la cacophonie ambiante (et par des écouteurs) ? Texte beau, juste, salutaire : mais qui recherche la beauté, la justice (et la justesse), le salut, dans un monde vidé de préoccupations spirituelles ?