Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

vendredi 14 juillet 2017

14 juillet 2017 : mélanges


Aujourd’hui, je sais que le voyage est un mot noble et se réfère seulement à ceux qui le font à pied. Nos billets d’aller-retour vers des lieux plus ou moins éloignés doivent être appelés des déplacements. Le voyage est un chemin sans billetterie ni date de retour.
(Erri De Luca, Le plus et le moins, trad. Danielle Valin, Gallimard, 2016)


 
Le blog va rester en sommeil pendant l’été, j’y rajouterai peut-être de-ci de-là une page. Il me faut conclure sur mon voyage en Suisse et les à-côtés qui ont suivi.

 
1 : mes lectures

J’ai assez peu lu pendant la randonnée cycliste elle-même, parfois deux ou trois pages pour m’endormir. Je n’avais emporté que ma liseuse. Mais j’ai beaucoup lu dans le train, chez les cousins de l’Aveyron et au retour ; je savais qu’il me fallait des choses faciles, aussi ai-je dévoré deux romans populaires du XIXe siècle, un palpitant western de Gustave Aimard, L’Aigle noir des Dacotahs, et un roman maritime (dénonçant l’esclavage) d’Eugène Sue, Atar-Gull. À la suite de quoi, toujours sur la liseuse, j’ai lu trois pièces de théâtre, Beaumarchais, de Sacha Guitry, Les brigands, de Frédéric Schiller et Brutus, de Voltaire. Enfin, puisque j’étais en Suisse, la délicieuse pochade de Rodolphe Töppfer (l’inventeur de la bande dessinée, mais écrivain tout à fait estimable par ailleurs), La bibliothèque de mon oncle, histoire d’un adolescent orphelin. J’ai terminé, en rentrant, par le très beau livre d’Erri De Luca, Le plus et le moins, dans lequel l’auteur explore son enfance et son passé de travailleur manuel : ce n’est pas un roman, mais c’est magnifique (emprunté à la bibliothèque de mon quartier). L’auteur s’est par ailleurs illustré par son opposition à la ligne à grande vitesse Lyon-Turin : un écrivain certes, mais un homme conscient !
 
2 : cinéma

 
J’ai fait une courte incursion au Festival de cinéma de La Rochelle, où je n’ai passé qu’une nuit chez Marc et Yolande, à Angoulins, toujours superbement reçu. J’ai vu trois films d’Hitchcock, dont deux "inédits" (pour moi), un muet, le superbe The Lodger, passionnante exploration en 1927 d’un de ses thèmes fétiches, celui du faux coupable, et The skin game, un des premiers parlants (1931), et j’ai revu avec plaisir Les 39 marches (mon favori de la période anglaise) !!! J’ai vu aussi un passionnant documentaire colombien, El valle sin sombras, de Rubén Mendoza, sur la catastrophe d’Amero en 1985. Et un moyen métrage remarquable d’Éric Caravaca, Carré 35, où il explore le secret de famille, un peu comme Annie Ernaux dans L’autre fille.


Au cinéma, je n’ai pas manque les formidables films d’Agnès Varda et JB, Visages villages, et le film d’animation de Benjamin Renner, Le grand méchant renard et autres contes. Des films à voir à plusieurs, voire en famille, et qui ne nous font pas désespérer du cinéma. Ce sont des films libres, rigolos, intelligents, qui nous scotchent au fauteuil. Enfin, ne pas négliger Le Caire confidentiel, de Tariq Saleh, qui explore la corruption du Caire et de l’administration Moubarak au moment de la chute du pharaon. Assez terrifiant, je dois dire, un polar nerveux et bien mené !

 
3 : rencontres hors randonnées
Je ne fais pas que lire dans le train : je somnole un peu, je regarde par la fenêtre, j’engage aussi la conversation quand je tombe sur des gens qui n’ont pas les oreilles bouchées, les yeux fixés sur leurs petites machines et les mains occupées à pianoter dessus. À l’aller, j’ai ainsi pu dialoguer avec un couple qui prenait le train à Toulouse comme moi, pour aller faire de la randonnée en Bourgogne, ils s’arrêtaient à Dijon, terminus du train. Proches de la soixantaine, ils m’ont révélé qu’ils passaient leurs vacances à vélo ! Dans le train de Lyon à Genève, un groupe m’indiqua que, puisque j’allais passer à Vevey, ne pas manquer le Musée Charlie Chaplin. Ce sera pour une autre fois.
Mais la rencontre la plus étonnante fut, dans le train de Lyon à Tours, celle d’un jeune homme qui étudiait une partition. Il me regardait lire. Profitant d’un arrêt qui avait dégagé une partie des voyageurs, je lui ai demandé ce qu’il faisait. « Je prépare un concert, une cantate de Bach pour le cinq centenaire de la Réforme ! » « Vous êtes protestant ? » Et, de fil en aiguille, il me raconta qu’il était en fait organiste au temple de Tours, et m’invita à venir assister au concert qui aura lieu le 31 octobre prochain. j’appris aussi qu’il étudiait encore, sa compagne mal voyante aussi. Un type tout sympa : je lui ai offert les deux bouquins que je n’avais pas réussi (ni cherché) à distribuer lors du tour du lac Léman, Le journal d’un lecteur et Danse sur les flots.

4 : les "warmshowers"

les deux comédiens de Perdre le Nord
 
Livres que j’avais emporté en double exemplaire, et dont les autres exemplaires avaient été donnés à mes hôtes "warmshowers" de Genève, Nicole et Daniel. Dans leur grande maison, j’ai occupé le lit de secours situé en sous-sol... Nous sommes allés voir à 19 h une pièce de théâtre qui se jouait en plein air, non loin de chez eux, Perdre le nord, sur un texte de Christiane Thébert pour deux comédiens (que j’ai acheté), joué dans le style Commedia dell’arte. Puis nous sommes rentrés et avons mangé ensemble, avec leurs enfants ; ils ont fait un sort aux petits pâtés périgourdins en conserve que j’avais apportés.

la voiture suiveuse

Et, à peine rentré à Bordeaux, voilà que m’arrive mardi dernier un invité "warmshowers" : Alix. C’était prévu, mais le sms qu’il m’a envoyé le matin même m’a laissé perplexe : j’arrive avec Grand-mère. « Bon, me dis-je, j’ai bien appelé la bicyclette du cyclo-lecteur "Rossinante", pourquoi pas "Grand-mère", ça doit être un vieux vélo ! » Pas du tout, il arrive réellement avec sa vraie grand-mère. C’est qu’Alix n’a que seize ans, il est donc mineur et bénéficie d’un accompagnateur en voiture qui le suit (il est parti de la Drôme) ; ce fut d’abord son père, maintenant, c’est sa grand-mère, à partir du Nord de la France, ce sera son grand-père ! Belle organisation. Il a préparé tout ça pendant un an, cherchant des sponsors, des lieux d’accueil gratuits (comme chez moi) et avance à raison de 100 à 170 km par jour, avec un jour de repos par semaine. C’est le défi d’Alix, qu’on peut suivre sur internet : tapez sur google "le défi d’Alix". Il voulait découvrir la France. Et notez bien qu’il ne fait pas les choses à moitié comme les coureurs du Tour professionnel (vous avez vu leur parcours, rien à voir avec un tour de France !), regardez le parcours d'Alix...

le parcours d'Alix
 
Allons, tant qu’il reste des adolescents aussi imaginatifs et pleins d'énergie, on peut dire que notre relève est assurée...

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